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L’Association Social à venir propose une rencontre avec David Le Breton (anthropologue, Univ. Strasbourg), en conversation avec Thierry Goguel d’Allondans (anthropologue, Univ. Strasbourg).

Mardi 29 octobre 2024 à 17h30

Salle de conférences de l’association Ithaque 12, rue Kuhn 67000 Strasbourg (3e étage)

Entrée libre — plateau à la sortie

Autour de son livre La fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale, Métailié, 2024.

Communiquer n’est pas parler. Il suffit de jeter un coup d’œil sur n’importe quelle rue, n’importe où dans le monde, et de chercher le nombre de passants qui ne cheminent pas les yeux fixés sur leur portable. Les usages sociaux des techniques de communication ont radicalement changé la vie quotidienne et les modalités de relations aux autres. Elles ont affecté en profondeur l’intimité et ébranlé particulièrement la conversation qui était la matrice première de la sociabilité. La communication, c’est l’interposition de l’écran dans la relation à autrui, la distance, l’absence physique. Utilitaire, efficace, elle appelle une réponse immédiate et exige une disponibilité absolue. La conversation relève de la gratuité, de la flânerie, elle est une parole partagée. Il s’agit d’être ensemble et de dialoguer en prenant son temps. Si la communication fait disparaître le corps, la conversation sollicite une présence mutuelle. Le silence dans la conversation est une respiration, dans la communication c’est une panne. David Le Breton nous fait prendre conscience du danger de cette nouvelle absence au monde et des souffrances qu’elle provoque. Il nous incite à rester capables d’échanger des sourires avec des inconnus et de parler ensemble de la pluie et du beau temps. Juste rester humains.

Pour celles et ceux qui le souhaiteraient, il sera possible grâce à la librairie Quai des Brumes d’acquérir l’ouvrage sur place au prix de 15 euros (payable en espèces ou par chèque à l’ordre de Quai des Brumes).

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Social à venir est une association de soutien à la formation et aux métiers du social: https://www.socialavenir.eu/

Ithaque est une structure d’accueil, de prévention et de soins concernant l’ensemble des addictions: https://ithaque-asso.fr/

Je vous informe ici d’un séminaire auquel je me réjouis beaucoup de participer. C’est le séminaire animé par Georges Bocchini-Revest et Jean-Pierre Marcos, lié à la SPF, et intitulé : « Langue affectée / discours désaffectés et affects retranchés » qui a lieu à Marseille en présentiel et sur zoom, sur inscription.

De 9h30 à 12h

Dates : les samedis 12/10/204, 23/11/2024, 14/12/2024, 18/1/2025, 1/2/2025, 8/3/2025, 5/4/2025, 17/5/2025, 14/6/2025

Lieu : Les Arcenaulx, 25 cours Estienne d’Orves, 13001 Marseille

Format : hybride (zoom)

Texte de présentation

La clinique analytique via l’analyse du transfert nous pousse à réfléchir à la fonction de traducteur, de transmetteur, face à des affects – ou à l’absence curieuse d’affects – non reliés à des représentations, qu’il nous arrive parfois de pratiquer. Si l’affect s’enracine dans les éprouvés corporels, comment les interpréter dans les discordes des langages ? Tel sera le support de notre recherche cette année.

Avec Freud qui notamment, dans un passage du chapitre VI de L’interprétation du rêve s’applique à développer les différentes manifestations d’affects pour montrer que seule la représentation a été refoulée, alors qu’au contraire l’affect est toujours justifié puisqu’il n’a pas subi la censure, nous réfléchirons avec d’autres auteurs tels que Lacan, Piera Aulagnier, Joyce Mac Dougall.

Nos pratiques de cures actuelles ne nous obligent-elles pas, si nous tenons compte de la subjectivité de notre époque, celle de l’empathie et du tout émotionnel, à approfondir la recherche et à prendre ainsi en considération cette notion centrale de l’affect, sans pour autant remettre en cause le cadre et les fondamentaux de la psychanalyse ? Cette réflexion se nourrira d’autres travaux qui se sont développés dans la vie des idées ces dernières années et explorent avec de plus en plus d’intérêt le monde du sensible. Ainsi de Brouillards de peines et de désirs de Georges Didi-Huberman.

Pour s’inscrire, contacter l’un de nous par mail ou par téléphone:

Georgette BOCCHINI-REVEST

45, quai de Rive-Neuve
13007 Marseille
04 91 55 63 62
revest.georgette@wanadoo.fr

Jean-Pierre MARCOS

57 bis, rue de Tocqueville
75017 Paris
06 60 82 69 41
jnprrmrc@aol.com

Animé par Dominique Marinelli, Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain.

Le 1er jeudi du mois, à 21h.

Par Zoom.

Dates: 2/10/2025; 6/11/2025 ; 4/12/2025 ; 8/1/2026  ; 5/2/2026 ; 5/3/2026; 8/4/2026

Pour demander à participer, écrire à :

emmanuelle.chatelat@gmail.com ou à lorrain.dimitri@gmail.com .

Notre travail collectif portera sur les questions du « féminin » et du « masculin », concernant la clinique et la théorie psychanalytiques.

Nous nous intéressons à l’étude de l’œuvre et du geste de Freud dans son contexte historique et culturel (psychanalytique, psychiatrique, intellectuel, philosophique, littéraire, artistique, etc.). Nous essayons d’envisager la portée à la fois clinique, théorique et culturelle de son œuvre dans le contexte actuel. Il s’agit donc de lire Freud, de le discuter, afin d’ouvrir des pistes théoriques pour la clinique contemporaine. Ce en caractérisant la dynamique de son œuvre et la manière dont Freud a traversé ses propres résistances.

En ce sens, nous lisons Lacan, mais aussi et entre autres les élèves strasbourgeois de Lacan (par exemple Lucien Israël), afin de transmettre et de pratiquer un freudo-lacanisme solidement ouvert.

Pour travailler sur le contexte de Freud, nous étudions aussi le cheminement des femmes psychanalystes de l’époque de Freud et certaines grandes oeuvres, dont littéraires, de l’époque de Freud (Andreas-Salomé, Nietzsche, Rilke, Schnitzler, S. Zweig…).

Nous partirons du fait que les signifiants « féminin » et « masculin », et les autres signifiants liés au genre et à la sexuation, sont des catégories construites par des discours collectifs, à la fois historiques et culturels. Ils sont toujours énoncés depuis la parole du sujet, située dans son contexte discursif. Or, l’écoute analytique, lorsqu’elle est ouverte au contemporain, constate factuellement que notre contexte discursif est globalement marqué par des normes patriarcales, mais aussi hétérocentrées et binaires. Dès lors, comment, dans la cure, écouter les signifiants « féminin » et « masculin », et les autres signifiants liés au genre et à la sexuation, mais aussi les désirs, les fantasmes et les normes auxquels ils sont associés, depuis la dynamique de parole du sujet singulier, et sa situation singulière par rapport à ces normes ?

Toujours dans la cure, on pourra se demander ce que cela implique concernant la relation du sujet à sa et à la sexualité, à l’amour, à son orientation sexuelle, à son cheminement de genre, aux normes. Et ce que l’expérience de la cure nous apprend de l’évolution contemporaines des normes.   

Comment envisager la pratique et la pensée de Freud (prises dans leur contexte) au regard de ces interrogations ? Qu’est-ce que l’étude et la critique de son oeuvre nous apporte ? Et quelles implications cela peut-il avoir pour la pratique de la psychanalyse ?

Dans ce cadre, nous envisageons et discutons de manière psychanalytique les apports de l’anthropologie, de la philosophie (particulièrement Foucault), des pensées féministes et queer, et des études de genre, gaies, lesbiennes, trans, et sur la masculinité, les plus stimulantes. Nous envisageons aussi la psychanalyse contemporaine qui élabore de tels apports.

Cette année, nous nous intéresserons particulièrement aux premières théories de Freud (théories de la séduction et du fantasme) et à la pratique d’une psychanalyse soutenant à la fois le déploiement d’une dynamique créative de parole (1) et la reconnaissance de la réalité psychique (2), au regard de la prise en compte des violences sexuelles et de leur omniprésence dans nos sociétés et donc dans la clinique (3). Nous étudierons aussi les réflexions de Winnicott sur le « féminin »/ »masculin », sur la créativité dans le couple (et dans le sexe) et sur le cheminement clinique et théorique de Freud. Et puis nous envisagerons ce qu’il en est de l’orgasme.

Pour cela, nous invitons des intervenantes et des intervenants psychanalystes et appartenant aux champs connexes à la psychanalyse. Bref, le séminaire associe des personnes venant de différents champs, différentes générations, différents pays.

Notes :

(1) : Envisagée selon la lecture créative qu’a Lucien Israël (Boiter n’est pas pécher) de Lacan.

(2) : Selon l’exigence de Freud, posée au fondement de la psychanalyse : voir particulièrement Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse (Leçons d’introduction à la psychanalyse), 1916-1917.

(3) : Sur cette question, voir particulièrement le récent livre d’Isabelle Alfandary, Le scandale de la séduction , dont nous parlerons.

Programme 2025-2026 :

2/10/2025 : Dimitri Lorrain : « Cheminement de genre, lien subjectivant et subjectivation ; critique et mise en perspective de la théorie du ‘féminin’/’masculin’ chez Freud »

6/11/2025 : Virginie Valentin (psychanalyste et anthropologue ): « Retour sur Freud et sa ´neurotica’: malaise dans la séduction »

4/12/2025 : Sandra Baumlin (psychanalyste): « A propos du livre de Laurie Laufer, Vers une psychanalyse émancipée »

8/1/2026 : Frédérique Riedlin (psychanalyste); « L’orgasme: féminin? masculin? autre? » et Dimitri Lorrain : « Sexe créatif, satisfaction subjectivante et orgasme : élaboration avec Donald W. Winnicott (« Vivre créativement ») et Eve Kosofsky Sedgwick »

5/2/2026 : Dialogue avec Isabelle Alfandary (psychanalyste et philosophe) autour de son dernier ouvrage ‘Le scandale de la séduction. D’Oedipe à #Metoo’: échanges avec Dominique Marinelli, Emmanuelle Chatelat, Dimitri Lorrain…

5/3/2026 : Emmanuelle Chatelat (psychanalyste) sur le mythe de Jocaste

2/4/2026 : Ondine Arnould (philosophe) sur le « féminin » et le « masculin » chez Lou Andreas-Salomé

8/10/2026: Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain: Séance introductive de l’année

5/11/2026: Séance sur les réflexions de D.W. Winnicott concernant Freud, la créativité dans le couple et le ´féminin’/‘masculin’

Autres interventions et intervenants à venir :

Jorge Reitter (psychanalyste, Buenos Aires) sur Michel Foucault,Les aveux de la chair ; Benjamin Lévy (psychanalyste et philosophe); sur le « féminin » et le « masculin » d’après Lucien Israël dans Boiter n’est pas pécher; Eléments pour une histoire des femmes psychanalystes (3): Mélanie Klein; sur Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe; sur bell hooks, A propos d’amour et La volonté de changer; sur Daniel Boyarin, Unheroic Conduct: The Rise of Heterosexuality and the Invention of the Jewish Man; sur le « féminin » et le « masculin » chez Stefan Zweig et Schnitzler…

Bibliographie pour notre travail de cette année :

– Sigmund Freud, Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse (Leçons d’introduction à la psychanalyse), texte de 1916-1917

– Sigmund Freud, Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, PUF, nouvelle édition 2006

– Jacques Lacan, Le Séminaire Livre VI, 1958-1959, Le désir et son interprétation, 2013

– Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, érès-Arcanes, coll. Hypothèses, 2010

– Isabelle Alfandary, Le scandale de la séduction, PUF, 2025

-Dorothée Dussy, Le berceau des domination, Pocket, 2021

-Camille Froidevaux-Metterie (dir.), Théories féministes, 2025

– Nicolas Evzonas, Devenir trans de l’analyste, PUF, 2023

– Laurie Laufer, Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion, La Découverte, 2022

– Eve Kosofksy Sedgwick, Epistémologie du placard, Amsterdam, 2008, texte de 1990

– Donald W. Winnicott, « Vivre créativement », dans Conversations ordinaires, Gallimard, 1988, p. 54-77, texte de 1966

– Donald Winnicott, « Sigmund Freud », in Lectures et portraits, Gallimard, 2012, p. 281-290, texte de 1962

Bibliographie générale (non exhaustive) :

Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Gallimard, 1989

– Sigmund Freud, « Le tabou de la virginité » (1918), in La vie sexuelle, PUF, 1969

– Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), in La vie sexuelle, PUF, 1969

– Sigmund Freud, « La féminité » (1932), in Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, 2002

– Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XX, 1972-1973, Encore, Seuil, 1975

– Jean Allouch, « L’homosexualité en Grèce et à Rome », entretien avec Sandra Boehringer et Louis-George Tin,, https://www.jeanallouch.com/document/139/2010-Entretien-avec-Sandra-Boehringer-et-Louis-Georges-Tin (in Sandra Boehringer et Louis-Georges Tin, Homosexualité. Aimer en Grèce et à Rome
Les Belles Lettres, 2010

– Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe I. et II., Gallimard, 1949 et 1951

– Daniel Boyarin, Unheroic Conduct: The Rise of Heterosexuality and the Invention of the Jewish Man, University of California Press, 1997.

– Judith Butler, Défaire le genre, Amsterdam, 2013

– Fabrice Bourlez, Queer psychanalyse, Hermann, 2018

– Emmanuelle Chatelat, https://dimitrilorrain.org/2023/02/15/emmanuelle-chatelat-desirez-et-vous-etes-libre-car-un-desir-qui-nest-pas-libre-nest-pas-concevable-nest-pas-un-desir/

– Jacques Derrida, « Le facteur de la vérité », dans La carte postale, de Socrate à Freud et au-delà, Flammarion, 1980

– Jean-Pierre Dreyfuss, Jean-Marie Jadin, Marcel Ritter, Qu’est-ce que l’inconscient ?, Erès, 2016

– Michel Foucault, Les Aveux de la chair, éd. F Gros, Gallimard, 2018

– Camille Froidevaux-Metterie, La révolution du féminin, Gallimard, 2015

– Manon Garcia, La Conversation des sexes, Philosophie du consentement, Flammarion, 2021

– Olivia Gazalé, Le mythe de la virilité, Robert Laffont, 2017

– Patricia Gherovici, Transgenre : Lacan et la différence des sexes, Paris, Stilus, 2021

– Patricia Gherovici et Manya Steinkoler, Psychoanalysis, Gender and Sexualities: From Feminism to Trans*, Routledge, 2022

– Françoise Héritier, Masculin/féminin 1., Odile Jacob, 1995

– bell hooks, A propos de l’amour, Divergences, 2022

– Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, Arcanes-érès, 2010, particulièrement « Que reste-t-il de notre amour ? », p. 153-162

– Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Refaire famille. Pour en finir avec les stéréotypes de genre, Chronique sociale, à paraître en 2024

– Françoise Héritier, Masculin/féminin 1, Odile Jacob, 1995

– Ivan Jablonka, Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinités, Seuil, 2019

– Jean Laplanche, Problématiques II. Castration et symbolisations, PUF, 1980

– Thomas Laqueur, La fabrique du sexe : essai sur le corps et le genre en Occident, Gallimard, 2013

-Darian Leader, La jouissance, vraiment?, Stilus, 2020

– Lionel Le Corre, L’homosexualité de Freud, PUF, 2017

– Benjamin Lévy, L`ère de la revendication, Flammarion, 2022.

– Silvia Lippi et Patrice Maniglier, Soeurs, pour une psychanalyse féministe, Seuil, 2023

– Dimitri Lorrain, « Avec Stefan Zweig: penser la Vienne de Freud et le geste de Freud. Une

lecture du « Monde d’hier » », in Ephéméride 11, FEDEPSY, novembre 2020

Voir: https://dimitrilorrain.org/2020/12/04/avec-stefan-zweig-penser-la-vienne-de-freud-et-le-geste-de-freud-une-lecture-du-monde-dhier/

– Dimitri Lorrain, https://dimitrilorrain.org/2023/04/09/texte-dynamique-de-parole-creatrice-et-creation-du-lien-de-parole-desirant/

– Elissa Marder, « Glossâ and ‘Counter-Will: The Perverse Tongue of Psychoanalysis », in Patricia Gherovici et Manya Steinkoler, Psychoanalysis, Gender and Sexualities: From Feminism to Trans*, Routledge, 2022

– André Michels, « De la pulsion comme subversion du genre », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Erès, 2018

– Maggie Nelson, Les Argonautes, Seuil, 2017

– Gérard Pommier, La révolution du féminin, Pauvert, 2016

– Jorge N. Reitter, Heteronormativity and psychoanalysis. Oedipus gay, Routledge, 2022

-Jean-Michel Rabaté, Lacan l’irritant, Stilus, 2023

– Frédérique Riedlin, « Sur un air de famille(s). À partir d’une question de Judith Butler. La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Toulouse, Erès, 2018.

-Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

– Moustapha Safouan, Le Transfert et le Désir de l’analyste, Seuil, 1988

– Sylvie Steinberg (dir.), Une histoire des sexualités, PUF, 2018, avec des textes de Christian Bard, Sandra Boehringer, Gabrielle Houbre, Didier Lett, Sylvie Steinberg

– Guenaël Visentini, Penser et écrire par cas en psychanalyse. L’invention freudienne du style de raisonnement, PUF, 2024

– Stefan Zweig, Le Monde d’hier (1943), Livre de poche, 1996

Programme passé :

5/1/2023          Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain : « La situation contemporaine de la psychanalyse »

2/2/2023          Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain : « Le ‘féminin’ selon Freud et aujourd’hui »

2/3/2023          Frédérique Riedlin (psychanalyste) : « Le tabou de la virginité selon Freud » 

                           Dimitri Lorrain: « Elaborer psychanalytiquement la mutation culturelle contemporaine de l’individualisation du genre » (15mn).

6/4/2023          Thierry Goguel d’Allondans (anthropologue, Univ. Strasbourg) et Jonathan Nicolas  (psychologue) : « Anthropologie clinique des caméléons. A propos de Choisir son genre ? (ouvrage collectif qu’ils ont dirigé) »

4/5/2023          Stéphane Muths (psychanalyste) : « La bisexualité psychique selon Freud et aujourd’hui »

                        Karina Pacheco (philosophe, Porto Alegre) : « Le virilisme dans le Brésil de Bolsonaro » (15mn)

1/6/2023          Frédérique Riedlin et Dimitri Lorrain : Lecture de Lacan, Séminaire XX., Encore, leçon du 13/3/1973

9/11/2023        Dimitri Lorrain : « La psychanalyse, la subjectivation, le ‘féminin’: élaboration avec Michel Foucault et Simone de Beauvoir »

7/12/2023        Dominique Marinelli (psychanalyste) : « Eléments pour une histoire des femmes psychanalystes (1) : Rosenthal, Hug-Hellmuth, Hilferding, Eckstein. »

11/1/2024        André Michels (psychanalyste): « Les enjeux cliniques et politiques de la question trans »

1/2/2024          Dominique Marinelli (psychanalyste) : « Eléments pour une histoire des femmes psychanalystes (2) : Andreas-Salomé, Spielrein, Deutsch, Bonaparte, Mack Brunswick, Lampl de Groot. »

14/3/2024       Sandra Baumlin (psychanalyste) et Emmanuelle Chatelat : « La servitude volontaire (Lacan, Manon Garcia, La Boétie) »

4/4/2024          Emmanuelle Chatelat : « Eléments d’histoire du genre pour la psychanalyse »

3/10/2024 : Dimitri Lorrain :  « Comment parler psychanalytiquement aujourd’hui du « féminin » selon Freud? »

7/11/2024 : Catherine Klein (psychanalyste): « La fin de cure résonne-t-elle avec un amour Autre ? », suivie de Sandra Baumlin (psychanalyste): « Sur ‘Le mythe de la virilité’ d’Olivia Gazalé »

5/12/2024 : Jorge Reitter (psychanalyste, Buenos Aires) : « Amour et deuil dans le placard (sur Les plaines de Federico Falco »

9/1/2025 : Thierry Goguel d’Allondans (anthropologue, Univ. Strasbourg) et Jonathan Nicolas (psychologue clinicien, Univ. Strasbourg): A propos de leur ouvrage Refaire famille. Pour en finir avec les stéréotypes de genre (Chronique sociale, à paraître en 2024)

6/2/2025 : Stéphane Muths (psychanalyste, chargé de cours Univ. Strasbourg): « De la révolution des frères à celle des soeurs? (Freud, G. Pommier, Silvia Lippi et Patrice Maniglier) »

6/3/2025 : Emmanuelle Chatelat : A propos de Lucien Israël, « La castration dans le couple » dans L’amour de la transmission ; et Dimitri Lorrain : « Lien amoureux, sexe et subjectivation »

3/4/2025 :  Philippe Breton (psychanalyste, Univ. Strasbourg):  « La tentation de la violence entre honte et culpabilité »

L’Amicale des étudiants de philosophie organise un deuxième colloque après celui du 30 mai 2023 sur l’autorité (1). Cette année, le colloque est interdisciplinaire et portera sur le thème « Discours & Silence(s) ». Celui-ci aura lieu le mardi 02 et le mercredi 03 avril à la MISHA. Organisé par Aurélien Mandet (Master 2 – Recherche en Philosophie). En partenariat avec les facultés de philosophie, d’ethnologie et de lettres de Strasbourg.

Salle principale de la MISHA – 5 allée du Général Rouvillois à Strasbourg

Mardi 02 Avril :

  • 9h45 : Dimitri LORRAIN, psychanalyste et philosophe : Avant-Propos
  • 10h : David LE BRETON, anthropologue et sociologue : Anthropologie du silence
  • 11h : Alex MEURVILLE, étudiant en ethnologie: Au-delà du son. Chaîne opératoire de la fabrication d’une kora au Sénégal

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  • 14h : Thierry GOGUEL D’ALLONDANS , anthropologue: Eloge de la palabre dans les sociétés coutumières
  • 15h : Stéphane CLERJAUD, professeur de philosophie: Quel silence dans la méditation ?
  • 16h : Salomé PASTOR, doctorante en littérature française: Anarchisme et féminisme : quand la littérature brise le silence

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Mercredi 03 avril :

  • 10h : Guillaume KERTZINGER, étudiant en philosophie: L’homme et le Dieu d’Abraham : Le silence des vases brisés
  • 11h : Matthias COPIN, étudiant en philosophie: De l’être à l’Un : du discours comme médiation au silence

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  • 13h30 : Aurélien MANDET, étudiant en philosophie : Des discours aux dialogues : Sommes-nous dupes de la paix?
  • 14h30 : Léa DUMETIER (doctorante en littérature française : Le discours d’outre-tombe ou comment faire taire le silence

NOTE:

(1): Ici le texte de mon intervention lors du colloque sur l’autorité: https://dimitrilorrain.org/2023/06/09/texte-que-peut-nous-dire-la-psychanalyse-de-lautorite-et-de-la-transmission-aujourdhui/

Chères amies, chers amis,
J’aimerais ici dire quelques mots du très beau livre de Jean-Michel Rabaté, Lacan l’irritant (Stilus, 2023).
Dans cet ouvrage, il propose une mise en perspective de Lacan en insistant sur la dimension fécondement irritée et irritante de sa parole et de sa pensée – et plus encore du texte (ce que l’on pourrait appeler le « texte-Lacan ») que nous lisons lorsque nous fréquentons ses écrits et séminaires.
En effet, aux Etats-Unis, où Jean-Michel Rabaté vit et enseigne (Université de Pennsylvanie), existe à nouveau un grand intérêt pour Lacan comme pour la psychanalyse – tout comme il existe une psychanalyse, particulièrement freudo-lacanienne, fort créative. Ce regain d’intérêt est permis par l’essor de ce que l’on y appelle les studies (dont particulièrement les gender studies). Et l’éclairage de Jean-Michel Rabaté sur Lacan nous donne une piste novatrice pour donner à entendre d’une nouvelle manière l’enseignement de Lacan, mais aussi la psychanalyse, dans le nouveau contexte culturel qui existe aux Etats-Unis, mais aussi plus généralement.
En somme, contre tout anti-américanisme et contre tout conservatisme, il s’agit pour Jean-Michel Rabaté, comme il le dit dans la vidéo que je relaie plus loin, de rendre à Lacan et à la psychanalyse leur pouvoir irritant, sans aller jusqu’à l’offense. Pour aider le sujet contemporain, s’interrogeant souvent en termes d’identité (d’ailleurs socialement minoritaire : de genre ou autre), à justement ouvrir cette interrogation. Ce dans le nouveau contexte culturel, où, je dirais, le discours collectif, par ce questionnement en termes d’identité, rend maintenant – et fécondement – le sujet beaucoup plus sensible aux questions du pouvoir et de la violence désubjectivante, sous toutes leurs formes (1).

Dans sa réflexion sur l’identité, Jean-Michel Rabaté rejoint d’ailleurs la psychanalyse contemporaine qui accueille pleinement – et ne rejette donc pas – cette interrogation actuelle des sujets en termes d’identité, afin d’ouvrir à la levée du désir subjectif s’y trouvant bien souvent (2).
Dans mes termes, je dirais que, dans la lecture de Jean-Michel Rabaté, Lacan apparaît non pas comme une autorité discursive, mais comme le passeur irrité et irritant d’une conflictualité discursive et psychique. Cela vient ouvrir ce que les discours collectifs contemporains, seraient-ils aussi fécondement progressistes, ont tendance à refermer. Et, dans la cure pratiquée en s’appuyant sur Lacan, cela permet de rendre la parole du sujet à nouveau singulière, créative, et donc critique. Bref, l’affect d’irritation qui habite et que suscitent la parole et la pensée de Lacan – et plus encore le « texte-Lacan » – est bien le vecteur de l’ouverture d’une telle conflictualité, d’une telle créativité, d’une telle mise en crise. Ce, au niveau collectif, contre toute recherche de giron dans un discours collectif normatif. Mais aussi, ce qui va de pair, au niveau subjectif, contre toute refermeture de la parole du sujet sur la léthargie d’un confort qui obture la possibilité d’avancées subjectivantes à venir.
Ainsi, en nous donnant à lire Lacan comme un « trouble-fête » et un « taon dans la cité » (tel Socrate selon Platon), ce livre redonne à celui-ci sa dimension critique et subversivement créative.
Ce qui est ici critiqué et déconstruit par Lacan, tel que l’éclaire Jean-Michel Rabaté, c’est aussi la conception mainstream du sujet et de l’auteur. Cela lui permet de situer le « retour » de Lacan à Freud comme une « transformation » de la « discursivité psychanalytique fondée par Freud » – telle que l’a éclairé Foucault (p. 13).
Alors la psychanalyse apparait comme « à la fois un discours pris dans les sciences humaines, un discours portant sur la sexualité, le désir, le sujet clivé de l’inconscient, la topique du moi, les pulsions, et une archive, un système autopoïétique qui se révise sans cesse, un texte foisonnant et plein de lacunes qu’il s’agit de relire avec attention » (p. 20).
Plus encore, c’est bien, avec Freud et Lacan, l’existence de la « pulsion de mort » ou plus largement la destructivité pulsionnelle, qui est affirmée. Ce contre tout idéalisme visant à prendre le sujet dans un optimisme béat, dans un culte de la positivité (pensons par exemple à la psychologie positive) mystificateur. En somme, il existe inéluctablement chez l’être humain une « cruauté », une destructivité. Et cette « cruauté », cette destructivité, dans la parole ou dans l’écriture, doit pouvoir – comme nous l’enseignent Lacan et Winnicott – se déployer, et non pas être réprimée, pour se déployer de manière créatrice. Pour Lacan, « dans le travail d’écriture » (p. 75).
En ce sens, la lecture de Jean-Michel Rabaté passe aussi par l’éclairage du fait que la psychanalyse de Freud et de Lacan est à relier aux Lumières obscures (p. 106) au sens d’Adorno et de Horkheimer (3).
L’un des points les plus vifs et les plus ouvrants du livre est l’insistance – en écho à Derrida, et au débat entre Lacan et Derrida – sur le fait que le dernier Lacan est un Lacan élaborant la question de l’écriture. Ce point est certes bien connu des spécialistes et, mais le livre nous en offre un éclairage novateur.
Car la « mémoire » psychanalytique et culturelle que l’écriture, au sens de Lacan, déploie, consiste en une « mémoire qui se fabrique elle-même en gérant sa part d’oubli » (p 109). Bref, comme dit auparavant, l’écriture du texte-Lacan est une archive créative, elle est même le système autopoïétique d’un « écrivain pluralisé » (p. 115), « disséminant » (4) la « subversion du sujet » (p. 116). En ce point, d’ailleurs, Lacan met au travail Joyce qu’il a longuement médité, Joyce qui « détiss(e) » le tissage du texte (p. 142), le tissage de la mémoire culturelle dans laquelle nous sommes tous pris. Ce – en va-t-il là d’une éthique ? – afin que le sujet ainsi redéfini accède au geste de « s’autoriser de soi-même et d’un Autre » (p. 148), ce sans se prendre pour une autorité.
A mon sens, cela ouvre à une conception du psychanalyste – et de l’écrivain – comme tisseur, comme passeur critique et créatif, irritant et en cela porteur de nouveauté. A l’opposé de toute autorité (5) .
Plus encore, cela soutient le fait que le sujet, dans la cure analytique, déploie une telle mémoire, une telle écriture créative, mais aussi une telle élaboration ouvrante – et même sinthomale (je parlerai plus loin du concept de sinthome) – de ce que Lacan appelle le non-rapport sexuel, c’est-à-dire l’absence de complémentarité entre deux sujets liés sexuellement.
Pour tout cela, Jean-Michel Rabaté lit Lacan avec Freud, avec la littérature (Sade…), la philosophie (Kant et Nietzsche – lui aussi un philosophe de l’irritation), les sciences humaines (particulièrement Luhmann).
Et, ayant donc parlé du sinthome, je ne puis finir ce texte sans pointer le fait que ce livre approfondit le travail déployé dans Joyce, hérétique et prodigue (Stilus, 2022).
Cet ouvrage articulant Joyce, Lacan et Derrida, pour le dire trop rapidement, éclaire le dernier Lacan comme un joycien hérétique. Il éclaire aussi que je propose d’appeler le texte-Lacan comme le déploiement d’une écriture du sinthome. Rappelons ici ce qu’est le sinthome – création conceptuelle géniale de Lacan, qui permet une avancée clinique fondamentale dans la cure. Le sinthome, je dirais, est cette création symptômale spécifique travaillant à même la lettre (et liée au hors-sens et à l’équivoque, la surdétermination maximale).
Ici, c’est bien de la créativité de ce symptôme spécifique qu’est le sinthome, dont il est question. Ce contre toute logique d’adaptation sociale (il existe bien sûr une forme d’inscription sociale qui n’est pas adaptative), entravant chez le sujet la fragilité, le ratage, et ainsi toute subjectivité, toute singularité, toute vitalité psychique et discursive.
Plus encore, cette forme spécifique du symptôme qu’est le sinthome a pour grand mérite de faire tenir le sujet là où la béance (ce point de réel, de pulsionnalité pure, de jouissance (6), où le psychisme et la parole défaillent absolument, laissant le sujet dans un désarroi radical) pourrait l’orienter vers une destructivité ou une autodestruction débridée.
Dans cette opération psychique spécifique du sinthome, relevant donc d’une écriture psychique, la langue est détruite et recréée pour échapper à la logique de destructivité – surmoïque – qui l’habite.
Bref, face à la question cruciale de la béance, habitant tout sujet, et face au discours surmoïque (7) qui hante le sujet et l’empêche d’élaborer la béance, l’un des apports cliniques absolument novateurs de Lacan, consiste dans le fait de soutenir la création psychique d’un sinthome (8). Et cet apport clinique fondamental de Lacan s’est appuyé sur une invention théorique dans la lecture de Joyce, en premier lieu dans le séminaire XXIII, de 1975-1976, sur le sinthome.
Et c’est cela que Jean-Michel-Rabaté éclaire à sa manière, au plus vif et au plus crucial de la clinique psychanalytique, mais aussi au plus vif et au plus crucial de la créativité subjective en général : lorsqu’il en va pour le sujet de devenir psychiquement et discursivement vivant là où il pourrait psychiquement et discursivement mourir – ou là où il est psychiquement et discursivement non-vivant.
En cela, son livre nous permet d’appréhender en quoi la psychanalyse est bien un « nouveau discours » culturellement révolutionnaire (p. 11), qui a tant à apporter subjectivement, collectivement, et, justement, culturellement.

NOTES

(1) : Didier Fassin et Roland Rechtmann, L’empire du traumatisme, Flammarion, 2007.

(2) Voir entre autres Patricia Gherovici, Transgenre, Lacan et la différence des sexes, Stilus, 2021 ; Nicolas Evzonas, Devenir trans de l’analyste, PUF, 2024, particulièrement p. 410-411 ; Jonathan Nicolas, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs, une esquisse des identités adolescentes », in Jonathan Nicolas et Thierry Goguel d’Allondans (dir.), Choisir son genre ?, Chronique sociale, 2022, p. 169-180.

[3] Dans leur Dialectique de la raison. Sur cette question, voir E. Roudinesco, Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, Seuil, 2014.

[4] En écho à Derrida.

[5] La relation entre passeur et autorité est une question qui m’intéresse particulièrement et que j’ai élaborée à ma manière dans mon texte https://dimitrilorrain.org/2023/06/09/texte-que-peut-nous-dire-la-psychanalyse-de-lautorite-et-de-la-transmission-aujourdhui/

[6] Sur la question de la jouissance, je renvoie particulièrement à Darian Leader, La jouissance, vraiment ?, Stilus, 2020.

[7] Sur la dimension surmoïque du sinthome, voir particulièrement, Geneviève Morel, La Loi de la mère, Anthropos/Economica, 2008.

[8] Concernant le sinthome comme création symptômale, je renvoie à Geneviève Morel, et, dans le cas du sujet identifié trans, à Patricia Gherovici, Transgenre. Lacan et la différence des sexes, Stilus, 2021 : https://dimitrilorrain.org/2023/01/14/video-patricia-gherovici-transgenre-lacan-et-la-difference-des-sexes-stilus-2021/ https://dimitrilorrain.org/2023/01/14/video-patricia-gherovici-transgenre-lacan-et-la-difference-des-sexes-stilus-2021/

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Présentation du livre par l’éditeur :
« Le concept d’irritation amène à travailler la problématique de l’autorité avec Foucault, Luhmann et Lacan. Lacan, comme Socrate, « taon de la cité », rejoint Freud lorsqu’il manifeste son irritation face à Nordau et Viereck. Freud en vient à postuler la pulsion de mort comme fondamentale, tandis que Lacan, irrité-irritant, moins « auteur » que tisseur, passe de la logique du signifiant au temps (« taon ») biologique des pulsions. »
https://www.editions-stilus.com/lacan-lirritant.html

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De plus, j’aimerais ici relayer une passionnante vidéo avec Jean-Michel Rabaté présentant cet ouvrage. Il y dialogue avec Elisabeth Roudinesco à la librairie le Divan le 8 mars 2023. Luis Izcovich modère et présente cette rencontre. Dans ce débat fort élaboratif, se déploie, la parole si subtile, si fraîche, de Jean-Michel Rabaté, présentant sa lecture de Lacan et son travail pour un lacanisme ouvert, ainsi que son élaboration de la littérature, de la philosophie, des sciences humaines. Entre autres, l’on pourra aussi y trouver une réflexion sur la transmission de la psychanalyse dans la situation contemporaine, sur l’évolution culturelle aux Etats-Unis mais aussi plus généralement, où il vit (il enseigne à l’Université de Pennsylvanie), particulièrement en ce qui concerne les questions du genre et du racisme. Aussi nous donne-t-il à appréhender les spécificités – fécondes et conflictuelles – de cette évolution culturelle, en contraste avec la perspective dominante en France. Particulièrement en insistant sur les apports de la perspective intersectionnelle – qu’il considère comme déployant une féconde surdétermination de l’identité. En professeur à l’écoute de ses étudiants, il nous y donne aussi à entendre ce qui a lieu dans les jeunes générations, en termes de créativité mais aussi de fragilité psychique – celle-ci étant, je dirais, liée à un contexte global particulièrement difficile.
LE LIEN VERS LA VIDEO :SUR YOUTUBE (STILUS)

https://www.youtube.com/watch?v=cHaMXH9VKSU


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Jean-Michel Rabaté est professeur de littérature anglaise et de littérature comparée à l’Université de Pennsylvanie. Cofondateur de la galerie Slought à Philadelphie, éditeur du Journal of Modern Literature. En plus d’innombrables articles, il a publié une quarantaine de livres, sur la littérature, la psychanalyse, l’art contemporain, la philosophie, et particulièrement sur Beckett, Pound ou Joyce, Lacan, Derrida….
Il a dirigé le passionnant Cambridge Companion to Lacan, en 2003, avec des contributions de Bernard Burgoyne, Nestor Braunstein, Tim Dean, Judit Feher-Gurewich, Darian Leader, Deborah Luepnitz, Catherine Liu, Dany Nobus, Jean-Michel Rabaté, Dania Rabinovitch, Elisabeth Roudinesco, Charles Shepherdson, Colette Soler, Joseph Valente, Alenka Zupanzic.
Entre autres, il a publié Les Guerres de Jacques Derrida, Presses de l’Université de Montréal, 2016 ; Rire au soleil, Campagne Première, 2019 ; Rires Prodigues: Rire et jouissance chez Marx, Freud et Kafka, Paris, Stilus, 2021, et James Joyce, Hérétique et Prodigue, Paris, Stilus, 2022.
Parmi ses autres livres, que je ne peux tous citer ici, j’évoquerai :
Lacan, Bayard, 2005. Et plus récemment: Rust, 2018, Kafka L.O.L., 2018; After Derrida, 2018; Understanding Derrida / Understanding Modernism, 2019; Knots: Post-Lacanian Readings of literature and film, 2020; Rires Prodigues, 2021, Knots, Post-Lacanian readings of film, literature and culture, New York, Routledge, 2020.
Son site :
https://www.jeanmichelrabate.com

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Elisabeth Roudinesco est historienne de la psychanalyse, entre autres chargée de séminaire à l’Ecole Normale Supérieure.
Sur le blog, voir par exemple : https://dimitrilorrain.org/2021/10/30/penser-lantifreudisme-dextreme-droite-avec-elisabeth-roudinesco-2010/

Chères amies, chers amis,

Je tiens vous à informer de la sortie du très bel ouvrage de Liliane Goldstztaub, « Psychodrame analytique lacanien, une ouverture sur les enjeux sociaux et sociétaux », chez Erès (coll. Hypothèses, 2024).

Elaborant depuis la clinique sur l’apport de Lacan – particulièrement en ce qui concerne le langage –, et sur le caractère central de la question freudienne du destin social des pulsions, ce livre propose une pratique et conception du psychodrame fondée sur la rencontre de parole et sur la transmission. L’auteure montre en quoi cette forme singulière du psychodrame permet au sujet de se subjectiver face à ce qui dans le lien social contemporain peut le désubjectiver.

Plus encore, le dispositif du psychodrame tel que le redéfinit Liliane Goldsztaub oriente le sujet vers la singularisation de sa parole et de sa vie psychique par rapport au collectif, mais aussi vers l’acceptation de la différence, et vers l’enrichissement depuis celle-ci.

Dans les débats psychanalytiques sur la question du collectif, c’est là aussi une manière freudo-lacanienne d’aller plus loin que la pratique et la réflexion de Didier Anzieu concernant le groupe. En effet, celle-ci, malgré ses apports, a pour limite clinique et théorique de ne pas assez insister sur la singularisation et sur l’effet subjectivant de la rencontre.

Ici une vidéo de présentation :

Présentation par l’éditeur :

L’autrice transmet sa longue expérience des groupes aux jeunes générations de professionnels. En la resituant dans l’histoire du psychodrame, de Moreno à nos jours, elle rend compte d’une pratique originale qui est aussi une réponse aux problématiques sociales et sociétales actuelles.

En la resituant dans l’histoire du psychodrame, de Moreno à nos jours, Liliane Goldsztaub rend compte d’une pratique originale, le psychodrame analytique lacanien, dont elle a une longue expérience.

Alors que les violences sociales et sociétales se multiplient, elle montre comment il offre un espace qui ouvre à d’autres destins des pulsions. La décharge motrice est amortie par la place donnée au mouvement corporel. La théâtralité explore la connaissance et la reconnaissance de l’autre différent, singulier. La place de la parole évite l’envahissement des affects et permet de les reconnaître, voire de les nommer. Le psychodrame permet la levée d’éléments refoulés tels que la haine, sans avoir à l’agir. Ainsi, la violence et la haine, constitutive de l’être humain, peuvent être mises au travail, dans un lieu sécurisant qui offre la possibilité d’en entendre quelque chose et d’en donner une autre issue que l’agression de l’autre. Le psychodrame peut être également un lieu de sublimation.

Dans un dialogue entre clinique et théories, Liliane Goldsztaub fait résonner les variations et les trouvailles du psychodrame analytique lacanien et éclaire les dynamiques psychiques à l’œuvre.

Préface de Edith Lecourt

Postface de Dominique Tourres-Landman

Prologue de Cyrielle Weisgeber

https://www.editions-eres.com/ouvrage/5194/psychodrame-analytique-lacanien

Liliane Goldsztaub, docteure en psychologie, est psychologue clinicienne et psychanalyste en exercice libéral à Strasbourg, elle a été maître de conférences en psychopathologie clinique à l’université de Strasbourg.

Elle a publié : Sociodrame et psychodrame analytiques, Hypothèses, 2009 ; Les dérives de l’oralité (avec Michel Lévy), Hypothèses, 2006 ; La rencontre (avec Thierry Goguel d’Allondans), Hypothèses, 2000.

Etiquettes :

Chères amies, chers amis,

Je vous transmets ici un lien vers le passionnant dialogue entre Lionel Le Corre et Jorge Reitter à propos du très bel ouvrage « L’homosexualité de Freud » (PUF, 2017) de Lionel Le Corre, dans lequel il nous éclaire largement sur un ressort fondamental de l’oeuvre et de la pratique de Freud.

(Cet échange a eu lieu le 25 novembre 2021, modération : Georgina Flores Chaires, congrès international en ligne: « Género, feminismos y sexualidades disidentes. Encrucijadas y vías », Universidad Autónoma de Zacatecas « Francisco García Salinas »).

L’intervention de Lionel Le Corre est en français, les échanges sont en espagnol.

Présentation du livre par l’éditeur :

« L’homosexualité de Freud » soutient que l’amitié de Freud avec Fliess, dont les effets de transfert orientent le désir inconscient de Freud et ses symptômes, joue un rôle crucial pour la découverte de la psychanalyse. Ainsi, Freud problématise l’homosexualité masculine à partir de son rejet social pour en produire une définition sophistiquée et élargie participant à (et de) l’autonomie du champ : plus il approfondit sa compréhension du fait homosexuel et en étend la surface définitionnelle, plus le terme « homosexualité » condense de significations englobant choix d’objet et narcissisme, entrée dans la paranoïa, lien social et transfert dans la cure. 1910 est le moment homosexuel de Freud où, du cas Léonard au cas Schreber, il livre des résultats cruciaux sur les ressorts inconscients du désir homosexuel dont les effets contribuent au renouvellement de la métapsychologie par l’introduction du narcissisme.

https://www.puf.com/lhomosexualite-de-freud

Lionel Le Corre est psychanalyste, membre du Cercle international d’anthropologie psychanalytique, chercheur associé au CRMPS.

Jorge Reitter est psychanalyste à Buenos Aires. Il a publié un ouvrage très novateur, Heternormativity and psychoanalysis (Routledge, 2023), version anglaise de Edipo gay. Sur le blog, voir : https://dimitrilorrain.org/2023/01/13/sortie-de-heteronormativity-and-psychoanalysis-de-jorge-n-reitter-routledge-2023/

Programme du 7ecolloque des jeunes chercheurs/chercheuses sur la privation de liberté

Jeudi 14 mars

14h00 : Ouverture du colloque par le Comité d’organisation

14h20 : Allocution d’ouverture, Madame Claire Hédon, Défenseure des droits

Section 1 : Populations et inégalités en détention
Présidence: Lucie Bony et Camille Lancelevée

a. Diversité et inégalités

14h50 : Les inégalités sociales en prison : parcours, ressources et expériences de personnes entrantes en maison d’arrêt, Clément BEUNAS, Université de Lille (CLERSÉ, UMR 8019)

15h10 : Unité et pluralité des populations privées de la liberté en droits français et colombien, Clara MAFFRE, Université Paris-Nanterre (CDCP) et Université Externado de Colombia (CIPC)

15h30 : Discussion

b. Incarcération et pauvreté

15h40 : Des Sarkis aux badauds : dévoiler les inégalités entre détenus dans les prisons du Niger, Carole BERRIH, Université Grenoble Alpes (CERDAP)

16h00 : Criminalisation de la pauvreté : qui sont les prisonniers kenyans ?, Chloé OULD AKLOUCHE, Université de Bordeaux, (Les Afriques dans le Monde – UMR 5115)

16h20 : Discussion et pause

Section 2 : La carcéralité face aux questions de genre
Présidence : Mathilde Darley et Anne Simon

a. L’incarcération des femmes

16h50 : Profil des femmes incarcérées en Belgique francophone : quitter l’invisibilité pour découvrir les vulnérabilités, Valentine DOFFINY, ULiège (Département de criminologie)

17h10 : La présence de l’enfant auprès de sa mère détenue, Florian WATIER, membre de la Chaire de recherche « Enfance et famille » (C3RD), Faculté de droit de l’Université catholique de Lille

17h30 : Discussion

b. Les personnes transgenres en détention

17h40 : Carcéralité européenne et transidentité : une analyse des politiques carcérales de la prise en charge des personnes trans en Europe francophone, Aurore VANLIEFDE, KU Leuven (LINC) et Quentin MARKARIAN, UNIGE (Département de droit public) et ULB (CRDP)

18h00 : Les personnes transgenres en détention : « un quotidien marqué par l’invisibilisation », Gillian MOUCHEL, ENAP

18h20 : Discussion suivie d’un cocktail d’ouverture

Vendredi 15 mars

8h45 : Accueil des participants

9h00 : Les populations de la privation de liberté : servitude et grandeur de l’analyse démographique, Pierre Victor TOURNIER, docteur en démographie, hdr, Université Paris 1 et directeur de recherche au CNRS (INSHS, Fondateur du Colloque Jeunes Chercheurs sur la privation de liberté)

Section 3 : Populations vulnérables et invisibilisées
Présidence : Xavier Rousseaux et Jean-Manuel Larralde

9h20 : La garantie d’une communication libre pour des personnes privées de liberté ? Le recours aux interprètes en zone d’attente, Maxime MARECHAL, Université Paris Cité (CLILLAC-ARP)

9h40 : La population de Guantanamo : un enjeu au cœur des luttes de (dé)légitimation de l’institution carcérale, Malika DANOY, Université Paris 8 (LabToP/CRESPPA)

10h00 : Réprimer des insurgés ou éloigner des indésirables ? Les motivations de la répression légale des journées de Juin 1848 en questions, Gaëtan NORY, Université Paris Panthéon-Assas, Institut d’histoire du droit Jean Gaudemet (UMR 7184)

10h20 : Discussion et pause

Section 4 : Pluralité des régimes carcéraux
Pascal Décarpes et Olivia Nederlandt

10h50 : La détention provisoire saisie par le droit européen, Louise MAILLET, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IREDIES)

11h10 : Le régime carcéral spécial italien pour les détenus mafieux et terroristes à l’épreuve des droits fondamentaux, Eleonora CERVELLERA, Université Paris Nanterre (CDPC)

11h30 : Des prisons bruxelloises à la maxi-prison : entre nouveaux discours carcéraux et cultures professionnelles ancrées, la négociation des pratiques pénitentiaires, Delphine POUPPEZ, UCLouvain (LAAP)

11h50 : Discussion

12h30 Déjeuner libre

Section 5 : La prison…et en sortir
Présidence : Françis Habouzit et Franck Ollivon

a.    Les populations face à l’aménagement des peines

14h30 : Aménager la peine : les enjeux de l’articulation des interventions du CPIP, de l’avocat et du JAP et de leurs relations aux personnes détenues, Enora POLLET, Université Rennes-2 (ESO-Rennes)

14h50 : Privation de liberté au Brésil : le Service APEC comme alternative au traitement des actions criminelles au Brésil, Mariana MORAIS ZAMBOM et Priscila COELHO, Fundação Getulio Vargas (École de droit de Sao Paulo)

15h10 Discussion

b. Les personnes suivies en milieu ouvert

15h30 : Privation de liberté et suivi socio-judiciaire. Quels effets sur les trajectoires des personnes placées sous main de justice en milieu ouvert ?, Lisa COLOMBIER, Université de Strasbourg (CDPF)

15h50 : La fabrique des populations placées à l’extérieur : orientation et sélection des personnes en aménagement de peine sous écrou, Sophie CLAIR-CALIOT, Université Lyon-2 (EVS-IRG)

16h10 Discussion

16h30 : Conclusions, Sergio GROSSI, Chercheur en sciences sociales, Chaire Marie Curie, Chercheur associé à l’ISJPS

17h00 : Clôture du colloque


Disciplines d’inscription des interventions : droit, criminologie et sciences criminelles, sciences politiques, sociologie, anthropologie, histoire et histoire du droit, géographie.

Comité scientifique :

  • Lucie Bony (Géographe, Chargée de recherche au CNRS)
  • Mathilde Darley (Sociologue, chargée de recherche au CNRS)
  • Pascal Décarpes (Expert en criminologie, formateur, chercheur et consultant international, Conseiller scientifique auprès de l’Agence nationale de prévention de la torture, Allemagne)
  • Isabelle Fouchard (Juriste, chargée de recherche au CNRS et contrôleur des lieux de privation de liberté)
  • Francis Habouzit (Maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Éric Kania (Docteur en médecine, psychiatre, SMPR des Baumettes à Marseille)
  • Augustin Laborde (Contrôleur auprès du CGLPL, juge-assesseur à la Cour nationale du droit d’asile)
  • Camille Lancelevée (Maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Strasbourg)
  • Jean-Manuel Larralde (Professeur de droit public à l’Université de Caen-Normandie)
  • Benjamin Lévy (Psychologue, chargé d’enseignement à l’Ecole des psychologues praticiens de Paris)
  • Franck Ollivon (Géographe, directeur des études au département Géographie et territoires de l’École normale supérieure)
  • Xavier Rousseaux (Historien, Professeur à l’Université catholique de Louvain, directeur de recherche au FNRS)
  • David Scheer (Criminologue, chercheur à l’Institut national de criminalistique et de criminologie)
  • Anne Simon (Professeure en droit privé et sciences criminelles à l’Université d’Artois)

Informations pratiques

  • Sur place : COMPLET

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, centre Lourcine

1 rue de la Glacière, 75013 Paris

Bât. 1 Suzanne Bastid, 2e étage, salle 13

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Du : Jeudi 14 mars 2024 14:00

Au : Vendredi 15 mars 2024 17:00 

Lieu : En ligne et Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, centre Lourcine, 1 rue de la Glacière, 75013 Paris, Bât. 1 Suzanne Bastid, 2e étage, salle 13

Cher.e.s ami.e.s,

Au regard de ce qui arrive dans le tragique de notre situation contemporaine, je vous mets ici le lien vers la fondamentale réflexion de Stéphane Habib sur l’antisémitisme. Sa pensée, en effet, est d’une très éclairante justesse, dans sa capacité à articuler psychanalyse, philosophie et politique.

Cette conférence, intitulée « Pas plus nouveau qu’ancien : l’antisémitisme, affaire politique », a eu lieu le lundi 6 août 2018, dans le cadre du banquet d’été « Dans la confusion des temps » qui s’est déroulé à Lagrasse du 4 au 10 août 2018.

La réflexion de Stéphane Habib a été publiée dans un très bel ouvrage Il y a l’antisémitisme (Les Liens qui Libèrent) et 2020.

Dans cette conférence puis dans ce livre subtilement écrit, Stéphane Habib part du fait que « toute forme de rejet de la complexité doit nous mettre en alerte, politiquement – entre autres » (p. 32). Il y établit que l’antisémitisme est une « langue », et que « par la langue de l’antisémitisme, on peut même être parlé » (p. 43). Il y éclaire aussi le fait que l’antisémitisme, c’est fondamentalement « la mise à mort de corps dits juifs » (p. 66) : c’est vouloir la mort des juifs, auxquels il – l’antisémitisme – « reproche tout et son contraire » (p. 20 (1)).

Face à l’antisémitisme, il s’agit de déployer « l’exigence de faire face à ce qui advient » (p. 48 (2)), de ne pas dénier ce qui a lieu, et de « manifester donc, que quelque chose se passe » (p. 49). Il en va là d’une inquiétude, d’une « intranquillité », d’une « détresse », et même d’une « compulsion » (politique, et c’est là où le politique rejoint la psychanalyse (3)) « à parler de cela qui existe. Ce qui se passe. Ce qui arrive » (p. 46).

Bref, il en va de l’exigence de partir du fait que, tel que l’a énoncé Jean-Luc Nancy dans son très important Exclu le juif en nous, « inlassablement, l’antisémitisme se répète » (4)).

Cette nécessité de faire face à la répétition interminable de l’antisémitisme, Stéphane Habib l’élabore psychanalytiquement comme une nécessité de parler interminablement du réel au sens de Lacan : du réel comme impossible, « en tant que revenant toujours à la même place » (p. 59). En ce sens, Stéphane Habib élabore aussi la pensée de l’« il y a » de Levinas, en éclairant l’antisémitisme comme un « il y a », comme un « exister qui retourne quelle que soit la négation par laquelle on l’écarte » (p. 80).

Ainsi, une telle exigence politique, psychanalytique et philosophique, mais aussi historique (5), « vise (…) à se défendre contre l’indifférence, le silence, l’aveuglement, la mutité, la surdité (…) face à tout ce qui se passe bien pourtant. » (p. 47). Elle vise à lutter interminablement contre le « je sais bien… mais quand même », qui se déploie souvent dans la parole subjective et collective, et relève d’un « déni antisémite de l’antisémitisme » (p. 80).

Il s’agit donc, nous y appelle Stéphane Habib, d’« être irréconciliable », de « faire pas sans l’antisémitisme » (p. 61). Pour cela, l’auteur part du fait que la psychanalyse définit le sujet comme un « corps parlant », et il définit l’enjeu du politique comme relevant de la « survie des corps parlants » (p. 59 (6)). Cette survie des corps parlants étant justement à opposer à l’antisémitisme en ce que celui-ci veut tuer les corps parlants juifs (élément personnel de réflexion : parce que les juifs, dans l’histoire de l’Occident, symbolisent la possibilité de la parole ?).

Et j’aimerais finir cette présentation en insistant sur différents points :

1. Sur la manière fort féconde dont Stéphane Habib déconstruit le discours idéologique prônant l’existence d’un « nouvel antisémitisme ». Il nous éclaire ainsi sur la manière dont ce discours idéologique nie la pérennité de l’antisémitisme dans l’histoire, et conserve, en prétendant le dépasser, celui-ci (7).

2. Sur la lucidité de sa pensée – publiée en 2020 donc – concernant ce qui arrive en Israël, et concernant certaines « alliances » d’extrêmes-droite  « contre l’islam », et donc contre, psychanalytiquement  parlant, « les corps parlants musulmans » (p. 31).

3. Sur l’exigence de complexité ici déployée, lorsqu’il est question de survie des corps parlants en général, dont les corps parlants juifs et musulmans – voilà qui résonne, je crois, dans notre situation contemporaine.

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Voici la présentation du livre sur le site de l’éditeur :

Écrire « Il y a…l’antisémitisme », c’est immédiatement faire entendre que ce livre n’est pas une explication de plus, une description de plus ou encore l’écriture d’une histoire de la haine des juifs. C’est un rapport de forces. « Il y a » indique que ce livre n’est pas une démonstration d’existence de l’antisémitisme. « Il y a », pour ce qui arrive et se répète. « Il y a » pour la persistance. « Il y a » pour la rémanence. Et précisément, il y a une structure de l’antisémitisme que décrit pertinemment Stéphane Habib dans cet ouvrage important.

http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Il_y_a_l_antis%C3%A9mitisme-9791020908261-1-1-0-1.html

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Stéphane Habib est psychanalyste, philosophe et écrivain. Il anime un séminaire de philosophie et psychanalyse à l’Institut des Hautes Etudes en psychanalyse (8) dont il est également le directeur. Il est membre de l’Institut Hospitalier de Psychanalyse de Sainte-Anne, à Paris, ainsi que du comité de rédaction de Tenou’a. Et éditeur aux éditions Les Liens qui Libèrent.

Ici un très bel échange avec Audrey Louis autour de sa conception de la psychanalyse:

https://lesenfantsdelapsychanalyse.com/trans-lautre-nom-de-la-psychanalyse-entretien-avec-stephane-habib/

Il a écrit plusieurs ouvrages :

La responsabilité chez Sartre et Levinas, L’Harmattan, 1998.

Levinas et Rosenzweig, philosophies de la Révélation, PUF, 2005.

La langue de l’amour, Hermann, 2016.

– Faire avec l’impossible : pour une relance du politique, Hermann, 2017 ; rééd. Pocket 2020.

Livre qui a obtenu le prix Œdipe le Salon 2018.

Concernant le Banquet du Livre de Lagrasse, voir : https://www.abbayedelagrasse.fr/

NOTES

(1) : Sur ce point, Stéphane Habib élabore sur Delphine Horvilleur, Réflexions sur la question antisémite, Grasset, 2018, p. 20

(2) : C’est là une citation de Claude Lefort.

(3) : Pour sa réflexion sur le politique, on lira Faire avec l’impossible : pour une relance du politique, Hermann, 2017.

Voir la présentation de ce livre par Delphine Horvilleur pour le prix Œdipe Le Salon 2018 :

(4) : Jean-Luc Nancy dans Exclu le juif en nous (Galilée, 2018), p. 9. Stéphane Habib cite cette réflexion.

(5) : Et ce en écho avec les réflexions de Patrick Boucheron dans Prendre dates (2015, écrit avec Mathieu Riboulet, chez Verdier).

(6) : Voir son Faire avec l’impossible, op. cit. Sur ce point, Stéphane Habib élabore J.-C. Milner, Pour une politique des corps parlants – Court traité politique 2, Verdier, 2011.

(7) : Il s’appuie ici sur la déconstruction par Derrida de la dialectique hégélienne.

(8): http://psychanalyse.ihep.fr/

« Un spectre hante l’université française : le spectre de la déconstruction. Crée par Jacques Derrida à la fin des années 1960, il est devenu, dans l’esprit des réactionnaires de tout poil, le mot-valise désignant tout ce qu’ils haïssent dans la pensée, lorsque celle-ci cherche à émanciper davantage qu’à ordonner. Dégénérescence de la culture, mépris pour les grandes oeuvres, délire interprétatif, amphigouri linguistique, danger politique, confusion sexuelle, licence morale : à en croire les ennemis de la déconstruction, tout ce qui va mal dans le monde lui est imputable.
Mais que signifie cette peur ? Que signifie la fixation frénétique d’une frange d’intellectuels pour tout ce qui peut ressembler à une pensée différente, libre, inventive et fondamentalement démocratique ? Que cela signifie-t-il, si ce n’est la volonté de policer la pensée et ses institutions, pour pouvoir mieux, ensuite, policer les corps ? Telle est, en tout cas, l’interrogation qui a présidé au colloque « Qui a peur de la déconstruction » , qui s’est tenu à la Sorbonne en janvier 2023.
Il a fait scandale chez les tenants de la police. En voici les actes. »

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Cet ouvrage a été dirigé par Isabelle Alfandary, Anne Emmanuelle Berger et Jacob Rogozinski. Isabelle Alfandary est professeure de littérature américaine à l’université Sorbonne-Nouvelle. Son dernier livre : Science et fiction chez Freud. Quelle épistémologie pour la psychanalyse ? (Les Editions d’Ithaque, 2021). Anne Emmanuelle Berger est professeure émérite de littérature française et d’études de genre à l’université Paris 8 et professeure invitée à Northwestern et Buffalo (USA).
Son dernier livre, Le Grand Théâtre du Genre (Belin, 2013), a été traduit en plusieurs langues.
Jacob Rogozinski est professeur émérite à la Faculté de philosophie de Strasbourg. Auteur de plusieurs livres sur Artaud, Derrida, la chasse aux sorcières, il a publié en 2022 « Moïse l’insurgé » aux Editions du Cerf.

Ont contribué à cet ouvrage Etienne Balibar, Aurélien Barrau, Seloua Luste Boulbina, Fabrice Bourlez, Danielle Cohen-Levinas, Marc Crépon, Monique David-Ménard, Marc Goldschmidt, Marta Hernandez Alonso, Denis Kambouchner, Ginette Michaud, Avital Ronell, Marta Segarra, Samuel Weber, Raphaël Zagury-Orly.

Ici mon billet relayant le colloques et certains enregistrements:

https://dimitrilorrain.org/2022/12/19/colloque-qui-a-peur-de-la-deconstruction-19-21-01-2023-paris-ecole-normale-superieure-sorbonne/