Animé par Dominique Marinelli, Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain.

A partir de janvier 2023 et jusqu’en juin 2023 (reprise en octobre 2023), le jeudi, à 20h30, aux dates suivantes  : les 5.1.23, 2.2.23, 2.3.23, 6.4.23, 4.5.23, 1.6.23 (le 1er jeudi du mois, sauf vacances scolaires).

Par Zoom.

Pour demander à participer, écrire à : lorrain.dimitri@gmail.com ou à emmanuelle.chatelat@gmail.com.

Le séminaire portera sur la pratique psychanalytique de Freud et sur sa pensée. Nous étudierons l’œuvre et le geste de Freud dans son contexte historique et culturel (psychanalytique, psychiatrique, intellectuel, philosophique, littéraire, artistique, etc.). Ce faisant, nous essaierons d’envisager la portée à la fois clinique, théorique et culturelle de son œuvre dans le contexte actuel.

Il s’agira de lire Freud, de le discuter, afin d’ouvrir des pistes théoriques pour la clinique. Nous essaierons aussi de caractériser la dynamique de son œuvre et la manière dont Freud a traversé ses propres résistances.

Lors du premier semestre 2023, nous traiterons particulièrement du féminin.

Le programme de lecture proposera l’étude de textes de Freud, mais aussi de textes permettant d’éclairer son œuvre et le contexte dans lequel elle s’est développée.

Nous lirons Freud, Lacan, mais aussi les élèves strasbourgeois de Lacan (Israël, Marcel Ritter, Jean-Marie Jadin, Jean-Richard Freymann…), comme d’autres élèves de Lacan (Safouan, Perrier, Leclaire, O. Mannoni, Clavreul…), afin de transmettre la psychanalyse telle que l’envisage l’Ecole de Strasbourg.

De plus, pour nous mettre à l’écoute des subjectivités contemporaines, nous envisagerons de manière psychanalytique les apports des pensées féministes et des études de genre les plus stimulantes.

En ce sens, nous inviterons des intervenantes et des intervenants psychanalystes et appartenant aux champs connexes à la psychanalyse (philosophie, sciences humaines, littérature, art, etc.).

Nous aimerions que ce séminaire polyphonique soit pour chacune et chacun l’occasion de traverser Freud à sa manière, dans une relation de un à un avec son œuvre, avant tout depuis la clinique et depuis l’éthique de la psychanalyse.

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Textes étudiés entre janvier et juin 2023

– Sigmund Freud, « Le tabou de la virginité » (1918), in La vie sexuelle, PUF, 1969. (Intervention de Frédérique Riedlin)

– Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), in La vie sexuelle, PUF, 1969.

– Sigmund Freud, « La féminité » (1932), in Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, 2002.

– Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, Arcanes-érès, 2010, particulièrement « Que reste-t-il de notre amour ? », p. 153-162.

– Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XX, 1972-1973, Encore, Seuil, 1975, particulièrement « Une lettre d’âmour », séance du 13.3.1973.

– Stefan Zweig, Le Monde d’hier, trad. Serge Niemetz, Livre de poche, 1996.

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Intervenants ou invités à venir

Benjamin Lévy (psychanalyste, psychologue, philosophe), Jacob Rogozinski (philosophe, Univ. Strasbourg), Thierry Goguel d’Allondans (sociologue, anthropologue, Univ. Strasbourg), Frédérique Riedlin (psychanalyste), Ondine Arnould (philosophe, germaniste, Université de Strasbourg) sur Lou Andreas-Salomé, Leiv Fraenckel (philosophe, département d’études hébraïques et juives de l’Université de Strasbourg) sur la psychanalyse et le judaïsme, Jonathan Nicolas (psychanalyste, psychologue), Stéphane Muths (psychanalyste, psychologue)…

Au regard de l’évolution contemporaine des discours et des mécanismes psychiques, j’aimerais ici insister sur un point qui me semble particulièrement important. Tout un ensemble de discours collectifs avancent de nos jours que la psychanalyse sous sa forme actuelle serait « dépassée » – souvent pour justifier sa minoration institutionnelle. Or cela ne me semble pas juste.

            En effet, s’il s’avère que la psychanalyse a pu souvent être dénaturée et devenir dogmatique, et ainsi renier sa créativité fondamentale, cela n’est heureusement pas toujours le cas. Elle existe aussi de nos jours sous une forme rigoureuse et créative (ce qui est la même chose). Dans ce cas-là, je dirais qu’elle se centre sur la création d’un lien de parole qui ouvre à la création de la situation psychanalytique en tant que telle[1]. Bien sûr, la psychanalyse ne se réduit pas à ce lien de parole, que je définis plus loin comme désirant, même si c’est là selon moi une dimension importante, pour faire advenir et se déployer le processus psychanalytique.

            Sous cette forme, la psychanalyse élabore sur les critiques qui lui sont adressées. De plus, elle remet au travail ses apports, afin de prendre en compte les subjectivités contemporaines.

            Dès lors, la psychanalyse a une très grande efficacité subjectivante, comme nous le constatons en pratique. C’est le cas pour peu que le processus psychanalytique se mette en place, du fait d’un positionnement fécond du psychanalyste, dans le sens de la création du lien de parole et de la situation psychanalytique. Bref, la psychanalyse en soi n’est pas « dépassée », et il s’agit de mieux la faire connaître sous sa forme véritable, créative. C’est en ce sens que je voudrais ici insister sur ses apports.

            Dans ce cadre, la minoration institutionnelle actuelle de la psychanalyse acquiert à mon sens la signification suivante. Il s’agit, dans ces institutions, d’empêcher le lien de parole nécessaire au sujet, ne pas laisser exister la parole, et particulièrement pas le lien de parole ni la parole sous leurs formes psychanalytiques. Ce afin que la psychanalyse ne risque pas de sortir les sujets et les institutions de leurs routines, ni d’un ennuyeux confort. Ce confort étant lié à une logique d’adaptation et de sécurité, et au déploiement désubjectivant de la compulsion de répétition, qui vont de pair. Bref, la psychanalyse est institutionnellement souvent mise de côté pour ne pas qu’elle risque d’apporter du nouveau au niveau du lien de parole, et dès lors ni subjectivement ni collectivement[2]. Voilà à mon sens la principale raison de la minoration institutionnelle actuelle de la psychanalyse. Ce même si, en même temps, la forme dénaturée, dogmatique, qu’elle peut parfois prendre, la dessert. Cela, bien sûr, il nous faut aussi le constater.

            Sur le fond, nous avons ici affaire au malaise dans la culture – tel que Freud l’a problématisé dans son ouvrage du même nom –, et au malaise dans la culture sous sa forme contemporaine. Bref, nous avons affaire aux forces subjectives et collectives allant contre la subjectivation et contre le lien de parole et la parole en général. Ce malaise dans la culture, la psychanalyse permet de l’appréhender de manière tragique.

            Il reste qu’au regard de ce que nous dit la tradition philosophique, ce rejet de la parole et du lien de parole, que nous constatons aujourd’hui, n’a rien de nouveau. Déjà, Levinas, en 1961, dans Totalité et Infini, posait les questions vertigineuses de l’« antilangage » et de la dystopie d’un « monde absolument silencieux ». En effet, considérant que « le monde est offert dans le langage d’autrui » – et donc dans le lien de parole avec l’autre –, Levinas repérait déjà dans nos sociétés une tendance vers le déploiement de l’« antilangage », du « monde absolument silencieux ». Ici, dit-il, « l’interlocuteur a donné un signe, mais s’est dérobé à toute interprétation »[3]  – et à tout lien de parole.

            Et j’aimerais en ce point insister sur le rejet du geste d’interprétation, alors que l’interprétation introduit du subjectif, du singulier, puisque le sujet s’y autorise de sa propre lecture, de sa propre parole, et du lien de parole, marqué par la séparation – par la perte –, qu’il a avec l’autre[4].

            Ici, nous dit encore Levinas, dans ce monde absolument silencieux, règne le « pur spectacle », la « pure objectivité », qui en son fond est un rire « ricanant », et qui relève du sarcasme et non de l’humour, un « rire qui cherche à détruire le langage »[5]. En termes psychanalytiques : ici se déchaîne le surmoi en ce qu’il enjoint le sujet à se taire, à ne déployer ni parole ni lien de parole[6].

            Plus encore, dans une autre problématisation que celle de Levinas, Foucault, en 1970, avançait que, derrière la prolifération apparente des discours de surface, « il y a sans doute dans notre société (…) une profonde logophobie, une sorte de crainte sourde contre ces événements, contre cette masse de choses dites, contre le surgissement de tous ces énoncés, contre tout ce qu’il peut y avoir là de violent, de discontinu, de batailleur, de désordre aussi et de périlleux, contre ce grand bourdonnement incessant et désordonné du discours »[7]. Le coup de génie de Foucault[8] étant de montrer que cette logophobie trouve largement sa source dans les institutions, dans la manière dont les institutions en Occident sont historiquement, le plus souvent, construites et envisagées.

            Ainsi, ces deux grands philosophes, de deux manières tout à fait différentes, ont repéré dans l’histoire de nos sociétés occidentales le rejet de la parole, que Foucault a situé au niveau institutionnel et collectif. Et nous pouvons constater de nos jours le fait que cette logophobie, et le rejet du lien de parole qui va de pair, se déploient de manière encore plus extensive qu’à leur époque, particulièrement dans ce que l’on appelle le champ du soin psychique.

            Rien d’antimoderne dans mon propos. A mon sens, dans l’histoire de l’Occident, la logophobie est plus ou moins dominante suivant les époques, cela fluctue. L’œuvre de Foucault – même si je ne le suivrais pas sur tout, particulièrement concernant la psychanalyse – aide à appréhender sa logique et à en faire l’histoire[9]. Plus encore, c’est à mon sens en bonne partie la logique institutionnelle dominante dans nombre d’institutions contemporaines, liée aux relations de pouvoir, qui déploie cette logophobie, qui réprime la parole et le lien de parole. De plus, cette logique institutionnelle logophobe, existante à l’époque de Levinas et de Foucault – mais aussi de Lacan –, s’est bien depuis étendue, pour s’étendre à nombre de champs qui lui échappaient[10].

            Ainsi, l’accélération de nos rythmes d’existence[11], liée à cette logique institutionnelle, arrive dorénavant souvent (pas toujours heureusement, car il existe des institutions où la parole peut exister et se déployer) à imposer une accélération de notre relation au langage, un court-circuitage de la parole, et ainsi à empêcher toute durée – tout après-coup – permettant la parole et le lien de parole.

            Et face à cette logophobie et face à ce défaut de lien de parole[12], lorsque, dans la cure, le psychanalyste pose un lien de parole et qu’il donne la parole au patient, il arrive régulièrement (pas toujours bien sûr) que la parole surgisse, spontanément, et que, dans la cure, pour peu que le psychanalyste se positionne créativement en ce sens, il soit possible d’en faire une demande et une parole au sens psychanalytique.

            Mais quelles sont les caractéristiques du lien de parole que gagne à poser le psychanalyste, afin de créer la situation analytique ? Eh bien, je dirais que ce peut être un lien de parole désirant, car marqué par la perte, mais aussi par le nouage désirant entre le réel, le symbolique et l’imaginaire. En somme, le désir de désir – et le désir de parole – du psychanalyste pose et propose un lien de parole désirant qui en appelle au désir et à la parole du patient, et au fait que la parole du patient soit désirante – et donc en premier lieu marquée par l’écart entre le manifeste et le latent.

            Dans ce lien de parole désirant, l’écoute du psychanalyste ouvre au déploiement du désir, du latent, dans la parole du patient, ou bien, si nécessaire, à la naissance du désir, du latent, dans celle-ci. Elle ouvre à une singularisation de la parole et à une richesse symbolique, poétique, de celle-ci, ainsi qu’au nouage (ou à l’articulation sinthomale) entre le réel, le symbolique et l’imaginaire.

            Ici, dans ce lien de parole désirant que (pro)pose le psychanalyste, l’écoute de celui-ci ouvre, du côté du patient, au déploiement d’une demande – la demande allant toujours dialectiquement avec le désir. Elle ouvre au fait que la parole du patient déploie une demande au sens psychanalytique, fondatrice du processus de la cure.

            Plus encore, le phénomène contemporain du défaut et du rejet de lien de parole dans les institutions, je crois que c’est quelque chose que beaucoup de nos contemporains appréhendent. Avec la dite « crise du Covid », s’est en effet à mon sens révélé au grand jour le fait que les institutions contemporaines rejettent la parole et le lien de parole. Et cela est maintenant allé si loin en ce sens que, par contrecoup, les demandes de parole, de lien de parole, affluent. En effet, culturellement, il faut à mon sens noter qu’une bonne partie de nos contemporains refusent la logophobie, refusent le défaut de lien de parole. J’en veux pour preuve les éléments suivants. Avant tout, les demandes aux « psys », et particulièrement aux psychanalystes, affluent. L’intérêt en France pour la série « En Thérapie », malgré ses imperfections, témoigne aussi de cela. Plus encore, nombre de revendications contemporaines sous leurs formes ouvertes et démocratiques[13], particulièrement les revendications féministes ou liées au mouvement LGBTQIA+, sont aussi le plus souvent liées (comme elles le disent d’ailleurs elles-mêmes très régulièrement) à un refus du défaut et du rejet de la parole et du lien de parole dominant dans les institutions.

            Mais, pour en revenir plus généralement aux nouvelles formes de mécanismes psychiques et de discours, il me semble que, parmi les différents facteurs contemporains expliquant ces formes nouvelles de mécanismes psychiques et de discours, pèsent à mon sens particulièrement deux éléments : le fait que le lien de parole est très souvent (pas toujours heureusement) empêché dans les institutions, parce que la logophobie y règne ; mais aussi l’appréhension par nombre de nos contemporains concernant ce défaut de lien de parole et cette logophobie. C’est un point important à relever cliniquement, il me semble, pour nous positionner dans le bon sens. Car si nous partons de cela, nous pouvons il me semble alors appréhender le fait que, si le psychanalyste se positionne dans le sens de la création d’un lien de parole désirant (qui est donc à mon sens régulièrement – et donc pas toujours – souhaité par les patients en quête d’un lien de parole), eh bien les choses peuvent s’ouvrir, et même qu’elles s’ouvrent assez régulièrement, dans le sens de la création de la situation psychanalytique. Ainsi, telle que je l’envisage, la psychanalyse, pour tragique, relève d’un optimisme tragique, malgré tout.

            Pour ma part, je vois dans les nouvelles formes de discours et de mécanismes psychiques, une nouvelle forme de demande[14], et même une nouvelle forme de possibilité de demande. À mon sens, cela implique, du côté du psychanalyste, une forme renouvelée de l’écoute psychanalytique[15], positionnée dans le sens de la création du lien de parole désirant et de la création de la situation analytique.

            C’est en ce sens que, comme le pointe le titre de ce texte, j’ai voulu ici insister sur les apports de la psychanalyse créative telle que je la conçois. J’ai ainsi voulu insister sur le fait que, sous sa forme créative, le psychanalyste peut travailler dans le sens de l’émergence, en une rencontre fondatrice[16], du lien de parole désirant entre le psychanalysant et le psychanalyste, et donc sur la création de la situation psychanalytique. Alors, comme l’expérience de la cure permet de le constater et de l’éclairer, la psychanalyste a une grande efficacité subjectivante[17].


[1] Ce que j’élabore ici se situe dans l’apport de Lacan et de sa relecture créative. Sur la création de la situation psychanalytique, voir particulièrement Lucien Israël, Boîter n’est pas pécher, Arcanes/érès, 2010 ; Jean-Richard Freymann, Introduction à l’écoute, Arcanes/érès, 2002 ; La naissance du désir, Arcanes/érès, 2005 ; Eloge de la perte, Arcanes/érès, 2015.

[2] Sur ce point, ce que dit Israël (op. cit.) n’a pas pris une ride.

[3] E. Levinas, Totalité et infini, essai sur l’extériorité, Livre de poche, 1991 (1961), p. 90-94.

[4] Sur l’interprétation, je me permets de renvoyer à ma réflexion intitulée « Sur l’interprétation. Une lecture de « Le rabbin et le psychanalyste » de Delphine Horvilleur. https://dimitrilorrain.org/2020/12/04/avec-delphine-horvilleur-sur-linterpretation-une-lecture-de-le-rabbin-et-le-psychanalyste-hermann-2020/ 

[5] E. Levinas, op. cit., p. 90-94.

[6] Tel que le psychanalyste Didier-Weill, d’ailleurs en lecteur de Levinas, le montre. Voir A. Didier-Weill, Les Trois temps de la loi, Seuil, 1995.

[7] M. Foucault, L’ordre du discours, Gallimard, 1971, p. 92-93. La leçon a été prononcée en 1970.

[8] De ce Foucault-ci, qui n’est pas le Foucault plus tardif. Ce dernier insiste plutôt sur la manière dont ce qu’il appelle le « pouvoir » fait parler. Autant de problématisations fécondes, d’hypothèses de travail différentes et donnant à élaborer la complexité des choses.

[9] C’est une longue histoire que le rejet du langage et de la parole : pour d’autres éléments concernant cette histoire, voir aussi l’admirable ouvrage du linguiste allemand J. Trabant, Humboldt ou le sens du langage, Mardaga, 1992. J’ai eu la chance de collaborer avec lui lorsque j’ai été Visiting Fellow à l’Université Humboldt de Berlin en 2011-2012.

[10] Sur l’institution contemporaine, voir les réflexions de R. Gori, par exemple La Fabrique des imposteurs, Les liens qui libèrent, 2013.

[11] Be. Stiegler, Dans la disruption, Les liens qui libèrent, 2016 ; H. Rosa, Accélération, La Découverte, 2010.

[12] Sur cette question du lien de parole et du défaut de lien de parole, j’élabore aussi sur la réflexion de Winnicott. Winnicott parle pour sa part de « déprivation » concernant ce que j’appelle le défaut de lien de parole. Voir par exemple Jeu et réalité, Gallimard, 2002.

[13] Il existe aussi des revendications contemporaines prenant une forme fermante, avec ses excès problématiques – ce qui à mon sens d’ailleurs sans doute reconduit une forme de logophobie. Sur cette question des revendications contemporaines, dans leur apport démocratique et leur complexité, voir Benjamin Lévy, L’ère de la revendication, Flammarion, 2022.

[14] J’élabore ici sur les récentes réflexions d’André Michels. Ainsi lors de la soirée de l’ASSERC « De la clinique psychanalytique à venir. Comment la concevoir ? », Strasbourg, le 25.2.22.

[15] Toujours comme nous y invite André Michels.

[16] Sur cette rencontre fondatrice, Lucien Israël a des pages fort éclairantes lorsqu’il parle de la « rencontre symbolique », dans Boiter n’est pas pécher, op. cit.

[17] La question est alors de savoir comment l’on peut penser plus en détails ce lien de parole désirant, et comment l’on peut envisager la création du lien de parole désirant, et donc de la situation psychanalytique. C’est de cette question dont je traiterai, comme de notre situation discursive et psychique contemporaine, dans deux textes à venir, l’un dans la Lettre de la FEDEPSY, et l’autre sur le site de la FEDEPSY.


Présentation de l’éditeur (extrait de la préface de David Le Breton):

« Coordonné par Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas, cet ouvrage offre une série de variations sur la notion de “genre”, une notion qui traduit aujourd’hui à la fois la conscience approfondie de ce que le lien social est toujours au fondement de nos représentations, et le fait que ses objectivations soient révocables si l’on ne s’y reconnaît pas. Longtemps décrit comme “naturel”, le genre est désormais perçu comme une décision propre, un choix.

L’individualisation du lien social ne cesse d’élargir la marge de liberté des acteurs. Le concept de genre en sciences sociales vise à définir les représentations, les valeurs, les rôles, les attitudes, associés au masculin et au féminin en tant qu’ils relèvent d’une construction sociale et culturelle. Les représentations de genre sont des scripts à la disposition des acteurs. Les notions d’“homme” ou de “femme” ne sont pas des essences, elles se dissolvent sous les fictions plus ou moins partagées qui les mettent en scène au sein du lien social. L’individu construit l’évidence de ses comportements comme homme ou femme, sans en avoir toujours conscience, car il en a acquis le principe au cours de son enfance par la socialisation, et leur confirmation relève du jeu ordinaire de l’existence, de ce qui est tenu pour acquis.

Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas soulèvent une question polémique majeure : “Peut-on encore s’interroger sur ce que serait, pour chacune et chacun, être un homme ou le devenir, être une femme ou le devenir, ce qui relèverait de la masculinité ou de la féminité ? Ou faut-il – comme l’espèrent certains – en finir définitivement avec le genre ? Abandonner toute classification qui serait potentiellement stigmatisante ? » »

Avec les contributions de Natacha Aubry, Éric Bidaud, Maxime Duviau, Eva Feigerlova, Christophe Gauld, Bernard Golse, Serge Hefez, Mélanie Jacquot, David Le Breton, Gaëlle Légo, Aurélien Lubienski, Stéphane Muths, Frédérique Riedlin, David Risse, Martin Roth, Anne Thévenot, Julia Vesque et Mélissa Wolff.

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Une rencontre aura lieu le mardi 28 mars 2023, à la MISHA, Allée du Général Rouvillois, 67000 Strasbourg, en partenariat avec les laboratoires SULISOM et LINCS de l’Université de Strasbourg, la Maison des
adolescents… Plus d’informations à venir.


Chères amies, chers amis,

Ici le lien vers la Lettre de la FEDEPSY n°13 de novembre 2022:

https://fedepsy.org/les-lettres-de-la-fedepsy/

Bonne lecture !

Ces deux journées d’études interdisciplinaires entre art et écologie sont proposées par l’Unité de recherche Approches contemporaines de la réflexion et de la création artistiques la Cryogénie — espace de recherche-création de l’Université de Strasbourg. Elles sont coordonnées par Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR et Katrin Gattinger, artiste et MCF HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg.

Ces journées d’études interdisciplinaires sont pensées dans le contexte des nouvelles conditions planétaires (réchauffement climatique,pandémie…), et se focalisent en particulier sur les animaux sauvages en ville, les animaux liminaires, leur présence dans les milieux agricoles et urbains, les gestes et traces qui témoignent de leurs agentivité et de leurs stratagèmes d’adaptation, ainsi que le potentiel de l’art à les représenter pour renouveler récits et sentir autrement. Il s’agira ainsi d’engager, à partir de pratiques artistiques, gestuelles ou comportementales, des questionnements autour de la cohabitation humain/non-humain, et cela particulièrement depuis l’angle de la ruse et/ou de l’appropriation. Et cela afin de spécifier les enjeux d’une interrogation croisée entre les questions ainsi corrélées de l’habitat des vivants et des moyens rusés d’appropriation improvisée.

Ces journées d’études sont également associées à l’exposition de Katrin Gattinger, Plan B, qui se tiendra en Cryogénie – Espace de recherche-création de l’Université de Strasbourg à partir de janvier 2023.

Jeudi 24 novembre

9 h 30 — Katrin Gattinger, artiste et maîtresse de conférences HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg et Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR
Accueil
10 h — 
Katrin Gattinger, artiste et maîtresse de conférences HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg et Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR
Introduction
10 h 15 — Joëlle Zask, enseignante en philosophie à l’Université d’Aix- Marseille
 Le sauvage, une affaire de conduite
11 h — Matiline Paulet, anthropologue de l’environnement 
L’Homme et le goéland en ville : adaptations, ajustements des comportements et réciprocités des relations

Après-midi

14 h — Katrin Gattinger, artiste plasticienne et maîtresse de conférences HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg
Sculpter l’irrévérence : Geste animal versus design défensif
14 h 45 — Pascal Carlier, docteur en éthologie
Être rusé en animal ou comment les animaux s’adaptent-ils à la nouveauté ? Un point de vue étho-phénoménologique
15 h 45 — Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR
Fernand Deligny, l’extension du domaine de la ruse ou pour une ruse commune à tout ce qui vit
16 h 30 — Anna Guilló, artiste et professeure des universités à Aix-Marseille Université
Quand on arrive en ville : le rat-l’hostile, la vie elle-même 

Vendredi 25 novembre

9 h — Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR 
Accueil
9 h 30 — Chris Younès, psychosociologue, docteure et HDR en philosophie à l’École Spéciale d’Architecture
À l’épreuve des métamorphoses des manières de coexister et cohabiter en ville avec l’animal
10 h 15 — Jean Estebanez, géographe et maître de conférences à l’UPEC
Ruses, limites et continuités au zoo : quels rapports à l’animalité ?
11 h — Ivana Adaime Makac, artiste plasticienne
Bombyx mori et stegobium paniceum : vies assistées, vies autonomes. Deux modes d’existence au sein d’une démarche artistique
11 h 45 — Cyrille Bret, historien de l’art et professeur à la HEAR
Usages animaux de l’art. Entre cadrage anthropique et appropriation animale, la lutte des places entre humains et non-humains dans l’interaction artistique
12 h 30 —
Conclusion des journées d’études

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Jeudi 24 et vendredi 25 novembre
Palais Universitaire — Salle Fustel
9, place de l’Université à Strasbourg
Ouvert au public

Chères amies, chers amis,

Je vous mets ici le lien vers le site du très beau livre de Pascale Lemler (initialement sorti chez bf en 2009) :

http://www.pascale-lemler.fr/index.html

(Pour le demander, vous pouvez écrire à l’auteure depuis cette page :

http://www.pascale-lemler.fr/telechargement.htm)

Même si, au regard de son sujet, il est difficile de mettre des mots sur ce récit poétique, j’aimerais ici avancer que ce très beau texte, alternant prose, poèmes et élaboration de la tradition juive, témoigne, je dirais, d’un cheminement à travers les mots, pour dire l’Histoire.

Cette Histoire est l’Histoire Plus qu’Infiniment Tragique des membres d’une famille  assassinés lors de la Shoah.

Mais c’est aussi l’Histoire de ceux qui ont survécu, et qui, si marqués par l’Horreur, et malgré Elle, ont parlé – parlé de biais, énigmatiquement.

Et puis c’est encore l’Histoire des mots, énigmatiques donc, qui ont été transmis par ces survivants.

Enfin, c’est l’Histoire de la traversée de ces mots, traversée tragique, poétique, mais aussi, d’une certaine manière, rituelle.

C’est ainsi que ce livre ouvre à la transmission.

Il ouvre à une transmission qui aide à se positionner face au terrible et infini tremblement qui nous emporte, dès qu’on accepte d’essayer d’ouvrir les yeux sur l’interminable trou noir de la Shoah.

En tout cas, pour ma part, le livre de Pascale Lemler m’a aidé dans ce travail de positionnement.

Parce que faire (littérairement, psychanalytiquement, historiquement, philosophiquement…) l’histoire des mots, l’histoire des mots des autres dans nos mots, l’histoire de nos mots réinventant les mots des autres ; parce que faire cette histoire des mots, donc, et traverser ces mots par là-même, aide à se positionner face à ce qu’il est impossible de cadrer.

Plus encore, la force de l’écriture de Pascale Lemler réside dans le fait d’aller vers l’enfance – vers l’infans, l’être en nous qui ne parle pas mais qui s’abreuve des mots des autres.

Par là même, son écriture, d’ailleurs  nourrie (cela s’entend) de la pratique de la psychanalyse, va vers la détresse fondamentale (Hilflosgkeit, dit Freud) que l’enfant a d’ailleurs souvent la force de porter – plus souvent d’ailleurs que l’adulte, peut-être.

Ainsi cette écriture, à l’écoute d’une voix se déployant dans les mots, fait-elle naître un « Je ». Ce « Je » énonce ses mots depuis cette détresse fondamentale qui est la sienne, mais qui est aussi celle des siens, tout en même temps. Ce pour traverser, en plus de ces mots, cette détresse plurielle.

Ici un court extrait :

 « Ils avaient été ceux que tu suivrais, ceux après lesquels tu viendrais. Tous, tu ne les as pas connus, mais ils ne t’étaient pas tous inconnus. Dans l’air que tu respirais, partout ils murmuraient ; lorsque tu inspirais, en ton son souffle, régulièrement, passaient ces oubliés dont le souvenir toujours revenait » (p. 24).

Ici aussi une belle mise en voix par Sabine Lemler à la librairie Bisey à Mulhouse (1er juin 2010) :

(Mise en voix : Sabine Lemler

Lecture et chant : Violaine Marine Helmbold et Anne Somot 
Musique/saxophone : Léonard Kretz)

Ici enfin le discours de Pascale Lemler, le 1er mai 2019, pour la pose de la Stolperstein de la famille Loeb-Bloch :

http://www.stolpersteine.lautre.net/wp/famille-loeb/discours-de-pascale-lemler/

Pascale Lemler est écrivaine. Elle a enseigné les Lettres en collège et lycée à Strabourg.
Sabine Lemler est metteure en scène de la compagnie VIA (Voir Imaginer Agir) (1).


NOTE :

(1) : COMPAGNIE VIA :

https://www.facebook.com/profile.php?id=100086667655691

Chères amies, chers amis,

Je me permets ici de vous informer de la sortie du très beau roman de mon amie Emmanuelle Favier, « La Part des cendres » (Albin Michel, 2022), grande fresque historique pleine de poésie et de délicatesse.

Emmanuelle Favier est écrivaine, poétesse et dramaturge.

Quatrième de couverture :

« De l’incendie de Moscou au manoir de Kerlan en passant par Dresde, Odessa, la Carinhall de Goering, Nuremberg et New York, deux siècles de tumulte ou le fol itinéraire d’un petit coffret contenant un trésor, symbole de la grande Histoire des spoliations et des guerres.

Fresque monumentale où l’on croisera les monstres et les héros modestes de l’Histoire, les crapules et les martyrs, La Part des cendres entrelace avec génie les fils de cette toile qui fait l’humanité – son courage, sa ferveur et son avidité. »

.

Ici deux très passionnantes interviews:

– sur France culture le 4.9.22 avec Mathias Énard :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-entretien-litteraire-de-mathias-enard/l-histoire-comme-moteur-romanesque-entretien-avec-emmanuelle-favier-2281156

– sur RCJ le 22.8.22 avec Sandrine Sebbane :

Comme dans son roman, elle nous parle entre autres des questions de la subjectivité, de l’élaboration romanesque du réel historique, de la mémoire, de la Shoah, du transgénérationnel, de la Mission de recherche et de restitution du Ministère de la Culture (1), de la Résistance.

Ici deux belles citations de ce qu’elle nous dit dans ces interviews :

 « Mon obsession, c’est de traquer ce dont on hérite. Qu’est-ce qu’on fait de ce qu’on nous transmet ? Est-ce qu’on en fait un fardeau ? est-ce qu’on en fait un élan ? C’est un peu le sujet de tous mes livres… ».

« Pour moi, la langue doit absolument chercher à ouvrir une sorte de porte à double fond qu’il y aurait derrière les mots : sortir du premier niveau du langage et de ce qu’il nous donne à entendre, pour essayer de comprendre ce qu’il y a derrière ».

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Romans :

– Le courage qu’il faut aux rivières, Albin Michel, 2017

– Virginia, Albin Michel, 2019

– La Part des cendres, Albin Michel, 2022

Poésie :

– À chaque pas, une odeur, Librairie-Galerie Racine, 2002

– Dans l’éclat des feuilles vives, La Musaraigne, 2005

– Le Point au soleil, Rhubarbe, 2012

– Le soleil vient d’en face, Rhubarbe, 2021

Nouvelles :

Confession des genres, Luce Wilquin, 2012

– Une lettre, Rhubarbe, 2014

– L’Œil d’Artemisia, Malo Quirvane, 2020

– Les Funérailles de Roberto Bolaño, La Guêpine, 2020

– Allons dans le grand vent, Rhubarbe, 2021

– Toutes ces choses qui passent, Rhubarbe, 2022

– Le Chant du syrinx, La Guêpine, mai 2023 (à paraître)

Traduction :

– La Mégère apprivoisée, de William Shakespeare, Les Belles Lettres, sept. 2023 (à paraître)

Album :

avec Jean-François Demay et Fabien Montes, Rimbaud, Formulette production, 2015

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NOTE :

(1) : https://www.culture.gouv.fr/Nous-connaitre/Organisation-du-ministere/Le-secretariat-general/Mission-de-recherche-et-de-restitution-des-biens-culturels-spolies-entre-1933-et-1945

Here it is

this ritual bath

this Mikveh

magnificently Roman

a thousand years old

in Speyer

this important city

for the Jewish community

in the Middle Ages

.

here they are

this deep staircase

these flowered columns

these steps marked with the footsteps

of so many past bodies

of this immense

and infinitely wounded

but still vivid

tradition

.

here it is

these deep waters

in which these bodies

infinitely purified themselves

to bind themselves to

the infinite texts

of the Jewish tradition

read there

back then

nearby in the Synagogue

whose rose and white ruins

stood

near the Mikveh

.

but visiting such a memorial place

here in Germany

orients my body

toward the Infinite Affliction

facing the More than Infinite

Horror of the

Shoah

and of the endless pogroms

across History

.

and I feel faint

facing the More than Infinite Horror

of impossible words

because

what could I call 

this ?

.

and how could I talk about this Mikveh

without talking

about what cannot be named ?

.

and without mentioning

about my goy life in 2022

my nights of cold nightmares

after this visit?

.

then I

need to attest

to my Infinite Affliction

facing the More than Infinite

Horror

that is

silently

there

in the shadow of History

and that haunts our nights

as it haunts and dims

the marvelous light

of this beautiful autumn day

in Speyer

just as it always will

haunt and dim

this light

and us

.

Dedicated to Benjamin Lévy

Version française du poème:

**

Thanks to Jamie McPartland for the rereading.

She’s a writer and editor. Here is an interview about her work:

Meet Jamie McPartland, 2022 Oregon Literary Fellow

Ainsi le voici

ce bain rituel

ce Mikveh

superbement roman

de presque 1000 ans

à Spire

cette ville si importante 

pour la communauté juive

au Moyen Age

.

ainsi les voici

cet escalier profond

ces colonnes fleuries

ces marches imprégnées des pas

de tant de corps du passé 

de cette tradition immense et infiniment blessée

mais toujours vivante

.

ainsi la voici

cette eau profonde

dans laquelle ces corps se sont 

infiniment purifiés

pour se relier

à l’infini jeu de textes

de la tradition juive

lus là

à l’époque

juste à côté 

dans la Synagogue 

dont les ruines roses et blanches

sont érigées 

à côté du Mikveh

.

mais visiter un tel lieu de mémoire

ici en  Allemagne

oriente avant tout

mon corps 

vers l’Infinie Affliction 

face à l’Horreur Plus qu’Infinie

de la Shoah

et des pogroms sans fin 

de l’Histoire

.

et mon corps défaille aussi ici

face à l’Horreur Plus qu’Infinie

des mots impossibles 

car comment peut-on nommer 

ceci ?

.

et comment pourrais-je parler de ce Mikveh 

sans parler aussi

de ce qu’on ne peut nommer?

.

ni sans évoquer 

au petit niveau de ma vie de goy de 2022

mes nuits de cauchemars 

après cette visite?

.

ainsi il ne me reste plus qu’à essayer de témoigner

de mon Infinie Affliction 

face à l’Horreur Plus qu’Infinie

qui est là silencieuse 

dans l’ombre de l’Histoire

et qui hante nos nuits

comme elle hante la lumière sublime

de cette si belle journée d’automne

à Spire

et comme elle ne cessera jamais de la,

et de nous,

hanter

.

(je dédie ce texte à Benjamin Lévy)

Version anglaise du poème:

Chères amies, chers amis,

Comme j’en ai parlé récemment avec différents amis, je vous mets ici en PJ deux textes publiées de 2014 sur Michel-Ange comme artiste et comme poète (car Michel-Ange est aussi un immense poète). Ils traitent du « Jugement Dernier » et de ses superbes poèmes, à la fois fort délicats et très directs. J’y propose un éclairage personnel, quelque peu nouveau, sur le « Jugement Dernier ».

J’y parle de la « mélancolie » au sens de la médecine ancienne, et non pas au sens moderne, psychiatrique ou psychanalytique. A la Renaissance, la créativité, poétique, artistique, intellectuelle, existentielle, était associée à la mélancolie pour peu qu’elle soit traversée de manière inventive – « métaphorique » dit (le Pseudo-)Aristote dans son texte le Problème XXX, 1 qui a élaboré cette idée largement reprise à la Renaissance.

Dans ces textes, je me suis appuyé sur l’histoire de l’art et des images telle qu’elle est envisagée par Aby Warburg (1), et à sa suite par ceux qui ont de manière si féconde travaillé son apport, comme Georges Didi-Huberman (EHESS) et Horst Bredekamp (Univ. Humboldt, Berlin) – chez qui j’ai eu l’honneur d’être Visiting Fellow en 2011-2012. Autant d’auteurs nourris de la psychanalyse (2).

Dans ces deux textes, j’élabore aussi largement sur la question écologique du rapport entre non-humain et humain. Je me suis ici appuyé sur les apports de l’anthropologie sociale, et particulièrement de l’oeuvre de Philippe Descola (élève de Claude Lévi-Strauss, et qui a été titulaire la Chaire d’Anthropologie Sociale au Collège de France, et avec lequel j’ai eu la chance de collaborer) avec qui j’ai eu la chance de collaborer) (3) mais aussi des anthropologues du Laboratoire d’Anthropologie Sociale. En effet, j’ai eu le plaisir d’animer un séminaire au Collège de France entre 2011 et 2013, intitulé « Littératures et anthropologie », avec deux anthropologues, Corinne Fortier et Salvatore d’Onofrio.

Je les ai écrits à une époque où je n’étais pas solidement initié à la psychanalyse, mais je m’intéressais déjà à l’histoire de la sexualité (à la Renaissance). Il y a dans certains de ces textes des choses que je formulerais autrement maintenant.

Le premier texte a été publié avec le Centre Allemand d’Histoire de l’Art à Paris (DFK), dans un volume dirigé par Georges Didi-Huberman (EHESS) , Lena Bader (DFK) et Johannes Grave (Univ. Iena): « Mélancolie et parole sur l’image chez Michel-Ange », in G. Didi-Huberman et al (dir.), Sprechen über Bilder – Sprechen in Bildern, Deutscher Kunst Verlag, Berlin, 2014, p. 159-172. Il est en français.

Le second texte a été publié avec le Colegio de Mexico et le Laboratoire d’Anthropologie Sociale, dans un volume dirigé par Karine Tinat (El Colegio de Mexico) et Dimitri Karadimas : « Creencia y sexualidad en la gaya ciencia de El Juico Final », D. Karadimas et K. Tinat (dir.), in Sexo y fe. Lecturas anthropologicas de creencias sexuales e prácticas religiosas, El Colegio de Mexico, Mexico, 2014, p. 47-68. Il est en espagnol.

Ici le lien vers l’ouvrage en ligne:
https://books.google.de/books?id=KNY2CAAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=de#v=onepage&q&f=false

Brillant et sympathique anthropologue, Dimitri Karadimas est malheureusement décédé en 2017. ici un lien vers ses travaux fort passionnants: http://las.ehess.fr/index.php?2120

Une dernière précision: Karine Tinat, Corinne Fortier, Dimitri Karadimas, Salvatore D’Onofrio sont (ou était) tous des élèves de Françoise Héritier et de sa très importante anthropologie du masculin/féminin (voir l’ouvrage du même nom chez Odile Jacob) (elle aussi élève de Claude Lévi-Strauss, elle a été titulaire de la Chaire d’Anthropologie Sociale au Collège de France avant Philippe Descola).

NOTE

(1) : Ici le lien vers mon intervention sur le cheminement intellectuel et psychanalytique d’Aby Warburg:

(2): Georges Didi-Huberman déploie son élaboration symptomale des images dans « L’image survivante » (Minuit, 2002). Horst Bredekamp élabore sur Lacan pour sa théorie de l’image dans « Théorie de l’acte d’image » (La Découverte,2015, trad. F. Joly).

(3): De Philippe Descola, voir particulièrement son opus « Par-delà nature et culture » (Gallimard, 2005) et son livre sur les images « Les formes du visible », Seuil, 2021). J’aimerais aussi citer son engagement écologique allant de pair avec son apport.

LES DEUX TEXTES:

Chères amies, chers amis,

Ici le lien vers la Lettre n°12 de la FEDEPSY d’octobre 2022, avec des textes de Jean-Richard Freymann et Cyrielle Weisgerber ; ainsi que les activités de la FEDEPSY:

Accueil

Bonne lecture !

Chères amies, chers amis,

Ici l’enregistrement de la belle rencontre autour de Jacob Rogozinski, pour son très novateur ouvrage « Moïse l’insurgé » (Cerf, 2022), ayant eu lieu à la Librairie des Bateliers, le 20.10.22.

Jacob Rogozinski dialogue à cette occasion avec Leiv Fraenckel. (Et répond à des questions de Stefan Kristensen et de moi-même).

Moïse l'insurgé

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur:

« Une révolution sociale en Canaan, présentée de manière poétique dans l’Exode. Un dieu, celui de Moïse, qui marque la naissance d’une ‘contre-religion’. Un dispositif d’émancipation. Tel est le récit que dessinent en creux les dernières découvertes.

Qui était Moïse ? L’histoire de la sortie d’Égypte n’est-elle qu’une légende ? Pourquoi la Bible le présente-t-il comme un lépreux né d’un inceste dans une tribu maudite ? Grâce aux découvertes les plus récentes des historiens et des archéologues, il est possible d’explorer le noyau de vérité du récit de l’Exode.
Un soulèvement a eu lieu en Canaan dans l’Antiquité. Il a donné naissance à une société sans roi et sans État, dont les lois sont hospitalières aux étrangers, favorables aux asservis, aux exclus. Cette insurrection n’aurait pas été possible si un homme surnommé Moïse n’avait pas introduit un dieu étranger, un dieu qui ne sanctifie pas le pouvoir des rois, mais soutient les opprimés dans leur combat pour la justice. L’enquête se centre alors sur le dieu de Moïse afin d’élucider la genèse du monothéisme. Ce n’est pas seulement l’histoire de l’Exode qui est interprétée ici de façon originale, mais aussi le sacrifice d’Abraham, l’Alliance, le bouc émissaire, le messie. On en vient alors à se demander si le monde de Moïse, un monde affecté par une crise dévastatrice, ne ressemble pas étrangement au nôtre et si la promesse d’émancipation portée par ce récit ne nous est pas aussi adressée. »

La réflexion de Jacob Rogozinski est librement inspirée de la méthode de Freud dans son « Moïse ».

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Jacob Rogozinski est Professeur émérite à la Faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg. Parmi ses différentes publications, citons aussi:

  • Le don de la Loi : Kant et l’énigme de l’éthique, Presses Universitaires de France, 1999.
  • Faire part : cryptes de Derrida, Lignes & Manifestes, 2005, réédition Lignes, 2014.
  • Le moi et la chair : introduction à l’ego-analyse, Cerf, 2006.
  • Guérir la vie. La passion d’Antonin Artaud, Cerf, 2011.
  • Ils m’ont haï sans raison. De la chasse aux sorcières à la Terreur, Cerf, 2015.
  • Djihadisme : le retour du sacrifice, Desclée de Brouwer, 2017.

De 2020 à 2022, nous avons animé ensemble le séminaire Articulations philosophie-psychanalyse, commun à la Faculté de Philosophie de Strasbourg et à la FEDEPSY (1).

Leiv Fraenckel est professeur de philosophie au lycée Aquiba de Strasbourg. Il enseigne aussi au département d’études hébraïques et juives de l’Université de Strasbourg. Il anime la chaîne Youtube philosophique « Serial Thinker » (2).

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Librairie des Bateliers

5 Rue Modeste Schickelé, 67000 Strasbourg

03.88.37.90.60 – librairiedesbateliers@wanadoo.fr

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NOTES

(1): https://dimitrilorrain.org/seminaire-articulations-philosophie-psychanalyse-univ-strasbourg-fedepsy/

(2): https://www.youtube.com/c/SERIALTHINKER