Chères amies, chers amis,

Le 20 octobre 2022, à 18h30, aura lieu à la librairie des Bateliers une rencontre autour du récent ouvrage de Jacob Rogozinski, intitulé « Moïse l’insurgé » (Cerf, 2022).

Jacob Rogozinski dialoguera à cette occasion avec Leiv Fraenckel.

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Présentation de l’ouvrage par l’éditeur:

« Une révolution sociale en Canaan, présentée de manière poétique dans l’Exode. Un dieu, celui de Moïse, qui marque la naissance d’une  » contre-religion « . Un dispositif d’émancipation. Tel est le récit que dessinent en creux les dernières découvertes.

Qui était Moïse ? L’histoire de la sortie d’Égypte n’est-elle qu’une légende ? Pourquoi la Bible le présente-t-il comme un lépreux né d’un inceste dans une tribu maudite ? Grâce aux découvertes les plus récentes des historiens et des archéologues, il est possible d’explorer le noyau de vérité du récit de l’Exode.
Un soulèvement a eu lieu en Canaan dans l’Antiquité. Il a donné naissance à une société sans roi et sans État, dont les lois sont hospitalières aux étrangers, favorables aux asservis, aux exclus. Cette insurrection n’aurait pas été possible si un homme surnommé Moïse n’avait pas introduit un dieu étranger, un dieu qui ne sanctifie pas le pouvoir des rois, mais soutient les opprimés dans leur combat pour la justice. L’enquête se centre alors sur le dieu de Moïse afin d’élucider la genèse du monothéisme. Ce n’est pas seulement l’histoire de l’Exode qui est interprétée ici de façon originale, mais aussi le sacrifice d’Abraham, l’Alliance, le bouc émissaire, le messie. On en vient alors à se demander si le monde de Moïse, un monde affecté par une crise dévastatrice, ne ressemble pas étrangement au nôtre et si la promesse d’émancipation portée par ce récit ne nous est pas aussi adressée. »

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Jacob Rogozinski est Professeur émérite à la Faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg. Parmi ses différentes publications, citons:

  • Le don de la Loi : Kant et l’énigme de l’éthique, Presses Universitaires de France, 1999.
  • Faire part : cryptes de Derrida, Lignes & Manifestes, 2005, réédition Lignes, 2014.
  • Le moi et la chair : introduction à l’ego-analyse, Cerf, 2006.
  • Guérir la vie. La passion d’Antonin Artaud, Cerf, 2011.
  • Ils m’ont haï sans raison. De la chasse aux sorcières à la Terreur, Cerf, 2015.
  • Djihadisme : le retour du sacrifice, Desclée de Brouwer, 2017.

De 2020 à 2022, nous avons animé ensemble le séminaire Articulations philosophie-psychanalyse, commun à la Faculté de Philosophie de Strasbourg et à la FEDEPSY (1).

Leiv Fraenckel est professeur de philosophie au lycée Aquiba de Strasbourg. Il enseigne aussi au département d’études hébraïques et juives de l’Université de Strasbourg. Il anime la chaîne Youtube philosophique « Serial Thinker » (2).

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Librairie des Bateliers

5 Rue Modeste Schickelé, 67000 Strasbourg

03.88.37.90.60 – librairiedesbateliers@wanadoo.fr

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NOTES

(1): https://dimitrilorrain.org/seminaire-articulations-philosophie-psychanalyse-univ-strasbourg-fedepsy/

(2): https://www.youtube.com/c/SERIALTHINKER

Animé par Dominique Marinelli, Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain.

A partir de janvier 2023 et jusqu’en juin 2023 (reprise en octobre 2023), le jeudi, à 20h30, aux dates suivantes  : les 5.1.23, 2.2.23, 2.3.23, 6.4.23, 4.5.23, 1.6.23 (le 1er jeudi du mois, sauf vacances scolaires).

Par Zoom.

Pour demander à participer, écrire à : lorrain.dimitri@gmail.com ou à emmanuelle.chatelat@gmail.com.

Le séminaire portera sur la pratique psychanalytique de Freud et sur sa pensée. Nous étudierons l’œuvre et le geste de Freud dans son contexte historique et culturel (psychanalytique, psychiatrique, intellectuel, philosophique, littéraire, artistique, etc.). Ce faisant, nous essaierons d’envisager la portée à la fois clinique, théorique et culturelle de son œuvre dans le contexte actuel.

Il s’agira de lire Freud, de le discuter, afin d’ouvrir des pistes théoriques pour la clinique. Nous essaierons aussi de caractériser la dynamique de son œuvre et la manière dont Freud a traversé ses propres résistances.

Lors du premier semestre 2023, nous traiterons particulièrement du féminin.

Le programme de lecture proposera l’étude de textes de Freud, mais aussi de textes permettant d’éclairer son œuvre et le contexte dans lequel elle s’est développée.

Nous lirons Freud, Lacan, mais aussi les élèves strasbourgeois de Lacan (Israël, Jean-Richard Freymann, Marcel Ritter, Jean-Marie Jadin…), comme d’autres élèves de Lacan (Safouan, Perrier, Leclaire, O. Mannoni, Clavreul…), afin de transmettre la psychanalyse telle que l’envisage l’Ecole de Strasbourg.

De plus, pour nous mettre à l’écoute des subjectivités contemporaines, nous envisagerons de manière psychanalytique les apports des pensées féministes et des études de genre les plus stimulantes.

En ce sens, nous inviterons des intervenantes et des intervenants psychanalystes et appartenant aux champs connexes à la psychanalyse (philosophie, sciences humaines, littérature, art, etc.).

Nous aimerions que ce séminaire polyphonique soit pour chacune et chacun l’occasion de traverser Freud à sa manière, dans une relation de un à un avec son œuvre, avant tout depuis la clinique et depuis l’éthique de la psychanalyse.

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Textes étudiés entre janvier et juin 2023

– Sigmund Freud, « Le tabou de la virginité » (1918), in La vie sexuelle, PUF, 1969. (Intervention de Frédérique Riedlin)

– Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), in La vie sexuelle, PUF, 1969.

– Sigmund Freud, « La féminité » (1932), in Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, 2002.

– Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, Arcanes-érès, 2010, particulièrement « Que reste-t-il de notre amour ? », p. 153-162.

– Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XX, 1972-1973, Encore, Seuil, 1975, particulièrement « Une lettre d’âmour », séance du 13.3.1973.

– Stefan Zweig, Le Monde d’hier, trad. Serge Niemetz, Livre de poche, 1996.

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Invités à venir

Ondine Arnould (philosophe, germaniste, Université de Strasbourg) sur Lou Andreas-Salomé, Benjamin Lévy (psychanalyste, psychologue, Paris), Jacob Rogozinski (philosophe, Université de Strasbourg), Leiv Fraenckel (philosophe, département d’études hébraïques et juives de l’Université de Strasbourg) sur la psychanalyse et le judaïsme…

Chères lectrices, chers lecteurs,

Un billet pour vous remercier car, depuis deux ans et demi, à peu près 6000 personnes différentes ont visité le blog, de presque 70 pays. Je me réjouis que ce blog, à son humble niveau, dans l’océan numérique, puisse être utile pour transmettre une certaine pratique de la psychanalyse, de la pensée, de la culture, qui essaie d’être à la fois rigoureuse, ouverte et aussi créative que possible!

Chères amies, chers amis,

Un billet pour vous informer de la tenue du colloque « Habitabilités : architecture, ville et nature à l’ère de l’anthropocène » qui aura lieu à Strasbourg du 05 au 07 octobre, organisé par Mickaël Labbé et Victor Fraigneau en coopération avec le CREPHAC et l’USIAS.

Intervenants: Xavier Bonnaud, Armelle Choplin, Elena Cogato Lanza, Victor Fraigneau, Paul Guillibert, Mickaël Labbé, Fanny Lopez, Catherine Maumi, Flaminia Paddeu, Marion Waller, et Albena Yaneva.

Ce colloque réunit des approches complémentaires sur la question de l’habitabilité, sa structure, sa fragilité, et les stratégies de son maintien. Nous y convoquons la notion de ressource sous ses aspects les plus divers : les ressources matérielles et leur épuisement, les ressources infrastructurelles et la nécessité de leur prise en compte (énergie, alimentation, sol, espace, etc.), les ressources participatives et démocratiques d’idées alternatives aux conditions actuelles de l’habitat et de l’aménagement urbain.

L’ouverture de cet événement aura lieu avec une conférence de la philosophe Chris Younès le 05 octobre, à l’amphithéâtre Gusdorf de la Faculté de Philosophie de Strasbourg (7, rue de l’Université) à 18h,

suivie par deux journées de conférences les 06 et 07 octobre (9h-18h et 9h-16h30) qui se tiendront au Collège Doctoral Européen (46 boulevard de la Victoire), avec comme intervenant-e-s Xavier Bonnaud, Armelle Choplin, Elena Cogato Lanza, Victor Fraigneau, Paul Guillibert, Mickaël Labbé, Fanny Lopez, Catherine Maumi, Flaminia Paddeu, Marion Waller, et Albena Yaneva.

Ce colloque s’est construit dans le cadre du projet USIAS « Par-delà ville et nature ». Il s’inscrit dans le cadre des Journées de l’Architecture dont le thème de l’édition 2022 est « Architecture & Ressources ».

A noter également un Festival d’Idées les 21 et 22 octobre prochains aux Halles Citadelle (avec, notamment, les collectifs d’architectes Rotor et Etc., l’agence Grand Huit, les intellectuels Joëlle Zask, Philippe Simay, Michel Lussault, Sylvain Piron).

Du 5 octobre 2022 au 7 octobre 2022

De 18h00 à 16h30

05 octobre : 18h amphithéâtre Gusdorf, 7 rue de l’Université, Strasbourg

06 octobre : 9h-18h

07 octobre : 9h-16h30

Collège Doctoral Européen, 46 bd de la Victoire, Salle de conférence

Lien:

Au regard de l’évolution contemporaine des discours et des mécanismes psychiques, j’aimerais ici insister sur un point qui me semble particulièrement important. Tout un ensemble de discours collectifs avancent de nos jours que la psychanalyse sous sa forme actuelle serait « dépassée » – souvent pour justifier sa minoration institutionnelle. Or cela ne me semble pas juste.

            En effet, s’il s’avère que la psychanalyse a pu souvent être dénaturée et devenir dogmatique, et ainsi renier sa créativité fondamentale, cela n’est heureusement pas toujours le cas. Elle existe aussi de nos jours sous une forme rigoureuse et créative (ce qui est la même chose). Dans ce cas-là, je dirais qu’elle se centre sur la création d’un lien de parole qui ouvre à la création de la situation psychanalytique en tant que telle[1]. Bien sûr, la psychanalyse ne se réduit pas à ce lien de parole, que je définis plus loin comme désirant, même si c’est là selon moi une dimension importante, pour faire advenir et se déployer le processus psychanalytique.

            Sous cette forme, la psychanalyse élabore sur les critiques qui lui sont adressées. De plus, elle remet au travail ses apports, afin de prendre en compte les subjectivités contemporaines.

            Dès lors, la psychanalyse a une très grande efficacité subjectivante, comme nous le constatons en pratique. C’est le cas pour peu que le processus psychanalytique se mette en place, du fait d’un positionnement fécond du psychanalyste, dans le sens de la création du lien de parole et de la situation psychanalytique. Bref, la psychanalyse en soi n’est pas « dépassée », et il s’agit de mieux la faire connaître sous sa forme véritable, créative. C’est en ce sens que je voudrais ici insister sur ses apports.

            Dans ce cadre, la minoration institutionnelle actuelle de la psychanalyse acquiert à mon sens la signification suivante. Il s’agit, dans ces institutions, d’empêcher le lien de parole nécessaire au sujet, ne pas laisser exister la parole, et particulièrement pas le lien de parole ni la parole sous leurs formes psychanalytiques. Ce afin que la psychanalyse ne risque pas de sortir les sujets et les institutions de leurs routines, ni d’un ennuyeux confort. Ce confort étant lié à une logique d’adaptation et de sécurité, et au déploiement désubjectivant de la compulsion de répétition, qui vont de pair. Bref, la psychanalyse est institutionnellement souvent mise de côté pour ne pas qu’elle risque d’apporter du nouveau au niveau du lien de parole, et dès lors ni subjectivement ni collectivement[2]. Voilà à mon sens la principale raison de la minoration institutionnelle actuelle de la psychanalyse. Ce même si, en même temps, la forme dénaturée, dogmatique, qu’elle peut parfois prendre, la dessert. Cela, bien sûr, il nous faut aussi le constater.

            Sur le fond, nous avons ici affaire au malaise dans la culture – tel que Freud l’a problématisé dans son ouvrage du même nom –, et au malaise dans la culture sous sa forme contemporaine. Bref, nous avons affaire aux forces subjectives et collectives allant contre la subjectivation et contre le lien de parole et la parole en général. Ce malaise dans la culture, la psychanalyse permet de l’appréhender de manière tragique.

            Il reste qu’au regard de ce que nous dit la tradition philosophique, ce rejet de la parole et du lien de parole, que nous constatons aujourd’hui, n’a rien de nouveau. Déjà, Levinas, en 1961, dans Totalité et Infini, posait les questions vertigineuses de l’« antilangage » et de la dystopie d’un « monde absolument silencieux ». En effet, considérant que « le monde est offert dans le langage d’autrui » – et donc dans le lien de parole avec l’autre –, Levinas repérait déjà dans nos sociétés une tendance vers le déploiement de l’« antilangage », du « monde absolument silencieux ». Ici, dit-il, « l’interlocuteur a donné un signe, mais s’est dérobé à toute interprétation »[3]  – et à tout lien de parole.

            Et j’aimerais en ce point insister sur le rejet du geste d’interprétation, alors que l’interprétation introduit du subjectif, du singulier, puisque le sujet s’y autorise de sa propre lecture, de sa propre parole, et du lien de parole, marqué par la séparation – par la perte –, qu’il a avec l’autre[4].

            Ici, nous dit encore Levinas, dans ce monde absolument silencieux, règne le « pur spectacle », la « pure objectivité », qui en son fond est un rire « ricanant », et qui relève du sarcasme et non de l’humour, un « rire qui cherche à détruire le langage »[5]. En termes psychanalytiques : ici se déchaîne le surmoi en ce qu’il enjoint le sujet à se taire, à ne déployer ni parole ni lien de parole[6].

            Plus encore, dans une autre problématisation que celle de Levinas, Foucault, en 1970, avançait que, derrière la prolifération apparente des discours de surface, « il y a sans doute dans notre société (…) une profonde logophobie, une sorte de crainte sourde contre ces événements, contre cette masse de choses dites, contre le surgissement de tous ces énoncés, contre tout ce qu’il peut y avoir là de violent, de discontinu, de batailleur, de désordre aussi et de périlleux, contre ce grand bourdonnement incessant et désordonné du discours »[7]. Le coup de génie de Foucault[8] étant de montrer que cette logophobie trouve largement sa source dans les institutions, dans la manière dont les institutions en Occident sont historiquement, le plus souvent, construites et envisagées.

            Ainsi, ces deux grands philosophes, de deux manières tout à fait différentes, ont repéré dans l’histoire de nos sociétés occidentales le rejet de la parole, que Foucault a situé au niveau institutionnel et collectif. Et nous pouvons constater de nos jours le fait que cette logophobie, et le rejet du lien de parole qui va de pair, se déploient de manière encore plus extensive qu’à leur époque, particulièrement dans ce que l’on appelle le champ du soin psychique.

            Rien d’antimoderne dans mon propos. A mon sens, dans l’histoire de l’Occident, la logophobie est plus ou moins dominante suivant les époques, cela fluctue. L’œuvre de Foucault – même si je ne le suivrais pas sur tout, particulièrement concernant la psychanalyse – aide à appréhender sa logique et à en faire l’histoire[9]. Plus encore, c’est à mon sens en bonne partie la logique institutionnelle dominante dans nombre d’institutions contemporaines, liée aux relations de pouvoir, qui déploie cette logophobie, qui réprime la parole et le lien de parole. De plus, cette logique institutionnelle logophobe, existante à l’époque de Levinas et de Foucault – mais aussi de Lacan –, s’est bien depuis étendue, pour s’étendre à nombre de champs qui lui échappaient[10].

            Ainsi, l’accélération de nos rythmes d’existence[11], liée à cette logique institutionnelle, arrive dorénavant souvent (pas toujours heureusement, car il existe des institutions où la parole peut exister et se déployer) à imposer une accélération de notre relation au langage, un court-circuitage de la parole, et ainsi à empêcher toute durée – tout après-coup – permettant la parole et le lien de parole.

            Et face à cette logophobie et face à ce défaut de lien de parole[12], lorsque, dans la cure, le psychanalyste pose un lien de parole et qu’il donne la parole au patient, il arrive régulièrement (pas toujours bien sûr) que la parole surgisse, spontanément, et que, dans la cure, pour peu que le psychanalyste se positionne créativement en ce sens, il soit possible d’en faire une demande et une parole au sens psychanalytique.

            Mais quelles sont les caractéristiques du lien de parole que gagne à poser le psychanalyste, afin de créer la situation analytique ? Eh bien, je dirais que ce peut être un lien de parole désirant, car marqué par la perte, mais aussi par le nouage désirant entre le réel, le symbolique et l’imaginaire. En somme, le désir de désir – et le désir de parole – du psychanalyste pose et propose un lien de parole désirant qui en appelle au désir et à la parole du patient, et au fait que la parole du patient soit désirante – et donc en premier lieu marquée par l’écart entre le manifeste et le latent.

            Dans ce lien de parole désirant, l’écoute du psychanalyste ouvre au déploiement du désir, du latent, dans la parole du patient, ou bien, si nécessaire, à la naissance du désir, du latent, dans celle-ci. Elle ouvre à une singularisation de la parole et à une richesse symbolique, poétique, de celle-ci, ainsi qu’au nouage (ou à l’articulation sinthomale) entre le réel, le symbolique et l’imaginaire.

            Ici, dans ce lien de parole désirant que (pro)pose le psychanalyste, l’écoute de celui-ci ouvre, du côté du patient, au déploiement d’une demande – la demande allant toujours dialectiquement avec le désir. Elle ouvre au fait que la parole du patient déploie une demande au sens psychanalytique, fondatrice du processus de la cure.

            Plus encore, le phénomène contemporain du défaut et du rejet de lien de parole dans les institutions, je crois que c’est quelque chose que beaucoup de nos contemporains appréhendent. Avec la dite « crise du Covid », s’est en effet à mon sens révélé au grand jour le fait que les institutions contemporaines rejettent la parole et le lien de parole. Et cela est maintenant allé si loin en ce sens que, par contrecoup, les demandes de parole, de lien de parole, affluent. En effet, culturellement, il faut à mon sens noter qu’une bonne partie de nos contemporains refusent la logophobie, refusent le défaut de lien de parole. J’en veux pour preuve les éléments suivants. Avant tout, les demandes aux « psys », et particulièrement aux psychanalystes, affluent. L’intérêt en France pour la série « En Thérapie », malgré ses imperfections, témoigne aussi de cela. Plus encore, nombre de revendications contemporaines sous leurs formes ouvertes et démocratiques[13], particulièrement les revendications féministes ou liées au mouvement LGBTQIA+, sont aussi le plus souvent liées (comme elles le disent d’ailleurs elles-mêmes très régulièrement) à un refus du défaut et du rejet de la parole et du lien de parole dominant dans les institutions.

            Mais, pour en revenir plus généralement aux nouvelles formes de mécanismes psychiques et de discours, il me semble que, parmi les différents facteurs contemporains expliquant ces formes nouvelles de mécanismes psychiques et de discours, pèsent à mon sens particulièrement deux éléments : le fait que le lien de parole est très souvent (pas toujours heureusement) empêché dans les institutions, parce que la logophobie y règne ; mais aussi l’appréhension par nombre de nos contemporains concernant ce défaut de lien de parole et cette logophobie. C’est un point important à relever cliniquement, il me semble, pour nous positionner dans le bon sens. Car si nous partons de cela, nous pouvons il me semble alors appréhender le fait que, si le psychanalyste se positionne dans le sens de la création d’un lien de parole désirant (qui est donc à mon sens régulièrement – et donc pas toujours – souhaité par les patients en quête d’un lien de parole), eh bien les choses peuvent s’ouvrir, et même qu’elles s’ouvrent assez régulièrement, dans le sens de la création de la situation psychanalytique. Ainsi, telle que je l’envisage, la psychanalyse, pour tragique, relève d’un optimisme tragique, malgré tout.

            Pour ma part, je vois dans les nouvelles formes de discours et de mécanismes psychiques, une nouvelle forme de demande[14], et même une nouvelle forme de possibilité de demande. À mon sens, cela implique, du côté du psychanalyste, une forme renouvelée de l’écoute psychanalytique[15], positionnée dans le sens de la création du lien de parole désirant et de la création de la situation analytique.

            C’est en ce sens que, comme le pointe le titre de ce texte, j’ai voulu ici insister sur les apports de la psychanalyse créative telle que je la conçois. J’ai ainsi voulu insister sur le fait que, sous sa forme créative, le psychanalyste peut travailler dans le sens de l’émergence, en une rencontre fondatrice[16], du lien de parole désirant entre le psychanalysant et le psychanalyste, et donc sur la création de la situation psychanalytique. Alors, comme l’expérience de la cure permet de le constater et de l’éclairer, la psychanalyste a une grande efficacité subjectivante[17].


[1] Ce que j’élabore ici se situe dans l’apport de Lacan et de sa relecture créative. Sur la création de la situation psychanalytique, voir particulièrement Lucien Israël, Boîter n’est pas pécher, Arcanes/érès, 2010 ; Jean-Richard Freymann, Introduction à l’écoute, Arcanes/érès, 2002 ; La naissance du désir, Arcanes/érès, 2005 ; Eloge de la perte, Arcanes/érès, 2015.

[2] Sur ce point, ce que dit Israël (op. cit.) n’a pas pris une ride.

[3] E. Levinas, Totalité et infini, essai sur l’extériorité, Livre de poche, 1991 (1961), p. 90-94.

[4] Sur l’interprétation, je me permets de renvoyer à ma réflexion intitulée « Sur l’interprétation. Une lecture de « Le rabbin et le psychanalyste » de Delphine Horvilleur. https://dimitrilorrain.org/2020/12/04/avec-delphine-horvilleur-sur-linterpretation-une-lecture-de-le-rabbin-et-le-psychanalyste-hermann-2020/ 

[5] E. Levinas, op. cit., p. 90-94.

[6] Tel que le psychanalyste Didier-Weill, d’ailleurs en lecteur de Levinas, le montre. Voir A. Didier-Weill, Les Trois temps de la loi, Seuil, 1995.

[7] M. Foucault, L’ordre du discours, Gallimard, 1971, p. 92-93. La leçon a été prononcée en 1970.

[8] De ce Foucault-ci, qui n’est pas le Foucault plus tardif. Ce dernier insiste plutôt sur la manière dont ce qu’il appelle le « pouvoir » fait parler. Autant de problématisations fécondes, d’hypothèses de travail différentes et donnant à élaborer la complexité des choses.

[9] C’est une longue histoire que le rejet du langage et de la parole : pour d’autres éléments concernant cette histoire, voir aussi l’admirable ouvrage du linguiste allemand J. Trabant, Humboldt ou le sens du langage, Mardaga, 1992. J’ai eu la chance de collaborer avec lui lorsque j’ai été Visiting Fellow à l’Université Humboldt de Berlin en 2011-2012.

[10] Sur l’institution contemporaine, voir les réflexions de R. Gori, par exemple La Fabrique des imposteurs, Les liens qui libèrent, 2013.

[11] Be. Stiegler, Dans la disruption, Les liens qui libèrent, 2016 ; H. Rosa, Accélération, La Découverte, 2010.

[12] Sur cette question du lien de parole et du défaut de lien de parole, j’élabore aussi sur la réflexion de Winnicott. Winnicott parle pour sa part de « déprivation » concernant ce que j’appelle le défaut de lien de parole. Voir par exemple Jeu et réalité, Gallimard, 2002.

[13] Il existe aussi des revendications contemporaines prenant une forme fermante, avec ses excès problématiques – ce qui à mon sens d’ailleurs sans doute reconduit une forme de logophobie. Sur cette question des revendications contemporaines, dans leur apport démocratique et leur complexité, voir Benjamin Lévy, L’ère de la revendication, Flammarion, 2022.

[14] J’élabore ici sur les récentes réflexions d’André Michels. Ainsi lors de la soirée de l’ASSERC « De la clinique psychanalytique à venir. Comment la concevoir ? », Strasbourg, le 25.2.22.

[15] Toujours comme nous y invite André Michels.

[16] Sur cette rencontre fondatrice, Lucien Israël a des pages fort éclairantes lorsqu’il parle de la « rencontre symbolique », dans Boiter n’est pas pécher, op. cit.

[17] La question est alors de savoir comment l’on peut penser plus en détails ce lien de parole désirant, et comment l’on peut envisager la création du lien de parole désirant, et donc de la situation psychanalytique. C’est de cette question dont je traiterai, comme de notre situation discursive et psychique contemporaine, dans deux textes à venir, l’un dans la Lettre de la FEDEPSY, et l’autre sur le site de la FEDEPSY.

Ce séminaire, animé par Jacob Rogozinski (Professeur de Philosophie, Univ. Strasbourg) et par Dimitri Lorrain (FEDEPSY), travaille à approfondir le dialogue entre philosophie et psychanalyse. C’est un séminaire commun au Département de philosophie de l’Université de Strasbourg et à la FEDEPSY.

S’il n’est pas en ligne, l’enregistrement d’une séance peut être transmis aux personnes le demandant.

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Programme et enregistrements 2022:

10.2.2022 : Jacob Rogozinski (Professeur de philosophie, Univ. Strasbourg): « Introduction » et Dimitri Lorrain (FEDEPSY): « La parole psychanalytique »

– 24.2.2022 : Frédérique Riedlin (psychanalyste, psychologue, FEDEPSY): « Avidités, dévoration et saturation: actualités des archaïsmes et de la pulsion »

– 10.3.2022 : Julie Rolling (pédopsychiatre, FEDEPSY): « L’enfant face aux différentes crises »

– 24.3.2022 : Guillaume Riedlin (psychanalyste, psychiatre, FEDEPSY): « En-corps, à la limite du sexuel »

– 7.4.2022 : Martin Roth (psychanalyste, psychiatre, FEDEPSY) : « Corps à corps ou l’absence de parole »

– 28.4.2022 : Philippe Choulet (philosophe): « Les formes d’évolution de la frérocité (après-coup de l’ouvrage de Jean-Richard Freymann, Frères humain qui… Essai sur la frérocité, avec introduction de Ph. Choulet, Arcanes-érès, 2003). »

Programme et enregistrements 2021:

-26.1.21 : Dimitri Lorrain (FEDEPSY) : La folie du corps et ses destins : une perspective freudo-lacanienne

http://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1611651337010

-9.2.21 :   Elise Tourte (Univ. Strasbourg) : « Expérience de la folie » chez Henri Michaux

https://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1612861100246

Vous trouverez ici un texte d’Elise Tourte qui présente sa réflexion lors des 10 premières minutes de son intervention, car ces 10 minutes sont manquantes dans la vidéo:

ecc81lise-tourte-e280a2-expecc81rience-de-la-folie-chez-henri-michauxTélécharger

– 9.3.21  : Martin Roth (psychanalyste, psychiatre, FEDEPSY) : Quel insu porte le corps ? Mémoire de ce qui s’oublie

http://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1615280258899

-16.3.21: Stefan Kristensen (philosophe, Univ. Strasbourg) : Vers une phénoménologie du métabolisme : l’obésité comme maladie socio-psycho-somatique

Vidéo: http://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1615885212874

-30.3.21 et 6.4.21 : Jacob Rogozinski (philosophe, Univ. Strasbourg): Artaud, une méprise de Deleuze?

http://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1617091137525

http://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1617696064202

13.4.21: Laure Barillas (philosophe, Univ. Strasbourg): Entre Freud et Butler : mélancolie, deuil et incorporation.

Vidéo: http://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1618300261280

20.4.21: Séance d’ouverture:

Vidéo: http://bbb-prod-rp.unistra.fr/playback/presentation/2.0/playback.html?meetingId=dad5849aafd987ee941c30649a6bdf9c35a271e0-1618905336842

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Le thème porte sur la « folie du corps »:

Dans le Timée, Platon écrit que « l’âme devient folle chaque fois qu’elle est enchaînée à un corps mortel » (44 ab). Le corps serait donc à l’origine de la folie de l’âme. Le corps, notre corps, rend fou parce qu’il est fou, qu’il est le lieu le plus « propre » de la folie (à supposer qu’elle ait un lieu). Même s’ils ont rompu plus ou moins radicalement avec Platon, les philosophes ont continué à partager secrètement sa méfiance envers le corps et la folie qu’il génère. Ils ne nous donnent cependant que peu d’indications sur cette folie du corps. La psychanalyse peut nous permettre de mieux appréhender la folie envisagée comme une pathologie, comme une psychose. Tout en évitant de la réduire à un trouble somatique (ou à un dysfonctionnement neuronal), elle peut nous aider à repérer le rôle que joue la relation au corps dans les hallucinations et les délires. Car la découverte de Freud avait d’abord affaire au corps : c’est en cherchant à comprendre et à guérir les symptômes « corporels » des hystériques qu’il avait jeté les bases de la psychanalyse. Il s’était ainsi confronté, en deçà du corps objectif, à l’énigme d’une « anatomie fantasmatique », d’un « moi-corps » traversé de fantasmes, de mots et d’affects, et l’analyse des psychoses allait encore enrichir cette découverte. Ce sont ces élaborations freudiennes, enrichies par un siècle d’avancées théoriques et pratiques de la psychanalyse, qu’il s’agit d’examiner en faisant également appel à l’expérience de praticiens de la psychiatrie et de la psychanalyse.

Ce séminaire est associé au réseau de recherche et de dialogue international entre philosophie, psychanalyse et esthétique « Corps-Chair-Psychè » mis en place par Jacob Rogozinski et Stefan Kristensen (Université de Strasbourg) (1).

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Bibliographie non exhaustive :

– S. Freud, « Le cas Schreber », dans Cinq psychanalyses, PUF

– S. Freud, Névrose, psychose et perversion, PUF

– D. S. Schreber, Mémoires d’un névropathe, Seuil

– J. Lacan, Le Séminaire, Livre III., Les psychoses, Seuil

– J. Rogozinski, Le moi et la chair, Cerf

– J.-R. Freymann et M. Patris, Du délire au désir, Arcanes-érès

– J.-M. Jadin, La structure inconsciente de l’angoisse, Arcanes-érès

– D. Anzieu, Le moi-peau, Dunod

– G. Pankow, L’homme et sa psychose, Flammarion-Champs

– H. Maldiney, Penser l’homme et sa folie, J. Millon

– Ch. Azouri, « J’ai réussi là où le paranoïaque échoue », Arcanes-érès

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Diverses élaborations:

Elaborations sur le séminaire du 26.1 :

– Deux textes passionnants de Jacob Rogozinski sur David Nebreda et sur la relation entre phénoménologie et psychanalyse:

– échanges de mails:

secc81minaire-articulations-philosophie-psychanalyse-26-1-21-ecc81laborations-par-mails-1-1Télécharger

-Un billet du blog, sur « La structure inconsciente de l’angoisse de J.-M Jadin, fait écho à la séance du 9.2:

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Billets de blog:

Autour de ce séminaire, voici les billets du blog consacrés au dialogue entre philosophie et psychanalyse :

-Jacob Rogozinski: « Phénoménologie et psychanalyse : une rencontre différée? » (1999)

https://dimitrilorrain.org/2021/03/04/jacob-rogozinski-phenomenologie-et-psychanalyse-une-rencontre-differee-1999/

– « Moïse – Les Cahiers Philosophiques de Strasbourg n°47 »

– « Où Lacan nous invite à nous laisser enseigner par l’expérience… »

– « Amour et transfert avec Jean-Richard Freymann et Marcel Ritter, 27.6.20 »

– « Nicolas Janel : corps et psychanalyse »

– « Naïveté et aventure en psychanalyse »

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Note :

(1) : https://philo.unistra.fr/actualites-agenda/agenda/evenement/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=20835&cHash=e538a7edd885b42a83aeca8936435be6

Chères amies, chers amis,

Ici le lien vers la Lettre n°11 de la FEDEPSY de septembre 2022, avec des textes de Jean-Richard Freymann, Cyrielle Weisgerber, Frédérique Riedlin, Marie-France Schaefer-Gasnier ; ainsi que les activités de la FEDEPSY:

Bonne lecture !

Chères amies, chers amis,

La réunion de présentation des activités de la FEDEPSY en cette année 2022-2023 aura lieu le merci 28 septembre à 20h sur Zoom. Vous pouvez vous inscrire en écrivant à fedepsy@wanadoo.fr.

Au plaisir de vous y voir !

Chères amies, chers amis,

Le catalogue 2023 des formations APERTURA (FEDEPSY), par Zoom, est disponible sur www.apertura-arcanes.com. Vous y trouverez aussi le détail sur les deux formations qui ont lieu fin 2022, vendredi 14 octobre 2022 et mercredi 23 novembre 2022.


Bonne lecture !

Pour tout contact : arcanes.apertura@wanadoo.fr

Essaouira (poème)

Au milieu des chats

blancs noirs roux 

gris

nous nous promenons

entre ombre et lumière 

dans le vent salé 

qui ondule tes cheveux

d’or et d’ambre

.

nous sommes entourés 

de toute cette beauté 

disparatement articulée 

arabe berbère hippie 

atlantique africaine

musulmane aux échos

judaïques

.

nos yeux sont

irradiés par le blanc des murs labyrinthiques

et par le bleu absolu

comme le crème tendrement rugueux 

de ses portes

surmontées des formes 

harmonieusement diverses 

de multiples zelliges

.

ainsi sommes-nous accueillis par

Essaouira l’hospitalière

.

dolente la ville écoule 

ses corps déambulants

comme la mer ses vagues

.

ailleurs le marché répand 

ses produits ses odeurs

intenses si intenses

multicolores

comme ses tas d’épices

.

et soudain 

au détour d’une énième 

ruelle de son labyrinthe

quelques mots envolés 

de nos bouches curieuses 

s’accrochent

en une étonnante 

rencontre 

à d’autres mots d’autres bouches

.

et nous écoutons ces phrases

nous dévoilant 

tout un monde

autre 

.

alors nous tutoyons 

la joie

en cette table si doucement 

hospitalière du

café l’esprit

.

**

NOTE:

Page Instagram du café L’Esprit, Essaouira:

L. joue dans le sable, sur la plage d’un lac.

À peine avons-nous fait un pâté de sable qu’elle le détruit dans un grand éclat de rire

et cela pourrait continuer ainsi jusqu’à la fin des temps.

Le temps est un enfant qui joue sur la plage.

Organisées par Melis Hermann et David Espinet en coopération avec le CREPHAC.

Collège Doctoral Européen, 46 bd de la victoire, Strasbourg, Salle de conférence et en distanciel:

https://bbb.unistra.fr/b/esp-fcc-k0b-i4j

Intervenants: Nami Baser, David Espinet, Yoshihiro Homma, Stefan Kristensen, Dimitri Lorrain, Edouard Mehl, Jean-Philippe Milet, François-David Sebbah, Claudia Serban, Philippe Rohrbach. 

(J’aurai donc le plaisir de participer à ces journées.)

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NOTE

Plus haut sur la page du blog, le lien vers notre travail en commun, avec Jacob Rogozinski, au séminaire Articulations philosophie-psychanalyse, Faculté de philosophie Univ. Strasbourg-FEDEPSY (2020-2022).