Chères amies, chers amis,

Pour celles et ceux d’entre vous qui lisent l’anglais, je vous informe ici de la sortie du très important ouvrage de mon ami Jorge Reitter, « Heteronormativity and psychoanalysis » (1), avec une belle préface de Patricia Gherovici.

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Dans ce livre nourri en profondeur de l’expérience de la cure, et écrit de manière fort vivante, Jorge Reitter nous éclaire sur ce qu’il appelle l’« expérience gay » envisagée dans sa spécificité, et sur la psychanalyse depuis cette expérience.

Sa réflexion élabore, de manière rigoureusement psychanalytique, les apports de la pensée de Michel Foucault, mais aussi des études féministes, queer, lesbiennes et gaies. Elle nous éclaire sur la manière dont le discours collectif hétéronormatif et binaire oriente les pratiques et les théories psychanalytiques vers une norme désubjectivante. Et en quoi cela amène à une scotomisation ou à un rejet de la subjectivité des sujets gays, et à leur normalisation s’opposant à leur subjectivation.

Aussi ce livre nous permet-il d’appréhender la position du sujet gay dans ce que Jorge Reitter appelle – en élaborant Foucault – le « dispositif de l’hétéronormativité », c’est-à-dire le dispositif de pouvoir, portant sur la sexualité, que déploie le discours collectif hétéronormatif et binaire. Un point important est d’ailleurs que ce discours collectif voit dans l’hétérosexualité la seule forme de sexualité légitime, et donc rejette la diversité sexuelle.

De plus, nous pouvons noter que l’auteur ne parle pas de l’hétérosexualité comme en soi normative ; ce que j’élabore ainsi : c’est la forme binaire (désubjectivée) de l’hétérosexualité qui est normative, mais une autre hétérosexualité (subjectivée) existe bien, même si minoritaire, à l’écart de l’hétéronormativité.

Ainsi, plus généralement, ce livre nous aide à appréhender les ressorts et l’histoire de l’hétéronormativité et de la binarité pour chaque sujet, qu’il soit LGBT+ ou hétéro.

Pour cela, Jorge Reitter relit Freud et Lacan en détails, en essayant de « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Il rappelle que Freud nous a révélé la contingence de l’objet sexuel. Ce qui fait que – comme le disait Freud lui-même – l’homosexualité ne peut être considérée comme « pathologique ». Bref, il n’existe pas de norme sexuelle, et il s’agit d’essayer d’en tirer toutes les conséquences.

Cela permet à Jorge Reitter, en s’appuyant sur toute une bibliographie souvent encore à découvrir en France, d’éclairer ce qui dans les œuvres de Freud et de Lacan pose de manière géniale les problèmes fondamentaux de la subjectivité et de la psychanalyse, mais aussi ce qui participe de l’hétéronormativité et de la binarité.

En ce sens, le complexe d’Oedipe, montre l’auteur, vaut aussi bien pour les sujets non hétérosexuels. Plus largement, le complexe d’Oedipe est relié dans le livre à la « tâche », pour le sujet, « de devenir indépendant de l’autorité (du désir) des parents » (2).  

Plus encore, Jorge Reitter nous propose une formulation fort élaborative, quand il établit que le sujet gay reconnaît la différence des sexes – envisagée au plus près de la clinique, et de manière non hétéronormative ni binaire (3). Juste, ajoute-t-il, le sujet gay se positionne autrement par rapport à celle-ci que le sujet hétérosexuel.

Bref, ce livre nous permet donc d’envisager les problèmes classiques de la psychanalyse (comme ceux du complexe d’Oedipe ou du complexe de castration, ou encore celui de la différence des sexes, mais aussi celui du symbolique) sous un nouveau jour, pleinement ouvert à la diversité sexuelle et dégagé de la gangue hétéronomative et binaire.

Et, en suivant les réflexions de Jorge Reitter, nous pouvons reprendre à notre compte de manière créative – et non normative – l’interrogation fondamentale de Freud sur le rôle central de la sexualité dans la subjectivité, et dans l’enfance du sujet : sur la sexualité en ce qu’elle est fondamentalement hors-norme – queer diront certains.

Cela ouvre au fait de solidement prendre en compte – avec Lacan – le donné fondamental consistant dans le fait que, pour citer Jorge Reitter, « être dépendant de l’Autre et être très marqué par son désir est une condition nécessaire » (4) à la subjectivation. Car, dirais-je, ce sont, dans un premier temps, cette dépendance à l’Autre (à l’Autre du langage, mais aussi à l’Autre qui a donné au sujet le langage) et cette marque du désir (liée à cette dépendance à l’Autre), qui permettront au sujet, dans un deuxième temps, de devenir indépendant de l’autorité, du désir, des parents.

Dans la cure, cela nécessite le fait que la parole du sujet déploie ce qu’il en est du signifiant, mais aussi que « l’attention de l’écoute analytique (soit) portée sur la structure du signifiant » (5).

D’ailleurs, dans son insistance de l’émancipation du sujet par rapport aux autorités, Jorge Reitter rejoint à mon sens l’insistance de Serge Leclaire, dans son débat avec Lacan, sur le fait que le désir de l’Autre gagne, dans la cure, à prendre une forme « un peu déliée » (6). En d’autres termes, il gagne à prendre une forme pleinement créative, dégagée de toute volonté directive (7). On le voit, chez Jorge Reitter comme chez Leclaire, c’est là une lecture de Lacan – et de son éclairage sur la créativité du signifiant – qui s’émancipe de Lacan, lorsque cela est nécessaire.

Aussi, au regard des vifs et fort compréhensibles débats contemporains à son propos (8), le complexe d’Oedipe (comme son pendant le complexe de castration) n’apparaît-il pas comme quelque chose d’en soi normalisateur, même si son élaboration a pu, chez Freud et après lui, prendre une forme hétéronormative et binaire.

Par là même, ce livre fort important nous propose une articulation très subtile, et au plus près de l’expérience psychanalytique, entre psychanalyse et politique. Car nous trouvons ici une réflexion très opérationnelle sur la question du pouvoir – en lien au langage. En effet, de manière très concrète, pour Jorge Reitter, il s’agit dans la cure d’ « être attentif à la place que le sujet a dans le discours qui le nomme, et qui le situe dans des relations de pouvoir » (9).

Cela nous permet aussi de nous rappeler ce que dit Lacan, en passant par les Lumières, de la relation de la psychanalyse au pouvoir : « Et dans (…) mes Écrits, vous le voyez (…) j’invoque les Lumières. Il est tout à fait clair que les Lumières ont mis un certain temps à s’élucider. (…). Contrairement à tout ce qu’on en a pu dire, les Lumières avaient pour but d’énoncer un savoir qui ne fût hommage à aucun pouvoir » (10).

En somme, cet ouvrage constitue un apport fondamental sur tout un ensemble de questions cruciales. Il en va là de la mise en place d’une psychanalyse  – et d’une psychanalyse freudo-lacanienne (11) – ouverte à la fois à la diversité sexuelle, à la diversité des cheminements de genre,  mais aussi à la féconde démocratisation qui a lieu dans les jeunes générations, avec ce qu’elle apporte de fécond pour la subjectivation (12). Cette psychanalyse ouverte se positionnant de manière psychanalytique contre les discriminations. Ici, l’enjeu est aussi que cette psychanalyse ouverte soit aussi capable de soutenir solidement la subjectivation des sujets, en utilisant pour cela les apports cliniquement fondamentaux, et toujours actuels (pour peu qu’on les réinterprète de manière créative comme le fait l’auteur), de Freud et de Lacan.

Et je finirai sur ce point : Jorge Reitter insiste sur le fait que la psychanalyse qui se positionne contre les discriminations, c’est aussi la psychanalyse qui se positionne contre elles dans les institutions psychanalytiques. Ce alors que l’institution psychanalytique a mis tant de temps à dépathologiser l’homosexualité. D’ailleurs, l’institution psychanalytique, en cela, a bien été contre la volonté de Freud qui, il s’agit de le rappeler, était favorable au fait que des gays ou des lesbiennes deviennent analystes. C’est bien ce que montre le fait qu’il a longtemps collaboré avec Hirschfeld, ce sexologue et militant historiquement important pour la reconnaissance des droits LGBT (13).

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Présentation de l’ouvrage par l’éditeur 

Heteronormativity and Psychoanalysis proposes a critical reading of the Freudian and Lacanian texts that paved the way for a heteronormative bias in the theory and practice of psychoanalysis.

Jorge N. Reitter’s theoretical-political project engages in a genealogy of how psychoanalysis approached the ‘gay question’ through time. This book determinedly seeks to dismantle the heteronormative bias in the theories of psychoanalysis that resist new discourses on gender and sexuality. Drawing on developments by Michel Foucault and lesbian and gay studies on queer theory and feminist theorizing, Reitter draws attention to the normalizing devices that permanently regulate sexuality neglected by psychoanalysis as producers of subjectivities.

Accessibly written, Heteronormativity and Psychoanalysis will be key reading for psychoanalysts in practice and in training, as well as academics and students of psychoanalytic studies, gender studies, and sexualities.

Table des matières

Prologue by Patricia Gherovici

Prologue to the first edition

I. Heteronormativity and psychoanalysis

1) Oedipus gay

2) The original entanglement. How psychoanalysis could not escape the heteronorm

3) Oedipus reloaded

4) Towards a post-heteronormative Oedipus

II. Miscellanea

5) On the political incorrectness of eroticism

6) Rethinking the possible as such

7) Felix Julius Boehm

III. Bonus tracks

8) Talking with Jorge Reitter : neither the Other nor sexuality exists outside of power relations

Epilogue

Jorge N. Reitter est psychanalyste d’orientation lacanienne, il vit et exerce à Buenos Aires (Argentine).

Il enseigne à l’Université de la République, Uruguay. Il a enseigné à la Faculté de Psychologie de l’Université de Buenos Aires et à l’Université Nationale Autonome de Zacatecas (Mexique).

Pour une présentation de l’ouvrage (en espagnol), sur la passionnante et fort subtile Chaîne Youtube Asociación Libre (en espagnol), portant sur la psychanalyse, avec Matias Tavil, voir :

Jorge N. Reitter intervient aussi régulièrement sur Asociación Libre, animée par Matias Tavil, et que je vous conseille vivement si vous comprenez l’espagnol :

https://www.youtube.com/channel/UCn-ca92YLNQjj_GSE4zxvag

NOTES :

(1) : La page Internet du livre: https://www.routledge.com/Heteronormativity-and-Psychoanalysis-Oedipus-Gay/Reitter/p/book/9781032171845#

(2) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 53.

(3) : Pour une clinique et une théorie ni hétéronormative ni binaire de la différence de sexes, voir P. Gherovici, Transgenre, Lacan et la différence des sexes, Stilus, 2021. Voir aussi Serge Hefez, Transitions, Calmann-Lévy, 2020.

(4) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 60.

(5) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 31.

(6) Serge Leclaire, Rompre les charmes, Inter Éditions, 1981, p. 167.

(7) : De ce point de vue, en ce qui concerne l’histoire de la psychanalyse en France, l’apport de Lacan, pour génial et mettant en crise le caractère massivement directif de l’enseignement de Freud (voir Moustapha Safouan, Le Transfert et le Désir de l’analyste, Seuil, 1988), n’a pas été sans réintroduire une certaine directivité. Leclaire, comme d’autres de ses élèves (Perrier La Chaussée d’Antin : Œuvre psychanalytique I., Paris, Albin Michel, 2008 et La Chaussée d’Antin II. : Œuvre psychanalytique II., Albin Michel, 2008), Lucien Israël (Boiter n’est pas pécher, Arcanes/Erès, 2010)…), proposent de mettre en crise de l’intérieur de l’apport lacanien le reste de directivité qui habite l’enseignement de Lacan.

(8) : Plus en détails, Jorge Reitter débat avec son ami Fabrice Bourlez sur cette question du complexe d’Œdipe. Dans son fort intéressant ouvrage Queer psychanalyse (Hermann, 2018), Fabrice Bourlez propose en effet une psychanalyse post-oedipienne, nourrie en premier lieu de Deleuze et de Guattari (L’Anti-Œdipe, Paris, 1972).

(9) : Heteronormativity and Psychoanalysis, p. 15.

(10) : J. Lacan, Le Séminaire, Livre XIX, Ou pire, 1971-1972, 15.12.71, éd. Valas, p. 27.

(11) : Pour un telle psychanalyse freudo-lacanienne ouverte, voir: Benjamin Lévy, L’ère de la revendication, Flammarion, 2022 ( https://dimitrilorrain.org/2022/01/18/a-noter-la-sortiede-louvrage-de-benjamin-levy-lere-de-la-revendication-flammarion-janvier-2022/); Dimitri Lorrain, « Apports de la psychanalyse créative », in Lettre de la FEDEPSY n°10, juillet 2022 (https://dimitrilorrain.org/2022/07/22/apports-de-la-psychanalyse-creative-texte-paru-dans-lettre-de-la-fedepsy-n10-juillet-2022/; André Michels, « De la pulsion comme subversion du genre », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Erès, 2018.; Stéphane Muths, « ’’Un garçon dans un corps de fille’’, identités de genre et effraction pubertaire », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Choisir son genre ?, op.cit., p. 99-120; Jonathan Nicolas, « A l’ombre des jeunes gens en fleurs, une esquisse des identités adolescentes », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Choisir son genre ?, op.cit., à. 169-180; Frédérique Riedlin, « Sur un air de famille(s). À partir d’une question de Judith Butler. La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Toulouse, Erès, 2018. Voir notre réflexion collective au séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » (FEDEPSY): https://dimitrilorrain.org/seminaire-freud-a-son-epoque-et-aujourdhui/

(12): Pour cette démocratisation, voir Benjamin Lévy, op. cit.

(13) : Sur Hirschfeld et la proximité de Freud avec lui, voir P. Gherovici, Transgenre, Lacan et la différence des sexes, Stilus, 2021, p. 82-91.




Chères amies, chers amis,

Je relaie ici les vidéos du colloque « Qui a peur de la déconstruction? » organisé par Isabelle Alfandary (professeur à l’Université de la Sorbonne Nouvelle, ancienne présidente du Collège international de philosophie), Anne Emmanuelle Berger (professeure émérite de littérature française et d’études de genre, Université Paris-8 / CNRS, Visiting Melodia E.Jones Chair, University at Buffalo) et Jacob Rogozinski (professeur émérite à la Faculté de philosophie de Strasbourg).

Les vidéos se trouvent sur la chaîne Youtube « Opium philosophie ».

Voici l’argument :

« En janvier 2022, s’est tenu à la Sorbonne un colloque intitulé “Après la déconstruction. Reconstruire les sciences et la culture”. Multipliant les contresens, les intervenants de ce colloque se sont attaqués aux recherches féministes et décoloniales, au soi-disant “wokisme” et par-dessus tout à la “déconstruction”, dénoncée comme une entreprise “nihiliste”. Sous ce nom, ils s’en sont pris aux œuvres les plus créatives de la philosophie française contemporaine, celles de philosophes comme Jacques Derrida, Michel Foucault, ou Gilles Deleuze.

Nous ne pouvons pas laisser dire que la déconstruction est destructrice, alors qu’il s’agit d’une démarche affirmative et inventive, qui s’efforce de redonner du jeu et de la vie à la pensée. C’est pourquoi nous organisons en janvier 2023 un colloque intitulé “Qui a peur de la déconstruction ?” afin de donner à entendre les voix de celles et ceux qui se revendiquent, à un titre ou un autre, de cet héritage intellectuel.

Nous voulons montrer comment la déconstruction a essaimé de manière féconde dans différents domaines de la recherche. En mettant en question les préjugés phallocentriques, elle a rendu possible l’analyse de la construction des identités de genre et un renouveau de la théorie psychanalytique. En s’interrogeant sur la prédominance de la métaphysique occidentale, elle a favorisé l’écoute de pensées subalternes et l’essor des recherches décoloniales.

Derrida en était venu à identifier la déconstruction avec la promesse d’une “démocratie à venir”. C’est bien la démocratie qui est en jeu et en danger dans l’Université et la société. C’est la liberté d’exercice et de diffusion de la pensée que nous voulons réaffirmer.’

Programme

Jeudi 19 janvier – École Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, salle Dussane

Matin

-modératrice : Anne-Emmanuelle Berger (Université Paris 8, CNRS-LEGS)

-9h : présentation : Isabelle Alfandary (Université Sorbonne Nouvelle), Anne-Emmanuelle Berger (Université Paris 8, CNRS-LEGS), Jacob Rogozinski (Université de Strasbourg)

-10h : Denis Kambouchner (Université Panthéon-Sorbonne), Pourquoi lire Derrida 

-11h30 : Ginette Michaud (Université de Montréal), Du virus et de ses variants (retours sur le ressentiment, le racisme et le « wokisme »)

Après-midi

-modérateur : Jacob Rogozinski (Université de Strasbourg)

-14h30 : Marc Crépon (ENS-Ulm) L’inconditionnelle condition de la paix

-15h30 : Étienne Balibar, Un messianique sans messianisme est-il pensable ?

-17h : Danielle Cohen-Levinas (Sorbonne-Université), Plus d’une langue

Vendredi 20 janvier – Université Panthéon-Sorbonne,

12 place du Panthéon, salle 216

 Matin

-modérateur : Giustino De Michele (Université Paris 8)

-9h : ouverture : Sandra Laugier (Université Panthéon-Sorbonne)

-9h15 : Marta Segarra (CNRS-LEGS), Déconstruction des barrières entre les genres et les espèces : Hélène Cixous

-10h30 : Avital Ronell (New York University), Fight Cage

-11h30 : Marc Goldschmit (Collège International de Philosophie, Paris), Allégorie et analyse critiques de la religion – Benjamin, Freud, sources modernes de la déconstruction 

Après-midi 

-modératrice : Léonore Brassard (Université Paris 8, CNRS-LEGS)

-14h30 : Monique David-Ménard (Université Paris-Cité), Critique, déconstruction et affirmation de la pensée 

-15h30 : Seloua Luste Boulbina (philosophe, Paris), Les souterrains de la déconstruction

-17h : Hélène Merlin-Kajman (Université Sorbonne Nouvelle), Avoir ou ne pas avoir peur :  telle est la question 

Samedi 21 janvier, École Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm, salle Dussane

Matin

-modératrice : Claire Finch (Université Paris 8, CNRS-LEGS)

-9h : Fabrice Bourlez (ESAD, Reims), Les queer et le tact de la déconstruction

-10h : Stéphane Habib (psychanalyste, Paris), L’usure des mots

-11h30 : Marta Hernandez (Université Catholique de Louvain), Expliquer n’est pas (du tout) justifier

Après-midi

-modératrice : Isabelle Alfandary (Université Sorbonne Nouvelle)

-14h30 : Aurélien Barrau (Université Grenoble Alpes), Trahir par amour

-15h30 : Raphael Zagury-Orly (Institut Catholique de Paris), Le judéo-franco-maghrébin – “Une loi un peu folle”

-17h : Sam Weber (Northwestern University), Dé-limitation

Avec le soutien de :

  • UMR-LEGS : CNRS, Paris 8, Paris-Nanterre
  • Melodia E. Jones Chair, Department of Romance Languages and Literatures, The University at Buffalo
  • EA PRISMES, Université Sorbonne Nouvelle


Présentation de l’éditeur (extrait de la préface de David Le Breton):

« Coordonné par Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas, cet ouvrage offre une série de variations sur la notion de “genre”, une notion qui traduit aujourd’hui à la fois la conscience approfondie de ce que le lien social est toujours au fondement de nos représentations, et le fait que ses objectivations soient révocables si l’on ne s’y reconnaît pas. Longtemps décrit comme “naturel”, le genre est désormais perçu comme une décision propre, un choix.

L’individualisation du lien social ne cesse d’élargir la marge de liberté des acteurs. Le concept de genre en sciences sociales vise à définir les représentations, les valeurs, les rôles, les attitudes, associés au masculin et au féminin en tant qu’ils relèvent d’une construction sociale et culturelle. Les représentations de genre sont des scripts à la disposition des acteurs. Les notions d’“homme” ou de “femme” ne sont pas des essences, elles se dissolvent sous les fictions plus ou moins partagées qui les mettent en scène au sein du lien social. L’individu construit l’évidence de ses comportements comme homme ou femme, sans en avoir toujours conscience, car il en a acquis le principe au cours de son enfance par la socialisation, et leur confirmation relève du jeu ordinaire de l’existence, de ce qui est tenu pour acquis.

Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas soulèvent une question polémique majeure : “Peut-on encore s’interroger sur ce que serait, pour chacune et chacun, être un homme ou le devenir, être une femme ou le devenir, ce qui relèverait de la masculinité ou de la féminité ? Ou faut-il – comme l’espèrent certains – en finir définitivement avec le genre ? Abandonner toute classification qui serait potentiellement stigmatisante ? » »

Avec les contributions de Natacha Aubry, Éric Bidaud, Maxime Duviau, Eva Feigerlova, Christophe Gauld, Bernard Golse, Serge Hefez, Mélanie Jacquot, David Le Breton, Gaëlle Légo, Aurélien Lubienski, Stéphane Muths, Frédérique Riedlin, David Risse, Martin Roth, Anne Thévenot, Julia Vesque et Mélissa Wolff.

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Une rencontre aura lieu le mardi 28 mars 2023, à la MISHA, Allée du Général Rouvillois, 67000 Strasbourg, en partenariat avec les laboratoires SULISOM et LINCS de l’Université de Strasbourg, la Maison des
adolescents… Plus d’informations à venir.


Ces deux journées d’études interdisciplinaires entre art et écologie sont proposées par l’Unité de recherche Approches contemporaines de la réflexion et de la création artistiques la Cryogénie — espace de recherche-création de l’Université de Strasbourg. Elles sont coordonnées par Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR et Katrin Gattinger, artiste et MCF HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg.

Ces journées d’études interdisciplinaires sont pensées dans le contexte des nouvelles conditions planétaires (réchauffement climatique,pandémie…), et se focalisent en particulier sur les animaux sauvages en ville, les animaux liminaires, leur présence dans les milieux agricoles et urbains, les gestes et traces qui témoignent de leurs agentivité et de leurs stratagèmes d’adaptation, ainsi que le potentiel de l’art à les représenter pour renouveler récits et sentir autrement. Il s’agira ainsi d’engager, à partir de pratiques artistiques, gestuelles ou comportementales, des questionnements autour de la cohabitation humain/non-humain, et cela particulièrement depuis l’angle de la ruse et/ou de l’appropriation. Et cela afin de spécifier les enjeux d’une interrogation croisée entre les questions ainsi corrélées de l’habitat des vivants et des moyens rusés d’appropriation improvisée.

Ces journées d’études sont également associées à l’exposition de Katrin Gattinger, Plan B, qui se tiendra en Cryogénie – Espace de recherche-création de l’Université de Strasbourg à partir de janvier 2023.

Jeudi 24 novembre

9 h 30 — Katrin Gattinger, artiste et maîtresse de conférences HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg et Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR
Accueil
10 h — 
Katrin Gattinger, artiste et maîtresse de conférences HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg et Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR
Introduction
10 h 15 — Joëlle Zask, enseignante en philosophie à l’Université d’Aix- Marseille
 Le sauvage, une affaire de conduite
11 h — Matiline Paulet, anthropologue de l’environnement 
L’Homme et le goéland en ville : adaptations, ajustements des comportements et réciprocités des relations

Après-midi

14 h — Katrin Gattinger, artiste plasticienne et maîtresse de conférences HDR en arts plastiques à l’Université de Strasbourg
Sculpter l’irrévérence : Geste animal versus design défensif
14 h 45 — Pascal Carlier, docteur en éthologie
Être rusé en animal ou comment les animaux s’adaptent-ils à la nouveauté ? Un point de vue étho-phénoménologique
15 h 45 — Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR
Fernand Deligny, l’extension du domaine de la ruse ou pour une ruse commune à tout ce qui vit
16 h 30 — Anna Guilló, artiste et professeure des universités à Aix-Marseille Université
Quand on arrive en ville : le rat-l’hostile, la vie elle-même 

Vendredi 25 novembre

9 h — Sandrine Israel-Jost, philosophe et enseignante à la HEAR 
Accueil
9 h 30 — Chris Younès, psychosociologue, docteure et HDR en philosophie à l’École Spéciale d’Architecture
À l’épreuve des métamorphoses des manières de coexister et cohabiter en ville avec l’animal
10 h 15 — Jean Estebanez, géographe et maître de conférences à l’UPEC
Ruses, limites et continuités au zoo : quels rapports à l’animalité ?
11 h — Ivana Adaime Makac, artiste plasticienne
Bombyx mori et stegobium paniceum : vies assistées, vies autonomes. Deux modes d’existence au sein d’une démarche artistique
11 h 45 — Cyrille Bret, historien de l’art et professeur à la HEAR
Usages animaux de l’art. Entre cadrage anthropique et appropriation animale, la lutte des places entre humains et non-humains dans l’interaction artistique
12 h 30 —
Conclusion des journées d’études

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Jeudi 24 et vendredi 25 novembre
Palais Universitaire — Salle Fustel
9, place de l’Université à Strasbourg
Ouvert au public

Chères amies, chers amis,

Je vous mets ici le lien vers le site du très beau livre de Pascale Lemler (initialement sorti chez bf en 2009) :

http://www.pascale-lemler.fr/index.html

(Pour le demander, vous pouvez écrire à l’auteure depuis cette page :

http://www.pascale-lemler.fr/telechargement.htm)

Même si, au regard de son sujet, il est difficile de mettre des mots sur ce récit poétique, j’aimerais ici avancer que ce très beau texte, alternant prose, poèmes et élaboration de la tradition juive, témoigne, je dirais, d’un cheminement à travers les mots, pour dire l’Histoire.

Cette Histoire est l’Histoire Plus qu’Infiniment Tragique des membres d’une famille  assassinés lors de la Shoah.

Mais c’est aussi l’Histoire de ceux qui ont survécu, et qui, si marqués par l’Horreur, et malgré Elle, ont parlé – parlé de biais, énigmatiquement.

Et puis c’est encore l’Histoire des mots, énigmatiques donc, qui ont été transmis par ces survivants.

Enfin, c’est l’Histoire de la traversée de ces mots, traversée tragique, poétique, mais aussi, d’une certaine manière, rituelle.

C’est ainsi que ce livre ouvre à la transmission.

Il ouvre à une transmission qui aide à se positionner face au terrible et infini tremblement qui nous emporte, dès qu’on accepte d’essayer d’ouvrir les yeux sur l’interminable trou noir de la Shoah.

En tout cas, pour ma part, le livre de Pascale Lemler m’a aidé dans ce travail de positionnement.

Parce que faire (littérairement, psychanalytiquement, historiquement, philosophiquement…) l’histoire des mots, l’histoire des mots des autres dans nos mots, l’histoire de nos mots réinventant les mots des autres ; parce que faire cette histoire des mots, donc, et traverser ces mots par là-même, aide à se positionner face à ce qu’il est impossible de cadrer.

Plus encore, la force de l’écriture de Pascale Lemler réside dans le fait d’aller vers l’enfance – vers l’infans, l’être en nous qui ne parle pas mais qui s’abreuve des mots des autres.

Par là même, son écriture, d’ailleurs  nourrie (cela s’entend) de la pratique de la psychanalyse, va vers la détresse fondamentale (Hilflosgkeit, dit Freud) que l’enfant a d’ailleurs souvent la force de porter – plus souvent d’ailleurs que l’adulte, peut-être.

Ainsi cette écriture, à l’écoute d’une voix se déployant dans les mots, fait-elle naître un « Je ». Ce « Je » énonce ses mots depuis cette détresse fondamentale qui est la sienne, mais qui est aussi celle des siens, tout en même temps. Ce pour traverser, en plus de ces mots, cette détresse plurielle.

Ici un court extrait :

 « Ils avaient été ceux que tu suivrais, ceux après lesquels tu viendrais. Tous, tu ne les as pas connus, mais ils ne t’étaient pas tous inconnus. Dans l’air que tu respirais, partout ils murmuraient ; lorsque tu inspirais, en ton son souffle, régulièrement, passaient ces oubliés dont le souvenir toujours revenait » (p. 24).

Ici aussi une belle mise en voix par Sabine Lemler à la librairie Bisey à Mulhouse (1er juin 2010) :

(Mise en voix : Sabine Lemler

Lecture et chant : Violaine Marine Helmbold et Anne Somot 
Musique/saxophone : Léonard Kretz)

Ici enfin le discours de Pascale Lemler, le 1er mai 2019, pour la pose de la Stolperstein de la famille Loeb-Bloch :

http://www.stolpersteine.lautre.net/wp/famille-loeb/discours-de-pascale-lemler/

Pascale Lemler est écrivaine. Elle a enseigné les Lettres en collège et lycée à Strabourg.
Sabine Lemler est metteure en scène de la compagnie VIA (Voir Imaginer Agir) (1).


NOTE :

(1) : COMPAGNIE VIA :

https://www.facebook.com/profile.php?id=100086667655691

Chères amies, chers amis,

Je me permets ici de vous informer de la sortie du très beau roman de mon amie Emmanuelle Favier, « La Part des cendres » (Albin Michel, 2022), grande fresque historique pleine de poésie et de délicatesse.

Emmanuelle Favier est écrivaine, poétesse et dramaturge.

Quatrième de couverture :

« De l’incendie de Moscou au manoir de Kerlan en passant par Dresde, Odessa, la Carinhall de Goering, Nuremberg et New York, deux siècles de tumulte ou le fol itinéraire d’un petit coffret contenant un trésor, symbole de la grande Histoire des spoliations et des guerres.

Fresque monumentale où l’on croisera les monstres et les héros modestes de l’Histoire, les crapules et les martyrs, La Part des cendres entrelace avec génie les fils de cette toile qui fait l’humanité – son courage, sa ferveur et son avidité. »

.

Ici deux très passionnantes interviews:

– sur France culture le 4.9.22 avec Mathias Énard :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-entretien-litteraire-de-mathias-enard/l-histoire-comme-moteur-romanesque-entretien-avec-emmanuelle-favier-2281156

– sur RCJ le 22.8.22 avec Sandrine Sebbane :

Comme dans son roman, elle nous parle entre autres des questions de la subjectivité, de l’élaboration romanesque du réel historique, de la mémoire, de la Shoah, du transgénérationnel, de la Mission de recherche et de restitution du Ministère de la Culture (1), de la Résistance.

Ici deux belles citations de ce qu’elle nous dit dans ces interviews :

 « Mon obsession, c’est de traquer ce dont on hérite. Qu’est-ce qu’on fait de ce qu’on nous transmet ? Est-ce qu’on en fait un fardeau ? est-ce qu’on en fait un élan ? C’est un peu le sujet de tous mes livres… ».

« Pour moi, la langue doit absolument chercher à ouvrir une sorte de porte à double fond qu’il y aurait derrière les mots : sortir du premier niveau du langage et de ce qu’il nous donne à entendre, pour essayer de comprendre ce qu’il y a derrière ».

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Romans :

– Le courage qu’il faut aux rivières, Albin Michel, 2017

– Virginia, Albin Michel, 2019

– La Part des cendres, Albin Michel, 2022

Poésie :

– À chaque pas, une odeur, Librairie-Galerie Racine, 2002

– Dans l’éclat des feuilles vives, La Musaraigne, 2005

– Le Point au soleil, Rhubarbe, 2012

– Le soleil vient d’en face, Rhubarbe, 2021

Nouvelles :

Confession des genres, Luce Wilquin, 2012

– Une lettre, Rhubarbe, 2014

– L’Œil d’Artemisia, Malo Quirvane, 2020

– Les Funérailles de Roberto Bolaño, La Guêpine, 2020

– Allons dans le grand vent, Rhubarbe, 2021

– Toutes ces choses qui passent, Rhubarbe, 2022

– Le Chant du syrinx, La Guêpine, mai 2023 (à paraître)

Traduction :

– La Mégère apprivoisée, de William Shakespeare, Les Belles Lettres, sept. 2023 (à paraître)

Album :

avec Jean-François Demay et Fabien Montes, Rimbaud, Formulette production, 2015

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NOTE :

(1) : https://www.culture.gouv.fr/Nous-connaitre/Organisation-du-ministere/Le-secretariat-general/Mission-de-recherche-et-de-restitution-des-biens-culturels-spolies-entre-1933-et-1945

Mikveh (attest to Infinite Affliction) (poem)

Here it is

this ritual bath

this Mikveh

magnificently Roman

a thousand years old

in Speyer

this important city

for the Jewish community

in the Middle Ages

.

here they are

this deep staircase

these flowered columns

these steps marked with the footsteps

of so many past bodies

of this immense

and infinitely wounded

but still vivid

tradition

.

here it is

these deep waters

in which these bodies

infinitely purified themselves

to bind themselves to

the infinite texts

of the Jewish tradition

read there

back then

nearby in the Synagogue

whose rose and white ruins

stood

near the Mikveh

.

but visiting such a memorial place

here in Germany

orients my body

toward the Infinite Affliction

facing the More than Infinite

Horror of the

Shoah

and of the endless pogroms

across History

.

and I feel faint

facing the More than Infinite Horror

of impossible words

because

what could I call 

this ?

.

and how could I talk about this Mikveh

without talking

about what cannot be named ?

.

and without mentioning

about my goy life in 2022

my nights of cold nightmares

after this visit?

.

then I

need to attest

to my Infinite Affliction

facing the More than Infinite

Horror

that is

silently

there

in the shadow of History

and that haunts our nights

as it haunts and dims

the marvelous light

of this beautiful autumn day

in Speyer

just as it always will

haunt and dim

this light

and us

.

Dedicated to Benjamin Lévy

Version française du poème:

**

Thanks to Jamie McPartland for the rereading.

She’s a writer and editor. Here is an interview about her work:

Meet Jamie McPartland, 2022 Oregon Literary Fellow

Mikveh (témoignage d’une Affliction Infinie) (poème)

Ainsi le voici

ce bain rituel

ce Mikveh

superbement roman

de presque 1000 ans

à Spire

cette ville si importante 

pour la communauté juive

au Moyen Age

.

ainsi les voici

cet escalier profond

ces colonnes fleuries

ces marches imprégnées des pas

de tant de corps du passé 

de cette tradition immense et infiniment blessée

mais toujours vivante

.

ainsi la voici

cette eau profonde

dans laquelle ces corps se sont 

infiniment purifiés

pour se relier

à l’infini jeu de textes

de la tradition juive

lus là

à l’époque

juste à côté 

dans la Synagogue 

dont les ruines roses et blanches

sont érigées 

à côté du Mikveh

.

mais visiter un tel lieu de mémoire

ici en  Allemagne

oriente avant tout

mon corps 

vers l’Infinie Affliction 

face à l’Horreur Plus qu’Infinie

de la Shoah

et des pogroms sans fin 

de l’Histoire

.

et mon corps défaille aussi ici

face à l’Horreur Plus qu’Infinie

des mots impossibles 

car comment peut-on nommer 

ceci ?

.

et comment pourrais-je parler de ce Mikveh 

sans parler aussi

de ce qu’on ne peut nommer?

.

ni sans évoquer 

au petit niveau de ma vie de goy de 2022

mes nuits de cauchemars 

après cette visite?

.

ainsi il ne me reste plus qu’à essayer de témoigner

de mon Infinie Affliction 

face à l’Horreur Plus qu’Infinie

qui est là silencieuse 

dans l’ombre de l’Histoire

et qui hante nos nuits

comme elle hante la lumière sublime

de cette si belle journée d’automne

à Spire

et comme elle ne cessera jamais de la,

et de nous,

hanter

.

(je dédie ce texte à Benjamin Lévy)

Version anglaise du poème:

Chères amies, chers amis,

Comme j’en ai parlé récemment avec différents amis, je vous mets ici en PJ deux textes publiés (en français et en espagnol) de 2014 sur Michel-Ange comme artiste et comme poète (car Michel-Ange est aussi un immense poète). Ils traitent du « Jugement Dernier » et de ses superbes poèmes, à la fois fort délicats et très directs. J’y propose un éclairage personnel, quelque peu nouveau, sur le « Jugement Dernier ».

J’y parle de la « mélancolie » au sens de la médecine ancienne, et non pas au sens moderne, psychiatrique ou psychanalytique. A la Renaissance, la créativité, poétique, artistique, intellectuelle, existentielle, était associée à la mélancolie pour peu qu’elle soit traversée de manière inventive – « métaphorique » dit (le Pseudo-)Aristote dans son texte le Problème XXX, 1 qui a élaboré cette idée largement reprise à la Renaissance.

Dans ces textes, je me suis appuyé sur l’histoire de l’art et des images telle qu’elle est envisagée par Aby Warburg (1), et à sa suite par ceux qui ont de manière si féconde travaillé son apport, comme Georges Didi-Huberman (EHESS) et Horst Bredekamp (Univ. Humboldt, Berlin) – chez qui j’ai eu l’honneur d’être Visiting Fellow en 2011-2012. Autant d’auteurs nourris de la psychanalyse (2).

Dans ces deux textes, j’élabore aussi largement sur la question écologique du rapport entre non-humain et humain. Je me suis ici appuyé sur les apports de l’anthropologie sociale, et particulièrement de l’oeuvre de Philippe Descola (élève de Claude Lévi-Strauss, et qui a été titulaire la Chaire d’Anthropologie Sociale au Collège de France, et avec lequel j’ai eu la chance de collaborer) avec qui j’ai eu la chance de collaborer) (3) mais aussi des anthropologues du Laboratoire d’Anthropologie Sociale. En effet, j’ai eu le plaisir d’animer un séminaire au Collège de France entre 2011 et 2013, intitulé « Littératures et anthropologie », avec deux anthropologues, Corinne Fortier et Salvatore d’Onofrio.

Je les ai écrits à une époque où je n’étais pas solidement initié à la psychanalyse, mais je m’intéressais déjà à l’histoire de la sexualité (à la Renaissance). Il y a dans certains de ces textes des choses que je formulerais autrement maintenant.

Le premier texte a été publié avec le Centre Allemand d’Histoire de l’Art à Paris (DFK), dans un volume dirigé par Georges Didi-Huberman (EHESS) , Lena Bader (DFK) et Johannes Grave (Univ. Iena): « Mélancolie et parole sur l’image chez Michel-Ange », in G. Didi-Huberman et al (dir.), Sprechen über Bilder – Sprechen in Bildern, Deutscher Kunst Verlag, Berlin, 2014, p. 159-172. Il est en français.

Le second texte a été publié avec le Colegio de Mexico et le Laboratoire d’Anthropologie Sociale, dans un volume dirigé par Karine Tinat (El Colegio de Mexico) et Dimitri Karadimas : « Creencia y sexualidad en la gaya ciencia de El Juico Final », D. Karadimas et K. Tinat (dir.), in Sexo y fe. Lecturas anthropologicas de creencias sexuales e prácticas religiosas, El Colegio de Mexico, Mexico, 2014, p. 47-68. Il est en espagnol.

Ici le lien vers l’ouvrage en ligne:
https://books.google.de/books?id=KNY2CAAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=de#v=onepage&q&f=false

Brillant et sympathique anthropologue, Dimitri Karadimas est malheureusement décédé en 2017. ici un lien vers ses travaux fort passionnants: http://las.ehess.fr/index.php?2120

Une dernière précision: Karine Tinat, Corinne Fortier, Dimitri Karadimas, Salvatore D’Onofrio sont (ou était) tous des élèves de Françoise Héritier et de sa très importante anthropologie du masculin/féminin (voir l’ouvrage du même nom chez Odile Jacob) (elle aussi élève de Claude Lévi-Strauss, elle a été titulaire de la Chaire d’Anthropologie Sociale au Collège de France avant Philippe Descola).

NOTE

(1) : Ici le lien vers mon intervention sur le cheminement intellectuel et psychanalytique d’Aby Warburg:

(2): Georges Didi-Huberman déploie son élaboration symptomale des images dans « L’image survivante » (Minuit, 2002). Horst Bredekamp élabore sur Lacan pour sa théorie de l’image dans « Théorie de l’acte d’image » (La Découverte,2015, trad. F. Joly).

(3): De Philippe Descola, voir particulièrement son opus « Par-delà nature et culture » (Gallimard, 2005) et son livre sur les images « Les formes du visible », Seuil, 2021). J’aimerais aussi citer son engagement écologique allant de pair avec son apport.

LES DEUX TEXTES:

Chères amies, chers amis,

Je relaie ici l’information de la tenue du Festival d’idées « Habitabilités : architecture, ville et nature à l’ère de l’anthropocène » qui se tiendra à Strasbourg au Phare Citadelle les vendredi 21 et samedi 22 octobre.

Autour de conférences, de visites, de projections et de tables rondes, le festival nous invite à réfléchir sur les manières collectives de construire, de penser l’urbanisme et sa relation à la nature, et de vivre en ville ensemble face aux enjeux écologiques.

Les manières de fabriquer l’architecture et la ville évoluent, tout comme notre regard sur les conditions actuelles de l’habitabilité de la Terre. Ce festival d’idées vise à faire dialoguer la philosophie, l’histoire, le cinéma, les architectes, les urbanistes et les citoyens, pour partager un moment de réflexion sur nos modes de vies et les potentiels à notre portée pour les faire évoluer. Il explorera les nouveaux rapports entre la ville et la nature mais aussi les modèles architecturaux et urbains alternatifs qui émergent en ce sens.

Auront lieu deux conférences majeures pour l’architecture :

Michael Ghyoot pour l’agence belge Rotor, le vendredi 21 octobre à 19h,

Le philosophe Philippe Simay et l’architecte Clara Simay de l’agence Grand Huit, le samedi 22 octobre à 18h.

Autour de ces moments nous discuterons avec Joël Danet du Lieu documentaire qui présentera le film Milieu, la philosophe Joëlle Zask, Syamak Agha Babaei, premier adjoint à la maire de Strasbourg, Yannick Grosse de l’agence Prototip pour présenter le projet Phare Citadelle, et l’historien Sylvain Piron.

Cet événement se tiendra dans la grande halle du tiers-lieu Phare Citadelle, 11 rue de Nantes (tram ligne D arrêt Citadelle).

L’entrée est libre et gratuite.

En parallèle de cet événement, le Phare Citadelle est ouvert à la restauration à partir de 17h et programme des sessions de DJ Set à partir de 19h. (https://phare-citadelle.eu/)

Ce festival d’idées s’est construit dans le cadre du projet USIAS « Par-delà ville et nature » porté par le philosophe Mickaël Labbé. Il s’inscrit dans le cadre de la programmation culturelle des Journées de l’Architecture qui court sur tout le mois d’octobre en Alsace, à Bâle et au Bade-Wurtemberg, dont le thème de l’édition 2022 est « Architecture & Ressources ».