Organisées par Melis Hermann et David Espinet en coopération avec le CREPHAC.

Collège Doctoral Européen, 46 bd de la victoire, Strasbourg, Salle de conférence et en distanciel:

https://bbb.unistra.fr/b/esp-fcc-k0b-i4j

Intervenants: Nami Baser, David Espinet, Yoshihiro Homma, Stefan Kristensen, Dimitri Lorrain, Edouard Mehl, Jean-Philippe Milet, François-David Sebbah, Claudia Serban, Philippe Rohrbach. 

(J’aurai donc le plaisir de participer à ces journées.)

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NOTE

Plus haut sur la page du blog, le lien vers notre travail en commun, avec Jacob Rogozinski, au séminaire Articulations philosophie-psychanalyse, Faculté de philosophie Univ. Strasbourg-FEDEPSY (2020-2022).

Chères amies, chers amis,

Ici le lien vers la Lettre n°10 de la FEDEPSY de juillet 2022, avec: un éditorial de Jean-Richard Freymann; des textes de Cyrielle Weisgeber, Myriam Riegert, Martin Roth, Hervé Gisie, Patrick Gauthier-Lafaye, Marie-France Schaefer-Gasnier et moi-même ; ainsi que les activités de la FEDEPSY:

Bonne lecture!

Au regard de l’évolution contemporaine des discours et des mécanismes psychiques, j’aimerais ici insister sur un point qui me semble particulièrement important. Tout un ensemble de discours collectifs avancent de nos jours que la psychanalyse sous sa forme actuelle serait « dépassée » – souvent pour justifier sa minoration institutionnelle. Or cela ne me semble pas juste.

            En effet, s’il s’avère que la psychanalyse a pu souvent être dénaturée et devenir dogmatique, et ainsi renier sa créativité fondamentale, cela n’est heureusement pas toujours le cas. Elle existe aussi de nos jours sous une forme rigoureuse et créative (ce qui est la même chose). Dans ce cas-là, je dirais qu’elle se centre sur la création d’un lien de parole qui ouvre à la création de la situation psychanalytique en tant que telle[1]. Bien sûr, la psychanalyse ne se réduit pas à ce lien de parole, que je définis plus loin comme désirant, même si c’est là selon moi une dimension importante, pour faire advenir et se déployer le processus psychanalytique.

            Sous cette forme, la psychanalyse élabore sur les critiques qui lui sont adressées. De plus, elle remet au travail ses apports, afin de prendre en compte les subjectivités contemporaines.

            Dès lors, la psychanalyse a une très grande efficacité subjectivante, comme nous le constatons en pratique. C’est le cas pour peu que le processus psychanalytique se mette en place, du fait d’un positionnement fécond du psychanalyste, dans le sens de la création du lien de parole et de la situation psychanalytique. Bref, la psychanalyse en soi n’est pas « dépassée », et il s’agit de mieux la faire connaître sous sa forme véritable, créative. C’est en ce sens que je voudrais ici insister sur ses apports.

            Dans ce cadre, la minoration institutionnelle actuelle de la psychanalyse acquiert à mon sens la signification suivante. Il s’agit, dans ces institutions, d’empêcher le lien de parole nécessaire au sujet, ne pas laisser exister la parole, et particulièrement pas le lien de parole ni la parole sous leurs formes psychanalytiques. Ce afin que la psychanalyse ne risque pas de sortir les sujets et les institutions de leurs routines, ni d’un ennuyeux confort. Ce confort étant lié à une logique d’adaptation et de sécurité, et au déploiement désubjectivant de la compulsion de répétition, qui vont de pair. Bref, la psychanalyse est institutionnellement souvent mise de côté pour ne pas qu’elle risque d’apporter du nouveau au niveau du lien de parole, et dès lors ni subjectivement ni collectivement[2]. Voilà à mon sens la principale raison de la minoration institutionnelle actuelle de la psychanalyse. Ce même si, en même temps, la forme dénaturée, dogmatique, qu’elle peut parfois prendre, la dessert. Cela, bien sûr, il nous faut aussi le constater.

            Sur le fond, nous avons ici affaire au malaise dans la culture – tel que Freud l’a problématisé dans son ouvrage du même nom –, et au malaise dans la culture sous sa forme contemporaine. Bref, nous avons affaire aux forces subjectives et collectives allant contre la subjectivation et contre le lien de parole et la parole en général. Ce malaise dans la culture, la psychanalyse permet de l’appréhender de manière tragique.

            Il reste qu’au regard de ce que nous dit la tradition philosophique, ce rejet de la parole et du lien de parole, que nous constatons aujourd’hui, n’a rien de nouveau. Déjà, Levinas, en 1961, dans Totalité et Infini, posait les questions vertigineuses de l’« antilangage » et de la dystopie d’un « monde absolument silencieux ». En effet, considérant que « le monde est offert dans le langage d’autrui » – et donc dans le lien de parole avec l’autre –, Levinas repérait déjà dans nos sociétés une tendance vers le déploiement de l’« antilangage », du « monde absolument silencieux ». Ici, dit-il, « l’interlocuteur a donné un signe, mais s’est dérobé à toute interprétation »[3]  – et à tout lien de parole.

            Et j’aimerais en ce point insister sur le rejet du geste d’interprétation, alors que l’interprétation introduit du subjectif, du singulier, puisque le sujet s’y autorise de sa propre lecture, de sa propre parole, et du lien de parole, marqué par la séparation – par la perte –, qu’il a avec l’autre[4].

            Ici, nous dit encore Levinas, dans ce monde absolument silencieux, règne le « pur spectacle », la « pure objectivité », qui en son fond est un rire « ricanant », et qui relève du sarcasme et non de l’humour, un « rire qui cherche à détruire le langage »[5]. En termes psychanalytiques : ici se déchaîne le surmoi en ce qu’il enjoint le sujet à se taire, à ne déployer ni parole ni lien de parole[6].

            Plus encore, dans une autre problématisation que celle de Levinas, Foucault, en 1970, avançait que, derrière la prolifération apparente des discours de surface, « il y a sans doute dans notre société (…) une profonde logophobie, une sorte de crainte sourde contre ces événements, contre cette masse de choses dites, contre le surgissement de tous ces énoncés, contre tout ce qu’il peut y avoir là de violent, de discontinu, de batailleur, de désordre aussi et de périlleux, contre ce grand bourdonnement incessant et désordonné du discours »[7]. Le coup de génie de Foucault[8] étant de montrer que cette logophobie trouve largement sa source dans les institutions, dans la manière dont les institutions en Occident sont historiquement, le plus souvent, construites et envisagées.

            Ainsi, ces deux grands philosophes, de deux manières tout à fait différentes, ont repéré dans l’histoire de nos sociétés occidentales le rejet de la parole, que Foucault a situé au niveau institutionnel et collectif. Et nous pouvons constater de nos jours le fait que cette logophobie, et le rejet du lien de parole qui va de pair, se déploient de manière encore plus extensive qu’à leur époque, particulièrement dans ce que l’on appelle le champ du soin psychique.

            Rien d’antimoderne dans mon propos. A mon sens, dans l’histoire de l’Occident, la logophobie est plus ou moins dominante suivant les époques, cela fluctue. L’œuvre de Foucault – même si je ne le suivrais pas sur tout, particulièrement concernant la psychanalyse – aide à appréhender sa logique et à en faire l’histoire[9]. Plus encore, c’est à mon sens en bonne partie la logique institutionnelle dominante dans nombre d’institutions contemporaines, liée aux relations de pouvoir, qui déploie cette logophobie, qui réprime la parole et le lien de parole. De plus, cette logique institutionnelle logophobe, existante à l’époque de Levinas et de Foucault – mais aussi de Lacan –, s’est bien depuis étendue, pour s’étendre à nombre de champs qui lui échappaient[10].

            Ainsi, l’accélération de nos rythmes d’existence[11], liée à cette logique institutionnelle, arrive dorénavant souvent (pas toujours heureusement, car il existe des institutions où la parole peut exister et se déployer) à imposer une accélération de notre relation au langage, un court-circuitage de la parole, et ainsi à empêcher toute durée – tout après-coup – permettant la parole et le lien de parole.

            Et face à cette logophobie et face à ce défaut de lien de parole[12], lorsque, dans la cure, le psychanalyste pose un lien de parole et qu’il donne la parole au patient, il arrive régulièrement (pas toujours bien sûr) que la parole surgisse, spontanément, et que, dans la cure, pour peu que le psychanalyste se positionne créativement en ce sens, il soit possible d’en faire une demande et une parole au sens psychanalytique.

            Mais quelles sont les caractéristiques du lien de parole que gagne à poser le psychanalyste, afin de créer la situation analytique ? Eh bien, je dirais que ce peut être un lien de parole désirant, car marqué par la perte, mais aussi par le nouage désirant entre le réel, le symbolique et l’imaginaire. En somme, le désir de désir – et le désir de parole – du psychanalyste pose et propose un lien de parole désirant qui en appelle au désir et à la parole du patient, et au fait que la parole du patient soit désirante – et donc en premier lieu marquée par l’écart entre le manifeste et le latent.

            Dans ce lien de parole désirant, l’écoute du psychanalyste ouvre au déploiement du désir, du latent, dans la parole du patient, ou bien, si nécessaire, à la naissance du désir, du latent, dans celle-ci. Elle ouvre à une singularisation de la parole et à une richesse symbolique, poétique, de celle-ci, ainsi qu’au nouage (ou à l’articulation sinthomale) entre le réel, le symbolique et l’imaginaire.

            Ici, dans ce lien de parole désirant que (pro)pose le psychanalyste, l’écoute de celui-ci ouvre, du côté du patient, au déploiement d’une demande – la demande allant toujours dialectiquement avec le désir. Elle ouvre au fait que la parole du patient déploie une demande au sens psychanalytique, fondatrice du processus de la cure.

            Plus encore, le phénomène contemporain du défaut et du rejet de lien de parole dans les institutions, je crois que c’est quelque chose que beaucoup de nos contemporains appréhendent. Avec la dite « crise du Covid », s’est en effet à mon sens révélé au grand jour le fait que les institutions contemporaines rejettent la parole et le lien de parole. Et cela est maintenant allé si loin en ce sens que, par contrecoup, les demandes de parole, de lien de parole, affluent. En effet, culturellement, il faut à mon sens noter qu’une bonne partie de nos contemporains refusent la logophobie, refusent le défaut de lien de parole. J’en veux pour preuve les éléments suivants. Avant tout, les demandes aux « psys », et particulièrement aux psychanalystes, affluent. L’intérêt en France pour la série « En Thérapie », malgré ses imperfections, témoigne aussi de cela. Plus encore, nombre de revendications contemporaines sous leurs formes ouvertes et démocratiques[13], particulièrement les revendications féministes ou liées au mouvement LGBTQIA+, sont aussi le plus souvent liées (comme elles le disent d’ailleurs elles-mêmes très régulièrement) à un refus du défaut et du rejet de la parole et du lien de parole dominant dans les institutions.

            Mais, pour en revenir plus généralement aux nouvelles formes de mécanismes psychiques et de discours, il me semble que, parmi les différents facteurs contemporains expliquant ces formes nouvelles de mécanismes psychiques et de discours, pèsent à mon sens particulièrement deux éléments : le fait que le lien de parole est très souvent (pas toujours heureusement) empêché dans les institutions, parce que la logophobie y règne ; mais aussi l’appréhension par nombre de nos contemporains concernant ce défaut de lien de parole et cette logophobie. C’est un point important à relever cliniquement, il me semble, pour nous positionner dans le bon sens. Car si nous partons de cela, nous pouvons il me semble alors appréhender le fait que, si le psychanalyste se positionne dans le sens de la création d’un lien de parole désirant (qui est donc à mon sens régulièrement – et donc pas toujours – souhaité par les patients en quête d’un lien de parole), eh bien les choses peuvent s’ouvrir, et même qu’elles s’ouvrent assez régulièrement, dans le sens de la création de la situation psychanalytique. Ainsi, telle que je l’envisage, la psychanalyse, pour tragique, relève d’un optimisme tragique, malgré tout.

            Pour ma part, je vois dans les nouvelles formes de discours et de mécanismes psychiques, une nouvelle forme de demande[14], et même une nouvelle forme de possibilité de demande. À mon sens, cela implique, du côté du psychanalyste, une forme renouvelée de l’écoute psychanalytique[15], positionnée dans le sens de la création du lien de parole désirant et de la création de la situation analytique.

            C’est en ce sens que, comme le pointe le titre de ce texte, j’ai voulu ici insister sur les apports de la psychanalyse créative telle que je la conçois. J’ai ainsi voulu insister sur le fait que, sous sa forme créative, le psychanalyste peut travailler dans le sens de l’émergence, en une rencontre fondatrice[16], du lien de parole désirant entre le psychanalysant et le psychanalyste, et donc sur la création de la situation psychanalytique. Alors, comme l’expérience de la cure permet de le constater et de l’éclairer, la psychanalyste a une grande efficacité subjectivante[17].


[1] Ce que j’élabore ici se situe dans l’apport de Lacan et de sa relecture créative. Sur la création de la situation psychanalytique, voir particulièrement Lucien Israël, Boîter n’est pas pécher, Arcanes/érès, 2010 ; Jean-Richard Freymann, Introduction à l’écoute, Arcanes/érès, 2002 ; La naissance du désir, Arcanes/érès, 2005 ; Eloge de la perte, Arcanes/érès, 2015.

[2] Sur ce point, ce que dit Israël (op. cit.) n’a pas pris une ride.

[3] E. Levinas, Totalité et infini, essai sur l’extériorité, Livre de poche, 1991 (1961), p. 90-94.

[4] Sur l’interprétation, je me permets de renvoyer à ma réflexion intitulée « Sur l’interprétation. Une lecture de « Le rabbin et le psychanalyste » de Delphine Horvilleur. https://dimitrilorrain.org/2020/12/04/avec-delphine-horvilleur-sur-linterpretation-une-lecture-de-le-rabbin-et-le-psychanalyste-hermann-2020/ 

[5] E. Levinas, op. cit., p. 90-94.

[6] Tel que le psychanalyste Didier-Weill, d’ailleurs en lecteur de Levinas, le montre. Voir A. Didier-Weill, Les Trois temps de la loi, Seuil, 1995.

[7] M. Foucault, L’ordre du discours, Gallimard, 1971, p. 92-93. La leçon a été prononcée en 1970.

[8] De ce Foucault-ci, qui n’est pas le Foucault plus tardif. Ce dernier insiste plutôt sur la manière dont ce qu’il appelle le « pouvoir » fait parler. Autant de problématisations fécondes, d’hypothèses de travail différentes et donnant à élaborer la complexité des choses.

[9] C’est une longue histoire que le rejet du langage et de la parole : pour d’autres éléments concernant cette histoire, voir aussi l’admirable ouvrage du linguiste allemand J. Trabant, Humboldt ou le sens du langage, Mardaga, 1992. J’ai eu la chance de collaborer avec lui lorsque j’ai été Visiting Fellow à l’Université Humboldt de Berlin en 2011-2012.

[10] Sur l’institution contemporaine, voir les réflexions de R. Gori, par exemple La Fabrique des imposteurs, Les liens qui libèrent, 2013.

[11] Be. Stiegler, Dans la disruption, Les liens qui libèrent, 2016 ; H. Rosa, Accélération, La Découverte, 2010.

[12] Sur cette question du lien de parole et du défaut de lien de parole, j’élabore aussi sur la réflexion de Winnicott. Winnicott parle pour sa part de « déprivation » concernant ce que j’appelle le défaut de lien de parole. Voir par exemple Jeu et réalité, Gallimard, 2002.

[13] Il existe aussi des revendications contemporaines prenant une forme fermante, avec ses excès problématiques – ce qui à mon sens d’ailleurs sans doute reconduit une forme de logophobie. Sur cette question des revendications contemporaines, dans leur apport démocratique et leur complexité, voir Benjamin Lévy, L’ère de la revendication, Flammarion, 2022.

[14] J’élabore ici sur les récentes réflexions d’André Michels. Ainsi lors de la soirée de l’ASSERC « De la clinique psychanalytique à venir. Comment la concevoir ? », Strasbourg, le 25.2.22.

[15] Toujours comme nous y invite André Michels.

[16] Sur cette rencontre fondatrice, Lucien Israël a des pages fort éclairantes lorsqu’il parle de la « rencontre symbolique », dans Boiter n’est pas pécher, op. cit.

[17] La question est alors de savoir comment l’on peut penser plus en détails ce lien de parole désirant, et comment l’on peut envisager la création du lien de parole désirant, et donc de la situation psychanalytique. C’est de cette question dont je traiterai, comme de notre situation discursive et psychique contemporaine, dans deux textes à venir, l’un dans la Lettre de la FEDEPSY, et l’autre sur le site de la FEDEPSY.

It was once said that one of Kafka’s nephews went to see him in Prague (this nephew then lived with his wife in Wroclaw, where they both ran a football club) and this nephew asked Kafka about a dream that his wife had had a few nights before, just as he would have normally asked a Rabbi; but these were not normal times, for this nephew was a radical Socialist and had been excluded from (or, according to some, had left) the Hassidic community of his ancestors.


So, he went to Kafka and asked him about the meaning of his wife’s dream.

(You must know that, to this nephew’s great despair and to his mother’s great anger, his wife had not yet borne children.)

In the dream, this young woman (she had been born and raised in renowned family from Katowice) had been on a pilgrimage to the Holy Land, and she was praying and bowing on the grave of Rabbi Hillel, just like the prophet Samuel’s mother had done at Shiloh’s sanctuary; but then, the spirit of Hillel sprung into the air with a Pepsi Cola bottle in the right hand and a tennis racket in the left hand, and to her great surprise, he asked her about Roger Federer’s ATP ranking.

So what ?

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Benjamin Lévy est psychanalyste, psychologue, philosophe, enseignant, ancien élève de l’ENS. Il a publié de nombreux articles, ainsi que plusieurs traductions d’ouvrages aux éditions Ithaque – dont par exemple la correspondance Freud-Federn (Cartes postales, notes & lettres de Sigmund Freud à Paul Federn, 1905-1938, Paris, Ithaque, 2018), autour de laquelle j’avais organisé une rencontre à la Librairie des Bateliers, Strasbourg, le 15.6.2019, pour un échange avec Jean-Raymond Milley.

Il publie aussi régulièrement des textes sur le blog (1).

Il anime avec Jean-Jacques Moscovitz le séminaire « Freud Lacan et Nous. Les incidences du contemporain dans les processus de subjectivation », de l’association Psychanalyse actuelle, hébergé dans les locaux de l’Ecole Normale Supérieure (2) .

Voici le lien vers son blog: https://benjaminlevy.wordpress.com/

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Thanks to Jamie McPartland for the rereading!

She’s a writer and editor. Here is an interview about her work:

NOTES:

(1): https://dimitrilorrain.org/category/textes-de-benjamin-levy/

(2): https://sites.google.com/site/psychanalyseactuel/seminaire-de-psychanalyse-actuelle?authuser=0

La musique de Sérgio Rodrigo (Brésil)

Chères amies, chers amis,

Ici plusieurs liens vers certaines œuvres de mon si cher ami le compositeur brésilien Sérgio Rodrigo.

Tout d’abord, « Ntunda » (2021), une pièce qui s’inspire du un mot bantu (Angola) pour désigner la connexion entre le temps et l’espace (1) :

Ensuite, une dérive électronique à Belo Horizonte après l’élection de Bolsonaro (2019) :

Puis « Black Midi » (2021), explorant la relation entre la voix et l’IA :

Enfin, « Crise politique absolue » (2020), qui élabore musicalement sur le racisme :

Et puis, une plus ancienne, « Plage des amours » (2014), que j’affectionne particulièrement :

Ici un lien vers une interview de lui qui éclaire sur son passionnant parcours créatif :

https://www.corentinmarillier.com/post/s%C3%A9rgio-rodrigo

BONNE ECOUTE !

Sérgio Rodrigo un compositeur et multi-instrumentiste brésilien (Belo Horizonte, 1983) vivant à Strasbourg. Sa pratique artistique transite entre la musique classique contemporaine, la musique populaire brésilienne, l’improvisation, la bande-son et la création avec des ressources technologiques. Il collabore fréquemment avec des groupes consacrés à la musique de concert contemporaine, explorant également les échanges avec la musique populaire et des partenariats avec des artistes de la littérature, des arts visuels et du cinéma.

Sa trajectoire académique consiste en une recherche d’une intégration entre l’activité de composition et la réflexion sur la création artistique. Pendant son master, il a présenté une réflexion sur la création musicale fondée sur la philosophie de Gilles Deleuze, sur la production pédagogique de Paul Cézanne et Paul Klee et il a abordé son propre processus de création en dialogue avec ces auteurs.

Sérgio Rodrigo a étudié la composition à l’Université Fédérale de Minas Gerais (au Brésil), à l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, à Rome, et au Conservatoire de Strasbourg. Son travail de recherche en doctorat, mené sous la direction de Grazia Giacco, porte sur la relation entre l’expérience du rythme musical et l’immersion dans la matière sonore à partir des pratiques musicales de matrices afro-brésiliennes.

Voici :

– sa chaîne Youtube (pour ses compositions les plus récentes) : https://www.youtube.com/c/s%C3%A9rgioRodrigocompositor

– son soundcloud : https://soundcloud.com/sergiorodrigo

– son site : https://www.sergiorodrigo.net/

– sa page universitaire (Strasbourg) : https://accra-recherche.unistra.fr/laccra/membres/doctorants/sergio-rodrigo-ribeiro-lacerda/

– son facebook : https://www.facebook.com/sergiorodrigorl

NOTE :

(1) : Ici le temps est quelque chose d’expérimental et de subjectif.

Chères amies, chers amis,

Ici la passionnante séance du 15.6..22 du séminaire « Freud, Lacan et nous. Les incidences du contemporain dans les processus de subjectivation », de l’association Psychanalyse actuelle, animé par J.-J. Moscovitz et Benjamin Lévy. Elle est consacrée au très important ouvrage de ce dernier, « L’ère de la revendication » (Flammarion, 2022). J’ai eu le plaisir de participer aux échanges.

Voici la présentation du livre sur le site de l’éditeur:

« Le ressentiment, l’indignation, la colère, la défiance et l’anxiété sont désormais omniprésents dans l’espace public, mais certaines voix s’élèvent pour réclamer le droit à un avenir meilleur. Se mettre à l’écoute des revendications collectives, aussi hétérogènes qu’elles puissent sembler ( féministes, antiracistes, écologistes, etc.), c’est devenir sensible à des trajectoires de vie, à des désirs singuliers qui incitent des femmes et des hommes à se montrer inventifs pour transformer la société.
D’un autre côté, la frustration prend parfois un chemin mortifère, s’inscrivant dans une dynamique paranoïaque, une radicalisation des pensées. Comment la revendication reste-t-elle porteuse d’avenir, et en vertu de quels mécanismes risque-t-elle au contraire de se retrouver du côté de la haine, de la destructivité ou même du meurtre ? J’ai voulu dans ce livre découvrir moins “si” que “comment” revendiquer peut être un bien en démocratie.
J’invite le lecteur à un voyage sur des eaux tumultueuses : des Gilets jaunes aux antivax, du mouvement #MeToo à Black Lives Matter en passant par les revendications LGBTQIA+, ce livre offre des outils pour mieux comprendre les débats contemporains. »
B. L.

A propos de ce livre:

Benjamin Lévy est psychanalyste, psychologue, philosophe, enseignant, ancien élève de l’ENS. Il a publié de nombreux articles, ainsi que plusieurs traductions d’ouvrages aux éditions Ithaque – dont par exemple la correspondance Freud-Federn (Cartes postales, notes & lettres de Sigmund Freud à Paul Federn, 1905-1938, Paris, Ithaque, 2018), autour de laquelle j’avais organisé une rencontre à la Librairie des Bateliers, Strasbourg, le 15.6.2019, pour un échange avec Jean-Raymond Milley.

Il publie aussi régulièrement des textes sur le blog (1).

Il anime avec Jean-Jacques Moscovitz le séminaire « Freud Lacan et Nous. Les incidences du contemporain dans les processus de subjectivation », de l’association Psychanalyse actuelle, hébergé dans les locaux de l’Ecole Normale Supérieure (2) .

Voici le lien vers son blog: https://benjaminlevy.wordpress.com/

NOTES:

(1): https://dimitrilorrain.org/category/textes-de-benjamin-levy/

(2): https://sites.google.com/site/psychanalyseactuel/seminaire-de-psychanalyse-actuelle?authuser=0

Chères amies, chers amis,

Je relaie ici les informations sur la conférence, coorganisée par Frédérique Riedlin (FEDEPSY), « Les violences sexuelles et sexistes: de quoi parle-t-on? Les mots des maux » . Elle aura lieu à la Faculté de droit de Strasbourg, de 17h45 à 20h.

Conférence organisée par le centre de droit privé fondamental, en partenariat avec Harmonie mutuelle et le CIDFF.

Équipe organisatrice : Géraldine Grenet, Anna Matteoli, Julie Mattiussi, Cristina Oddone, Delphine Porcheron, Frédérique Riedlin (FEDEPSY)

Allocutions d’ouverture : Isabelle Kraus (Vice-présidente Égalité, parité, diversité, Université de Strasbourg); Jeanne-Marie Tuffery-Andrieu (Doyen de la Faculté de droit de Strasbourg); Delphine Porcheron, (Enseignante-chercheuse en droit Université de Strasbourg, Membre du CDPF).


Table ronde : Isabelle Moulier (Enseignante-chercheuse en droit, Université Clermont Auvergne); Jimmy Charruau (Enseignant-chercheur en droit, Université Angers); Frédérique Riedlin (Psychanalyste FEDEPSY); Florence Weber (Comédienne et Metteuse en scène, Compagnie Dissonance(s)).

Faculté de droit, 1 place d’Athènes, Strasbourg – Salle Alex Weill

http://cdpf.unistra.fr/colloques/colloque/article/cycle-de-conferences-violences-sexuelles-et-sexistes-de-quoi-parle-t-on/

Inscription nécessaire, cf page Internet.

Chères amies, chers amis,

Ici le lien vers la Lettre n°9 de la FEDEPSY de mai 2022, avec: un éditorial de Jean-Richard Freymann; des textes de Cyrielle Weisgeber et Frédériques Riedlin; et les activités de la FEDEPSY.

Bonne lecture!

Chères amies, chers amis,

En ce week-end, je relaie le lien vers la Lettre n°8 de la FEDEPSY de mai 2022, avec: un éditorial de Jean-Richard Freymann, un texte de Guillaume Riedlin, et les activités de la FEDEPSY.

Nous avons appris hier qu’environ 50 personnes, dont plusieurs enfants, étaient morts dans le bombardement de la gare de Kramatorsk. Un « crime contre l’humanité », d’après le ministre des Affaire étrangères français. Il ne se trouvait là que des civils en fuite, des familles en route pour l’exil. 

            Beaucoup l’ont sans doute lu : sur le fuselage d’une des roquettes meurtrières, retrouvée sur place, les soldats de Poutine avaient inscrit quelques mots doux. Ils peuvent se lire de deux façons, semble-t-il (je lis sans comprendre le russe). 

            La première façon est tellement cynique que les médias français ne l’ont pas privilégiée.  

            « Pour les enfants. » 

            Cette roquette serait un cadeau envoyé aux enfants d’Ukraine : la mort. 

            Voilà qui confirmerait ce que j’écrivais dans mon précédent billet, à savoir que les soldats de Poutine répondent délibérément de façon cruelle au message inscrit en lettres immenses devant le théâtre de Marioupol (dont nous pensons maintenant savoir que 300 civils y sont morts) et sur les voitures des exilés implorant la pitié. « Enfants » écrivent les Ukrainiens pour demander la vie sauve. « Pour les enfants » répondent les soldats russes sur leurs bombes. 

           En khâgne, un enseignant de lettres nous déclara un jour que l’ironie, figure de style, consiste à reprendre ce que déclare votre interlocuteur, pour en détourner la signification. Un joli cadeau. 

                  *** 

            Mais les médias ont, je le disais, privilégié une autre traduction : « Pour nos enfants », auraient en fait écrit les soldats de Poutine. Apparemment, c’est une expression employée par les pro-russes dans le Donbass depuis plusieurs années. 

            En privilégiant cette interprétation, peut-être les journaux ont-ils aussi voulu  limiter l’impact de l’horreur sur leur lectorat. 

            Dans le même esprit, Le Monde a publié la photo d’un compartiment de train, vitres explosées, en gare de Kramatorsk. Sur le sol du train, on aperçoit une flaque noire : du sang, sans le moindre doute. Mais une petite pastille encore plus noire, quasi invisible, masque une parcelle de ladite flaque de sang. J’ai écrit au Monde pour m’enquérir de ce que cachait cette pastille. Aucune réponse. Peut-être s’agit-il d’un morceau de corps, un œil, un bout de cervelle ? 

            Et  donc, la pastille noire, dans la traduction du message écrit sur les bombes de Poutine, consisterait à changer le message en une sorte de slogan : « Pour nos enfants. » 

            Cependant… la pudique pastille révèle autant qu’elle cache. Cette version du message n’aurait rien de moins atroce que la première envisagée. Elle suppose que les soldats de Poutine disent aux civils Ukrainiens : « Si l’on vous bute, c’est pour le bien de nos enfants. » 

            Et aussi : « C’est pour donner l’exemple à nos gosses. Pour leur servir de modèle. Ça leur apprendra comment il faut vivre afin que, plus tard, vis-à-vis de vous, ils agissent comme nous. »  

            En attendant, on souhaite que les chers bambins continuent à dormir tranquilles, loin de l’horrifiante menace que font peser sur eux les grand’mères édentées du Donbass sur la route de l’exil. 

            *** 

            Un mot encore, et j’arrête. 

            Une petite énigme a été levée, grâce aux échanges entre soldats de Poutine captés par les services de renseignement allemands. 

            Car, oui, on pouvait se le demander : par suite de quels actes de cruauté étranges des cyclistes de la banlieue de Kiev ont-ils pu être retrouvés morts près de leur biclou ? 

            En fait, les communications captées par les services de renseignement allemand nous indiquent que les soldats de Poutine trouvaient ça normal, de leur tirer dessus. 

             Pas spécialement cruel. À peine un peu drôle. 

             (Pendant la guerre, c’est très connu, on s’ennuie un peu. C’est pour cela que, selon la légende, bon nombre de jeux de société – dont les échecs – ont été inventés au cours de guerres. Il faut tromper l’ennui.) 

            Donc, buter des passants était, moins qu’une atrocité, un passe-temps. 

            Tout comme écraser quelques voitures sur la route, pour les tanks de Poutine, qui écrabouillaient aussi et surtout leurs passagers. Un film amateur montre très bien comment on fait. 

            C’est marrant, rien de plus. Banal, normal, classique. N’en faites donc pas tout un pataquès, ou l’on pourrait se mettre en tête d’envoyer des cadeaux à certains enfants. 

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Benjamin Lévy est psychanalyste, psychologue, enseignant.

Il anime avec Jean-Jacques Moscovitz le séminaire Psychanalyse actuelle, hébergé dans les locaux de l’Ecole Normale Supérieure (1) .
Il publie cette année « L’ère de la revendication: manifester et débattre en démocratie » (Flammarion, 2022) (2).

Il a publié de nombreux articles (3), ainsi que plusieurs traductions d’ouvrages aux éditions Ithaque – dont par exemple la correspondance Freud-Federn (« Cartes postales, notes & lettres de Sigmund Freud à Paul Federn, 1905-1938 », Paris, Ithaque, 2018, autour de laquelle j’avais organisé une rencontre à la Librairie des Bateliers, Strasbourg, le 15.6.2019, pour un échange avec Jean-Raymond Milley.

NOTES:

(1): https://sites.google.com/site/psychanalyseactuel/seminaire-de-psychanalyse-actuelle?authuser=0

(2): https://editions.flammarion.com/lere-de-la-revendication/9782080252821

(3) Dans cet article intitulé « Comment les frustrations sociales s’expriment en démocratie »(sur AOC), il approfondit d’ailleurs sa réflexion dans « L’ère de la revendication »: https://aoc.media/opinion/2022/03/29/comment-les-frustrations-sociales-sexpriment-en-democratie/

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