Pour voir les enregistrements de la journée:

Journée scientifique

Voici le mot de Jonathan Nicolas pour présenter cette journée:

« Chers amis, cher réseau,

Je suis ravi de pouvoir vous annoncer la tenue prochaine de notre journée d’étude « Qui suis-je? Qui j’aime? Identités de genre et orientations sexuelles à l’adolescence » qui aura lieu le mardi 28 mars à la MISHA à Strasbourg.

Cette journée est organisée avec Thierry Goguel d’Allondans, la Maison des Adolescents de Strasbourg, le Laboratoire Subjectivité, Lien Social et Modernité (Sulisom UMR3071), le Laboratoire Interdisciplinaire en études culturelles (LinCS, UMR7069) et l’association Social à venir. En partenariat avec la Librairie Quai des Brumes Strasbourg.

Argumentaire:

L’adolescence, avec ou sans éclats, est le temps des quêtes identitaires et des affiliations. Comment se définir au sein du groupe de pairs, comment se présenter au monde tel qu’il va ? Même si ces questions « Qui suis-je ? » « Qui j’aime ? » sont récurrentes à ces âges de la vie, elles s’imposent aujourd’hui avec une nouvelle acuité. En quelques décennies, en parallèle aux évolutions de nos sociétés, les adolescents contemporains parlent, de plus en plus, souvent avec une certaine pertinence, de leurs orientations sexuelles et de leurs identités de genre. Ils nous invitent finalement à nous questionner avec eux. C’est ce que nous tenterons de faire durant cette journée d’étude. »

INSCRIPTION (130 places) & INFORMATION :

⚠️Inscription réservée aux professionnels, étudiants et chercheurs⚠️:

Avec: Jérome Beauchez, Oliver Putois, Alexandre Feltz, Thierry Goguel d’Allondans, Béatrice Denaes, Jonathan Nicolas, Delphine Rideau Mdastras, Julia Vesque, Mélanie Jacquot, Aurélien Lubienski, Virginie Le Corre, Frédérique Riedlin, Vincent Berthou, Odile Renoir, Association Hêtre, Laura Dill, Jeanne Schuhler, CMP de Saverne, EPSAN I02, Mélanie Becker et Stéphane Lemporte, Le Refuge Grand Est et Agnès Gras-Vincendon (HUS).

Conception graphique: Kévin Schaeffer

Chères amies, chers amis,

Je relaie ici les informations concernant cette journée consacrée sur Lou Andreas-Salomé, qui fut écrivaine et psychanalyste, entre autres proche de Freud.

Ici le message de présentation par l’organisatrice, Ondine Arnould:

« Voici les programme, résumés d’interventions et argumentaire scientifique de la journée d’études « Lou Andreas-Salomé et son monde » qui se tiendra le 10 mars à 14h en salle Table ronde à la MISHA de Strasbourg et en distanciel (inscription par mail obligatoire à ondine.arnould@etu.unistra.fr).

Cet événement, organisé par Ondine Arnould, réunira Geneviève Fraisse, Isabelle Mons, Gérard Bensussan, Scralett Marton, Emmanuel Salanskis, Frédérique Riedlin, Dominique Marinelli et moi-même.

Cette journée sera l’occasion de consacrer une réflexion collective et pluridisciplinaire à cette grande penseuse. Lou Andreas-Salomé fut trop longtemps réduite à la figure de la muse ou encore de la femme désirée, au détriment de la considération de sa pensée propre. Elle a toujours vécu librement dans la poursuite d’elle-même et de son projet psycho-anthropologique qu’elle a mené à travers de multiples disciplines (philosophie, littératures allemande, scandinave et russe, théologie, esthétique et psychanalyse), et ce non sans ambivalences.

La journée est organisée dans le cadre du Centre de recherche en philosophie allemande et contemporaine (CRePhAC) et des Mondes germaniques et nord-européens (MGNE) de l’Université de Strasbourg.

N’hésitez donc pas à venir (en présence ou à distance) découvrir ou redécouvrir cette figure encore trop peu (re)connue du matrimoine culturel français ! »

En distanciel, inscription par mail obligatoire à ondine.arnould@etu.unistra.fr.

Ondine Arnould est philosophe et germaniste, chargée de cours à l’Université de Strasbourg. Elle travaille dans une perspective féministe.

Ici le programme et la brochure de présentation:

Lucien Israël (1925-1996)

Lucien Israël (1925-1996) est un psychanalyste, psychiatre et professeur de médecine, ayant exercé à Strasbourg. Inspiré par l’œuvre de Lacan, il donne à Strasbourg un séminaire de psychanalyse dont plusieurs transcriptions ont été éditées par les éditions Arcanes-érès.  Il est à l’origine de la forte implantation de la psychanalyse freudo-lacanienne à Strasbourg et dans l’Est de la France.

Son œuvre a donné à la psychanalyse freudo-lacanienne une forme singulière et novatrice. Pour cela, elle lit de manière créative Freud et Lacan, et élabore particulièrement sur la tradition juive, mais aussi sur les oeuvres de Levinas, Barthes, Duras, Foucault, Adorno, …

Lucien Israël a eu pour analystes Didier Anzieu et François Perrier. Et il a effectué son analyse de contrôle avec Jacques Lacan. Il a été membre de l’EFP de Lacan jusque sa dissolution.

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Bibliographie (choix)

Boiter n’est pas pécher, Arcanes/érès. 2010.

L’hystérique, le sexe et le médecin, Masson, 1976.

La jouissance de l’hystérique, Seuil, 1999, Seuil.

Le désir à l’œil, Séminaires 1975-76, Arcanes/érès 2003.

Marguerite D au risque de la psychanalyse : deux séminaires : « Détruire dit-elle » (1979) et « Franchir le pas » (1980), Arcanes/érès, 2003 (sur Marguerite Duras).

Le médecin face au désir : le parcours freudien de Lucien Israël, Arcanes Erès, 2005.

La parole et l’aliénation & Révisions impertinentes de quelques concepts psychanalytiques, Arcanes/érès, 2007.

Pulsions de mort : deux séminaires : 1977 et 1978, Le désir à la trace et Jensits…, Au-delà…, Arcanes/érès, 2007.

Psychanalyse et liberté : hommage à Lucien Israël : actes des journées de l’IFRAS, juin 1997, Nancy, Strasbourg, Arcanes, 1999

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Comme j’échange en ce moment sur la question de l’amour avec mon ami Jorge Reitter (suite à sa passionnante intervention sur la question (1)), je donne ici quelques belles citations de Lucien Israël sur l’amour (sur laquelle il propose une élaboration novatrice, par rapport à Freud et par rapport à Lacan):

« L’innovation, l’inouï, le jamais vu, le jamais entendu constituent le domaine de l’amour. L’amour, c’est justement ce qui vient amener ce qui jusque-là n’existait pas pour une personne, pour un couple, pour un groupe, peu importe. L’amour n’est pas la soi-disant répétition d’un amour primordial. L’amour n’est jamais la répétition de ce qui a pu se jouer avec la mère, de ce qui a pu se fantasmer avec la mère. Cet amour-là n’a pour seule fonction que de disparaître, que de faire place nette par le deuil et c’est sur ce deuil que les expériences nouvelles ouvertes sur l’avenir peuvent se développer, peuvent se dérouler, peuvent se jouer (…). Ce qui fait que, encore une fois, le poète ou la chanteur ont parfaitement raison de dire lorsqu’ils disent que « l’amour, c’est toujours la première fois ». Ca n’est pas la répétition. L’amour ne renforce pas le Moi. Il crée le sujet. C’est la fonction de l’analyse. » (Lucien Israël, « La parole et l’aliénation », Arcanes/érès, 2015, p. 103).

« Venir réparer l’amour perdu, l’objet perdu (…) que ce fantasme se réalise dans ce que Freud appelait « die Verliebtheit » et qu’on essaie de traduire par l’état amoureux, pourquoi pas. Ca existe. Mais ce n’est pas ça l’amour. Ce n’est pas ça, l’amour de l’autre. Si vous vous souvenez de ce film canadien Le déclin de l’empire américain, l’une des héroïnes se trouve dans un lit avec son homme et elle semble avoir des intentions et l’homme fatigué lui dit: « T’as des copains, alors va baiser ailleurs ». Et la fille lui répond : « Je ne veux pas baiser, je veux faire l’amour ». Alors c’est peut-être à partir de là que l’on peut envisager qu’il existe un autre amour que celui qui est limité à la récupérations des objets archaïques perdus, comme on pourrait le lire dans Freud. Il existe peut-être un autre amour, si l’érotisme nous permet de découvrir les limites de notre corps, qui permettrait de les franchir ». (Lucien Israël, « La parole et l’aliénation », Arcanes/érès, 2015, p. 76-77).

Bref, le réel du sexe peut s’ouvrir au désir et à l’amour lié au désir.

NOTES:

(1): Ici le lien vers l’intervention de Jorge Reitter sur la question (en espagnol, sur Yoica, espace de diffusion et de transmission de la psychanalyse (Mexico, en espagnol), animé par Manuel Sanchez):

Chères amies, chers amis,

Vous trouverez ici, pour ceux qui comprennent l’espagnol, le lien vers la très belle intervention de mon ami Jorge Reitter (psychanalyste, Buenos Aires) sur la Chaîne Youtube mexicaine Yoica. Elle porte sur « les amours qui osent dire leurs noms », sur l’amour comme « geste courageux, qui change l’existence ». Il y traite particulièrement de l’amour gay, de la manière dont dans l’histoire il a été socialement violemment réprimé, mais aussi dont il en est venu à être collectivement reconnu, malgré tout:

Pour parler de l’amour, Jorge Reitter se met à l’école de la littérature et de la poésie. Pour ouvrir à l’ars erotica plus qu’à la scientia sexualis.

Entre autres, il nous y parle du rejet de l’amour gay ; de l’amour – des amours au pluriel, en leurs singularités – et du désir comme indisciplinés, échappant à toute normalisation, à toute norme (et donc à l’hétéronormativité) ; de la souffrance et de la joie immenses que l’amour éveille  ; du moment bouleversant où se déclare l’amour ; ou du moment – toujours énigmatique – où il s’incarne érotiquement, dans la rencontre de l’altérité, avec l’incomplétude qu’il implique…

Pour cela, il évoque : Oscar Wilde (et son destin tragique lié au rejet de son homosexualité), l’écrivain colombien Fernando Molano Vargas (« Un beso de Dick »), un poème de Eliseo Diego sur la peinture de Léonard de Vinci, Freud sur Léonard de Vinci…

Je l’ai dit à Jorge, sa réflexion me frappe d’autant qu’elle croise par bien des points l’élaboration sur l’amour de Lucien Israël dans « Boiter n’est pas pécher » (ou dans « La parole et l’aliénation »‘ (1)).

En résonance, je vous donne ici quelques belles citations de Lucien Israël sur l’amour (sur laquelle il propose une élaboration novatrice, par rapport à Freud et par rapport à Lacan):

Pour information, Jorge Reitter interviendra l’année prochaine au séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » :

Jorge N. Reitter est psychanalyste d’orientation lacanienne, il vit et exerce à Buenos Aires (Argentine). Il enseigne à l’Université de la République, Uruguay. Il a enseigné à la Faculté de Psychologie de l’Université de Buenos Aires et à l’Université Nationale Autonome de Zacatecas (Mexique).

Il a récemment publié en anglais « Heteronormativity and psychoanalysis » (Routledge, 2023) (en espagnol : Edipo Gay, Lettra Viva, 2018).

Voir :

Il intervient aussi régulièrement sur la chaîne Youtube Asociación Libre, animée par Matias Tavil, et que je vous conseille vivement si vous comprenez l’espagnol :

https://www.youtube.com/channel/UCn-ca92YLNQjj_GSE4zxvag

Plus encore je vous conseille vivement Yoica, qui est un espace de diffusion et de transmission de la psychanalyse (Mexico, en espagnol) animée par Manuel Sanchez (traitant aussi entre autres de philosophie):

Que l’on retrouve donc sur Youtube, Facebook ou Instagram.

Chères amies, chers amis,

J’aimerais ici vous dire quelques mots de la très belle série « #Philo: sapere aude » diffusée sur Netflix.

https://www.netflix.com/watch/81519252?trackId=254761469

C’est une passionnante série sur la jeune génération (si attachante, comme j’ai la chance de le constater avec mes étudiantes et étudiants et comme j’ai pu le constater avec mes élèves au lycée) et l’aventure de la jeunesse; sur les rencontres amoureuses et amicales et sur la tentative de se créer, vaille que vaille, une vie singulière (par delà le deuil, les difficultés extérieures et inhérentes à la subjectivité); mais aussi sur l’expérience gay (pour reprendre la belle expression de mon ami Jorge N. Reitter (1)) et sur l’histoire de la communauté LGBT (particulièrement la 2e saison).

Et puis bien sûr l’on y parle, très justement, de philosophie (au sens noble et existentiel du terme, mais aussi des grands philosophes), de la découverte de la philosophie lorsqu’on est jeune, de l’enseignement de la philosophie – et donc de la transmission entre les générations.

L’on y trouve aussi de très subtiles références à la littérature, à la psychanalyse – ou au Talmud.

Le scénario est très efficace, les dialogues profonds, les acteurs excellents – dont Carlos Cuevas qui est ce que l’on appelle un grand acteur.

Bref, je suis dithyrambique, mais cela le mérite.

C’est une série en catalan et espagnol (je vous conseille la VO sous-titrée) créée par Héctor Lozano et réalisée par Menna Fité. Diffusée en France par Netflix (2).

Voici la situation de départ : trois mois après la mort de Merlí, son professeur de philosophie au lycée, Pol Rubio choisit de tenter sa chance à l’université de Barcelone en étudiant la philosophie pour devenir lui-même enseignant.


Bref, en cherchant, l’on trouve choses vraiment intéressantes sur Netflix, et celle-ci est, avec la (très shakespearienne) « House of cards », la meilleure série que j’y aie vue pour l’instant.

Avec, entre autres, la très queer « Transparent » (Amazon vidéo), et la très argentine, féministe et lacanienne (!) « La fin de l’amour » (Amazon vidéo – la personnage principale y fait une analyse, et élabore librement en citant Lacan… – tout en renouant avec le judaïsme (3)), voilà des séries fort intéressantes.

Pour traiter de notre aujourd’hui, ce sont des séries dont je vous parlerai au séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » (FEDEPSY) que j’anime sur Zoom avec Dominique Marinelli et Emmanuelle Chatelat:

NOTES:

(1): voir https://dimitrilorrain.org/2023/01/13/sortie-de-heteronormativity-and-psychoanalysis-de-jorge-n-reitter-routledge-2023/

(2): https://fr.wikipedia.org/wiki/Philo_:_Sapere_aude

(3): Merci à Jorge Reitter de m’avoir fait connaître cette série

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Chères amies, chers amis,

Je vous mets ici le lien vers la passionnante intervention de Patricia Gherovici à la librairie Le Divan (Paris), le 12 octobre 2021. Elle y dialogue, entre autres, avec Luis Izcovich et Patrick Landman, à propos de son très important ouvrage « Transgenre. Lacan et la différence des sexes (Stilus, 2021) :

En effet, le livre majeur de Patricia Gherovici ouvre à une avancée fondamentale dans la réflexion psychanalytique contemporaine, en ce qui concerne la clinique des sujets trans, mais aussi plus généralement concernant ce que la prise en compte des subjectivités trans permet d’ouvrir en psychanalyse et dans la pensée et dans la société contemporaines.

Pour cela, la réflexion de l’autrice retraverse Freud et Lacan autrement. Cela ouvre une nouvelle lecture de leurs œuvres, mais aussi à une psychanalyse – et à une psychanalyse freudo-lacanienne (1) – prenant pleinement en compte la diversité sexuelle et la diversité des cheminements de genre, mais aussi la féconde démocratisation qui a lieu dans les jeunes générations, avec ce qu’elle apporte de fécond pour la subjectivation (2).

Présentation de l’éditeur (3)

Ce livre porte sur un sujet d’actualité, celui de l’identité sexuelle. Relève-t-elle de l’anatomie, de la culture, du discours ? Quelle est la part du choix du sujet par rapport à l’identité assignée ?
Il s’agit, dans cet ouvrage en français, de la version augmentée du livre Transgender Psychoanalysis, paru en 2017 aux États-Unis. Au moment où l’on assiste à des bouleversements de société concernant le sexe et les transformations du corps, ce livre constitue une contribution fondamentale au débat sur la norme sexuelle.

Il prend appui sur des questions qui traversent la société américaine et il aborde, à partir des récits cliniques, la place de la psychanalyse avec des patients dits « trans ».

Traduit de l’anglais par Marie-Mathilde Bortolotti-Burdeau.

Patricia Gherovici est psychanalyste, elle exerce à Philadelphie et à New York. Elle a obtenu en 2020 le Sigourney Award pour son travail clinique et théorique à propos de la question du genre et de la communauté latino aux Etats-Unis.

Elle a est la co-fondatrice et la directrice du Philadelphia Lacan Group et de l’Associate Faculty, Psychoanalytic Studies Minor, University of Pennsylvania (PSYS).

Elle est membre honoraire de l’IPTAR, l’Institute for Psychoanalytic Training and Research à New York.

Elle participe aussi aux travaux de l’institution de Formation Pulsion : https://pulsioninstitute.com/

Elle est encore membre fondatrice de l’institut de Das Unbehagen qui associe autour de la psychanalyse des cliniciens, des universitaires, des artistes et des intellectuels.

A noter encore: sa passionnante intervention (en anglais) sur le futur de la psychanalyse (avec le Covid, la mondialisation des échanges psychanalytique grâce à Internet…), sur le site de Vanessa Sinclair (New York), dans le cadre du podcast « Rendering unconscious »:

RU212: PATRICIA GHEROVICI – IS THERE A FUTURE FOR PSYCHOANALYSIS?

D’ailleurs, je vous conseille très vivement ce podcast: http://www.renderingunconscious.org/

Ici le site (en anglais) de Patricia Gherovici : https://www.patriciagherovici.com/

Et le site passionnant (en anglais), que je vous conseille (beaucoup de vidéos, de textes etc.) de Das Unbehagen : http://dasunbehagen.org/


​Parmi ses autres livres, l’on trouve son absolument passionnant « Lacan dans le ghetto. Psychanalyser le « syndrome porto-ricain », qui a reçu le Gradiva Award et le Boyer Prize. Mais aussi  Please Select Your Gender: From the Invention of Hysteria to the Democratizing of Transgenderism (Routledge, 2010).

Elle a aussi publié différents ouvrages collectifs : avec Manya Steinkoler, Lacan On Madness: Madness Yes You Can’t ( Routledge, 2015) et Lacan, Psychoanalysis and Comedy (Cambridge University Press, 2016); avec Chris Christian, Psychoanalysis in the Barrios: Race, Class, and the Unconscious  (Routledge, 2019, vainqueur du Gradiva Award et du American Board and Academy of Psychoanalysis Book Prize.

Particulièrement : à noter la sortie d’un nouveau passionnant livre collectif qu’elle a dirigé  avec Manya Steinkoler : Psychoanalysis, Gender and Sexualities: From Feminism to Trans* (Routlegde, novembre 2022) :

https://www.routledge.com/Psychoanalysis-Gender-and-Sexualities-From-Feminism-to-Trans/Gherovici-Steinkoler/p/book/9781032257600

NOTES :

(1) : Pour un telle psychanalyse freudo-lacanienne ouverte, voir: Benjamin Lévy, L’ère de la revendication, Flammarion, 2022 ( https://dimitrilorrain.org/2022/01/18/a-noter-la-sortiede-louvrage-de-benjamin-levy-lere-de-la-revendication-flammarion-janvier-2022/); Dimitri Lorrain, « Apports de la psychanalyse créative », in Lettre de la FEDEPSY n°10, juillet 2022 (https://dimitrilorrain.org/2022/07/22/apports-de-la-psychanalyse-creative-texte-paru-dans-lettre-de-la-fedepsy-n10-juillet-2022/; André Michels, « De la pulsion comme subversion du genre », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Erès, 2018.; Stéphane Muths, « ’’Un garçon dans un corps de fille’’, identités de genre et effraction pubertaire », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Choisir son genre ?, op.cit., p. 99-120; Jonathan Nicolas, « A l’ombre des jeunes gens en fleurs, une esquisse des identités adolescentes », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Choisir son genre ?, op.cit., à. 169-180; Jorge N. Reitter, Heteronormativity and Psychoanalysis, Routledge, 2023: https://dimitrilorrain.org/2023/01/13/sortie-de-heteronormativity-and-psychoanalysis-de-jorge-n-reitter-routledge-2023/; Frédérique Riedlin, « Sur un air de famille(s). À partir d’une question de Judith Butler. La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Toulouse, Erès, 2018. Voir encore notre réflexion collective au séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » (FEDEPSY): https://dimitrilorrain.org/seminaire-freud-a-son-epoque-et-aujourdhui/

(2) :  Voir Benjamin Lévy, L’ère de la revendication, op. cit.

(3) : https://www.editions-stilus.com/transgenre.html

Chères amies, chers amis,

Pour celles et ceux d’entre vous qui lisent l’anglais, je vous informe ici de la sortie du très important ouvrage de mon ami Jorge Reitter, « Heteronormativity and psychoanalysis » (1), avec une belle préface de Patricia Gherovici.

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Dans ce livre nourri en profondeur de l’expérience de la cure, et écrit de manière fort vivante, Jorge Reitter nous éclaire sur ce qu’il appelle l’« expérience gay » envisagée dans sa spécificité, et sur la psychanalyse depuis cette expérience.

Sa réflexion élabore, de manière rigoureusement psychanalytique, les apports de la pensée de Michel Foucault, mais aussi des études féministes, queer, lesbiennes et gaies. Elle nous éclaire sur la manière dont le discours collectif hétéronormatif et binaire oriente les pratiques et les théories psychanalytiques vers une norme désubjectivante. Et en quoi cela amène à une scotomisation ou à un rejet de la subjectivité des sujets gays, et à leur normalisation s’opposant à leur subjectivation.

Aussi ce livre nous permet-il d’appréhender la position du sujet gay dans ce que Jorge Reitter appelle – en élaborant Foucault – le « dispositif de l’hétéronormativité », c’est-à-dire le dispositif de pouvoir, portant sur la sexualité, que déploie le discours collectif hétéronormatif et binaire. Un point important est d’ailleurs que ce discours collectif voit dans l’hétérosexualité la seule forme de sexualité légitime, et donc rejette la diversité sexuelle.

De plus, nous pouvons noter que l’auteur ne parle pas de l’hétérosexualité comme en soi normative ; ce que j’élabore ainsi : c’est la forme binaire (désubjectivée) de l’hétérosexualité qui est normative, mais une autre hétérosexualité (subjectivée) existe bien, même si minoritaire, à l’écart de l’hétéronormativité.

Ainsi, plus généralement, ce livre nous aide à appréhender les ressorts et l’histoire de l’hétéronormativité et de la binarité pour chaque sujet, qu’il soit LGBT+ ou hétéro.

Pour cela, Jorge Reitter relit Freud et Lacan en détails, en essayant de « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Il rappelle que Freud nous a révélé la contingence de l’objet sexuel. Ce qui fait que – comme le disait Freud lui-même – l’homosexualité ne peut être considérée comme « pathologique ». Bref, il n’existe pas de norme sexuelle, et il s’agit d’essayer d’en tirer toutes les conséquences.

Cela permet à Jorge Reitter, en s’appuyant sur toute une bibliographie souvent encore à découvrir en France, d’éclairer ce qui dans les œuvres de Freud et de Lacan pose de manière géniale les problèmes fondamentaux de la subjectivité et de la psychanalyse, mais aussi ce qui participe de l’hétéronormativité et de la binarité.

En ce sens, le complexe d’Oedipe, montre l’auteur, vaut aussi bien pour les sujets non hétérosexuels. Plus largement, le complexe d’Oedipe est relié dans le livre à la « tâche », pour le sujet, « de devenir indépendant de l’autorité (du désir) des parents » (2).  

Plus encore, Jorge Reitter nous propose une formulation fort élaborative, quand il établit que le sujet gay reconnaît la différence des sexes – envisagée au plus près de la clinique, et de manière non hétéronormative ni binaire (3). Juste, ajoute-t-il, le sujet gay se positionne autrement par rapport à celle-ci que le sujet hétérosexuel.

Bref, ce livre nous permet donc d’envisager les problèmes classiques de la psychanalyse (comme ceux du complexe d’Oedipe ou du complexe de castration, ou encore celui de la différence des sexes, mais aussi celui du symbolique) sous un nouveau jour, pleinement ouvert à la diversité sexuelle et dégagé de la gangue hétéronomative et binaire.

Et, en suivant les réflexions de Jorge Reitter, nous pouvons reprendre à notre compte de manière créative – et non normative – l’interrogation fondamentale de Freud sur le rôle central de la sexualité dans la subjectivité, et dans l’enfance du sujet : sur la sexualité en ce qu’elle est fondamentalement hors-norme – queer diront certains.

Cela ouvre au fait de solidement prendre en compte – avec Lacan – le donné fondamental consistant dans le fait que, pour citer Jorge Reitter, « être dépendant de l’Autre et être très marqué par son désir est une condition nécessaire » (4) à la subjectivation. Car, dirais-je, ce sont, dans un premier temps, cette dépendance à l’Autre (à l’Autre du langage, mais aussi à l’Autre qui a donné au sujet le langage) et cette marque du désir (liée à cette dépendance à l’Autre), qui permettront au sujet, dans un deuxième temps, de devenir indépendant de l’autorité, du désir, des parents.

Dans la cure, cela nécessite le fait que la parole du sujet déploie ce qu’il en est du signifiant, mais aussi que « l’attention de l’écoute analytique (soit) portée sur la structure du signifiant » (5).

D’ailleurs, dans son insistance de l’émancipation du sujet par rapport aux autorités, Jorge Reitter rejoint à mon sens l’insistance de Serge Leclaire, dans son débat avec Lacan, sur le fait que le désir de l’Autre gagne, dans la cure, à prendre une forme « un peu déliée » (6). En d’autres termes, il gagne à prendre une forme pleinement créative, dégagée de toute volonté directive (7). On le voit, chez Jorge Reitter comme chez Leclaire, c’est là une lecture de Lacan – et de son éclairage sur la créativité du signifiant – qui s’émancipe de Lacan, lorsque cela est nécessaire.

Aussi, au regard des vifs et fort compréhensibles débats contemporains à son propos (8), le complexe d’Oedipe (comme son pendant le complexe de castration) n’apparaît-il pas comme quelque chose d’en soi normalisateur, même si son élaboration a pu, chez Freud et après lui, prendre une forme hétéronormative et binaire.

Par là même, ce livre fort important nous propose une articulation très subtile, et au plus près de l’expérience psychanalytique, entre psychanalyse et politique. Car nous trouvons ici une réflexion très opérationnelle sur la question du pouvoir – en lien au langage. En effet, de manière très concrète, pour Jorge Reitter, il s’agit dans la cure d’ « être attentif à la place que le sujet a dans le discours qui le nomme, et qui le situe dans des relations de pouvoir » (9).

Cela nous permet aussi de nous rappeler ce que dit Lacan, en passant par les Lumières, de la relation de la psychanalyse au pouvoir : « Et dans (…) mes Écrits, vous le voyez (…) j’invoque les Lumières. Il est tout à fait clair que les Lumières ont mis un certain temps à s’élucider. (…). Contrairement à tout ce qu’on en a pu dire, les Lumières avaient pour but d’énoncer un savoir qui ne fût hommage à aucun pouvoir » (10).

En somme, cet ouvrage constitue un apport fondamental sur tout un ensemble de questions cruciales. Il en va là de la mise en place d’une psychanalyse  – et d’une psychanalyse freudo-lacanienne (11) – ouverte à la fois à la diversité sexuelle, à la diversité des cheminements de genre,  mais aussi à la féconde démocratisation qui a lieu dans les jeunes générations, avec ce qu’elle apporte de fécond pour la subjectivation (12). Cette psychanalyse ouverte se positionnant de manière psychanalytique contre les discriminations. Ici, l’enjeu est aussi que cette psychanalyse ouverte soit aussi capable de soutenir solidement la subjectivation des sujets, en utilisant pour cela les apports cliniquement fondamentaux, et toujours actuels (pour peu qu’on les réinterprète de manière créative comme le fait l’auteur), de Freud et de Lacan.

Et je finirai sur ce point : Jorge Reitter insiste sur le fait que la psychanalyse qui se positionne contre les discriminations, c’est aussi la psychanalyse qui se positionne contre elles dans les institutions psychanalytiques. Ce alors que l’institution psychanalytique a mis tant de temps à dépathologiser l’homosexualité. D’ailleurs, l’institution psychanalytique, en cela, a bien été contre la volonté de Freud qui, il s’agit de le rappeler, était favorable au fait que des gays ou des lesbiennes deviennent analystes. C’est bien ce que montre le fait qu’il a longtemps collaboré avec Hirschfeld, ce sexologue et militant historiquement important pour la reconnaissance des droits LGBT (13).

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Présentation de l’ouvrage par l’éditeur 

Heteronormativity and Psychoanalysis proposes a critical reading of the Freudian and Lacanian texts that paved the way for a heteronormative bias in the theory and practice of psychoanalysis.

Jorge N. Reitter’s theoretical-political project engages in a genealogy of how psychoanalysis approached the ‘gay question’ through time. This book determinedly seeks to dismantle the heteronormative bias in the theories of psychoanalysis that resist new discourses on gender and sexuality. Drawing on developments by Michel Foucault and lesbian and gay studies on queer theory and feminist theorizing, Reitter draws attention to the normalizing devices that permanently regulate sexuality neglected by psychoanalysis as producers of subjectivities.

Accessibly written, Heteronormativity and Psychoanalysis will be key reading for psychoanalysts in practice and in training, as well as academics and students of psychoanalytic studies, gender studies, and sexualities.

Table des matières

Prologue by Patricia Gherovici

Prologue to the first edition

I. Heteronormativity and psychoanalysis

1) Oedipus gay

2) The original entanglement. How psychoanalysis could not escape the heteronorm

3) Oedipus reloaded

4) Towards a post-heteronormative Oedipus

II. Miscellanea

5) On the political incorrectness of eroticism

6) Rethinking the possible as such

7) Felix Julius Boehm

III. Bonus tracks

8) Talking with Jorge Reitter : neither the Other nor sexuality exists outside of power relations

Epilogue

Jorge N. Reitter est psychanalyste d’orientation lacanienne, il vit et exerce à Buenos Aires (Argentine).

Il enseigne à l’Université de la République, Uruguay. Il a enseigné à la Faculté de Psychologie de l’Université de Buenos Aires et à l’Université Nationale Autonome de Zacatecas (Mexique).

Pour une présentation de l’ouvrage (en espagnol), sur la passionnante et fort subtile Chaîne Youtube Asociación Libre (en espagnol), portant sur la psychanalyse, avec Matias Tavil, voir :

Jorge N. Reitter intervient aussi régulièrement sur Asociación Libre, animée par Matias Tavil, et que je vous conseille vivement si vous comprenez l’espagnol :

https://www.youtube.com/channel/UCn-ca92YLNQjj_GSE4zxvag

NOTES :

(1) : La page Internet du livre: https://www.routledge.com/Heteronormativity-and-Psychoanalysis-Oedipus-Gay/Reitter/p/book/9781032171845#

(2) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 53.

(3) : Pour une clinique et une théorie ni hétéronormative ni binaire de la différence de sexes, voir P. Gherovici, Transgenre, Lacan et la différence des sexes, Stilus, 2021. Voir aussi Serge Hefez, Transitions, Calmann-Lévy, 2020.

(4) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 60.

(5) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 31.

(6) Serge Leclaire, Rompre les charmes, Inter Éditions, 1981, p. 167.

(7) : De ce point de vue, en ce qui concerne l’histoire de la psychanalyse en France, l’apport de Lacan, pour génial et mettant en crise le caractère massivement directif de l’enseignement de Freud (voir Moustapha Safouan, Le Transfert et le Désir de l’analyste, Seuil, 1988), n’a pas été sans réintroduire une certaine directivité. Leclaire, comme d’autres de ses élèves (Perrier La Chaussée d’Antin : Œuvre psychanalytique I., Paris, Albin Michel, 2008 et La Chaussée d’Antin II. : Œuvre psychanalytique II., Albin Michel, 2008), Lucien Israël (Boiter n’est pas pécher, Arcanes/Erès, 2010)…), proposent de mettre en crise de l’intérieur de l’apport lacanien le reste de directivité qui habite l’enseignement de Lacan.

(8) : Plus en détails, Jorge Reitter débat avec son ami Fabrice Bourlez sur cette question du complexe d’Œdipe. Dans son fort intéressant ouvrage Queer psychanalyse (Hermann, 2018), Fabrice Bourlez propose en effet une psychanalyse post-oedipienne, nourrie en premier lieu de Deleuze et de Guattari (L’Anti-Œdipe, Paris, 1972).

(9) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 15.

(10) : J. Lacan, Le Séminaire, Livre XIX, Ou pire, 1971-1972, 15.12.71, éd. Valas, p. 27.

(11) : Pour un telle psychanalyse freudo-lacanienne ouverte, voir: Benjamin Lévy, L’ère de la revendication, Flammarion, 2022 ( https://dimitrilorrain.org/2022/01/18/a-noter-la-sortiede-louvrage-de-benjamin-levy-lere-de-la-revendication-flammarion-janvier-2022/); Dimitri Lorrain, « Apports de la psychanalyse créative », in Lettre de la FEDEPSY n°10, juillet 2022 (https://dimitrilorrain.org/2022/07/22/apports-de-la-psychanalyse-creative-texte-paru-dans-lettre-de-la-fedepsy-n10-juillet-2022/; André Michels, « De la pulsion comme subversion du genre », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Erès, 2018.; Stéphane Muths, « ’’Un garçon dans un corps de fille’’, identités de genre et effraction pubertaire », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Choisir son genre ?, op.cit., p. 99-120; Jonathan Nicolas, « A l’ombre des jeunes gens en fleurs, une esquisse des identités adolescentes », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Choisir son genre ?, op.cit., à. 169-180; Frédérique Riedlin, « Sur un air de famille(s). À partir d’une question de Judith Butler. La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Toulouse, Erès, 2018. Voir notre réflexion collective au séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » (FEDEPSY): https://dimitrilorrain.org/seminaire-freud-a-son-epoque-et-aujourdhui/

(12): Pour cette démocratisation, voir Benjamin Lévy, op. cit.

(13) : Sur Hirschfeld et la proximité de Freud avec lui, voir P. Gherovici, Transgenre, Lacan et la différence des sexes, Stilus, 2021, p. 82-91.