Chères amies, chers amis,

Vous trouverez ici le programme de la journée d’étude RPpsy (Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse)  « Corps, médecine, subjectivité », UCO Angers, 17 octobre 2025

(Attention changement de salle par rapport au PDF: la journée d’étude aura lieu dans l’Amphi Bedouelle, bâtiment Janneteau).

Entrée Libre

Lien en distanciel : https://recherche.uco.fr/fr/actualite/corps-medecine-subjectivite

Journée d’étude organisée par Delphine Bonnichon et Pascale Peretti.

Chères amies, chers amis,

Je voudrais vous informer des activités du Laboratoire du temps qui passe.

Le Laboratoire du temps qui passe est un espace de dialogue entre psychanalyse, histoire et sciences sociales. Chaque séance réunit un interlocuteur venant chacun de l’un de ces champs autour d’une thématique qui invite les participants dans les points d’écart et de jonction entre ces discours.

La visée est de questionner nos disciplines depuis leurs seuils, leurs postulats enfouis, les logiques héritées et leurs transmissions silencieuses, en vue d’éclairer de nouvelles perspectives quant à l’inconscient, au social, à l’actuel de nos pratiques.

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Jeudi 16 octobre à 20h30 – Entre science et fiction, Freud et De Certeau

Isabelle Alfandary, psychanalyste: Science et fiction chez Freud. Quelle épistémologie pour la psychanalyse ?

Denis Pelletier, historien: De Certeau en héritage

Jeudi 6 novembre à 20h30 –  Institution finie, institution infinie

Julie Pagis, sociologue: Le pouvoir du charisme

Miguel Benasayag, psychanalyste: Malgré tout

Jeudi 11 décembre à 20h30 – Production (I) – La fabrique du sujet

Aurélia Michel, historienne: Psychanalyse, racisme et colonisation

Thamy Ayouch, psychanalyste: Le racial infantile

Jeudi 8 janvier à 20h30 – Histoire et psychanalyse

Bertrand Muller, historien: Autour de Lucien Febvre

Dominique Iogna-Prat, historien: A propos d’Anne Levallois.

Jeudi 5 février à 20h30 – Production (II) – La fabrique de la haine

Élise Pestre, psychanalyste: La production du raciste

Pierre Singaravelou, historien: dénaturaliser l’ailleurs

Jeudi 19 mars  à 20h30 – L’ambition sociale de la psychanalyse

Avec Pierre François Mouraud, psychanalyste et Marcello Figueroa Nunez, philosophe.

Florent Gabarron Garcia, psychanalyste.

Jeudi 9 avril à 20h30 – A la marge

Alfredo Oliveira, psychologue pratiquant la psychothérapie institutionnelle et fondateur de la radio la Colifata dans l’hôpital psychiatrique de la Borda à Buenos Aires

Isabelle Coutant, sociologue: Les petits moyens qui prennent la parole

Jeudi 21 mai à 20h30 – Ambiancer

Nicolas Schwalbe, psychanalyste: L’inouï des cliniques de l’extrême ou la seconde vie de la psychanalyse.

Philippe Cabestan, philosophe : Daseinsanalyse et psychanalyse : quel dialogue ? 

Jeudi 18 juin à 20h30 – Séance des doctorants du Laboratoire du temps qui passe

Roxane Razavi, doctorante et historienne, autour de la question des corps et de la torture dans la guerre Iran Irak, et Victor Costa, doctorant et psychanalyste, autour de la question du traitement du rêve dans des dispositifs de groupe

Frédéric Forest, docteur en sciences politiques, autour de questions d’épistémologie et de méthodologie entre les champs de la psychanalyse et des sciences sociales

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Pour rejoindre le séminaire , en présence à Paris ou en zoom, contacter Elizabeth Serin:  lizabird@gmail.com

Séminaire associé à Espace analytique

Chères amies, chers amis,

Je tiens à vous informer de ce passionnant séminare qui a lieu cette année chaque 3e mardi du mois, à 21h, en présentiel et en visio.

La première séance aura lieu mardi 21 octobre à 21h, à l’association Le Bouffadou, 93 rue des Vignoles, Paris 20e

Un lien visio sera envoyé avant chaque séance.

Vous pouvez contacter: Bruno Vincent, psychanalyste, 06 84 77 09 15
https://www.psychanalyse-nature-culture.fr/

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La psychanalyse, comme pratique et comme théorie, peut-elle nous aider à éclairer certains enjeux contemporains concernant les rapports entre nature et culture, les relations entre humains et non humains, les liens entre malaise dans la nature et malaise dans la culture, et notre condition de terrestre ? 

A partir des travaux d’anthropologues (Philippe Descola, Charles Stépanoff, etc.), de philosophes (Donna Haraway, David Abram, Vinciane Despret, etc.) les trois premières années du séminaire ont été l’occasion de nous intéresser aux liens entre nature et culture dans leur diversité et leur multiplicité selon les cultures. L’idée s’est précisée d’un animisme présent de diverses manières dans l’ensemble des cultures, y compris dans la culture occidentale moderne sous la forme d’un animisme ordinaire. Dans cette culture, malgré la réduction de la nature à une ressource à exploiter, les identifications et les affects des humains y vont aussi vers les non humains (animaux, plantes, objets, dispositifs, agents conversationnels IA). Quelles que soient les cultures, la réalité psychique humaine, dans ses identifications et ses affects, peut donner une intériorité, une âme, une position de sujet, à des non humains. Une intersubjectivité trans-espèces se montre, dans une diversité de modes de relations et de communications entre humains et non humains.

Pour cette 4e année de séminaire, nous continuerons à explorer la question des relations entre humains et non humains, au sein de la modernité occidentale et dans d’autres cultures. Nous reviendrons sur la chosification de la nature et sa destruction dans la modernité sous l’égide de la science et de la technique au service de la trinité production, consommation et croissance. A quel point le sujet moderne, comme être de désir et de jouissance, est-il coupé de ses relations avec les non humains ? Dans cette enquête, nous tenterons d’analyser quelques points de tension ou lignes de fractures entre fondements de la modernité et relations avec les non-humains. Nous nous intéresserons pour cela en particulier aux activités d’élevage et de culture. Nous continuerons également de nous intéresser aux relations entre humains et non-humains dans des cultures animistes, afin d’explorer plus avant les questions qu’elles posent à la culture occidentale moderne et à la psychanalyse. 

Bibliographie indicative

Sigmund Freud, Malaise dans la culture, Totem et tabou; Au dela du principe de plaisir; Le petit Hans; L’homme aux rats; L’homme aux loups 
Jacques Lacan, « Lituraterre », Autres écrits, Seuil, 2001
David Abram, Devenir animal, une cosmologie terrestre (2011), Dehors, 2024
Etienne Balibar, Patrice Maniglier, La Terre ou le Monde, Divergences cosmopolitiques, Mialet-Barrault, 2025 
Jean Baudrillard, La société de consommation, ses mythes, ses structures, Gallimard, 1970

Monique David-Ménard, La Vie sociale des choses. L’animisme et les objets. Éditions du Bord de l’eau. 2020.
Philippe Descola, Par delà nature et culture, Gallimard, 2005, Les lances du crépuscule, Plon, 1993
Carlos Fausto, Le Jaguar apprivoisé, PUM, 2024
Davi Kopenawa, Bruce Albert,  La chute du ciel, Plon, Terre Humaine, 2014
Ailton Krenak, Futur ancestral, Dehors, 2025
Bruno Latour, Face à Gaïa, La Découverte, 2015; Où atterrir, La Découverte, 2017
Danouta Liberski-Bagnoud, La souveraineté de la Terre, Seuil, 2023
Achille Mbembe, La communauté terrestre, La Découverte, 2023
Carolyn Merchant, La nature comme femme, et sa destruction par la science moderne (1980)

Wildproject, 2021 ; La mort de la nature : les femmes, l’écologie et la révolution scientifique, Wildproject, 2021
Alessandro Pignocchi, Perspectives terrestres : Scénario pour une émancipation écologiste, Le Seuil, 2025
Val Plumwood, Ré-animer la nature, PUF, 2020; Dans l’oeil du crocodile, Wildproject, 2021; La crise de la raison, 2024

Cher.e.s tout.e.s,

Voici le programme des formations 2025-2026 Apertura (FEDEPSY):

Vendredi 23 janvier 2026 : Malaise dans les institutions

Mercredi 11 mars 2026 : Cela ne va pas s’en dire – Les registres de la parole

Vendredi 29 mai 2026 : La vieillesse en analyse

Mercredi 10 juin 2026 : Bien-être – plaisir – désir – jouissance

Vendredi 16 octobre 2026: À la recherche du génie du chaque Un. Les vérités du sujet (intuition, interprétation)

Mercredi 18 novembre 2026 : Influence, hypnose et identifications à l’époque du virtuel et des réseaux sociaux

Vendredi 11 décembre 2026 (en présentiel): Journée sur les cliniques actuelles de l’enfant et de l’adolescent « Hors de la norme… mais où alors ? »

Plaquette à télécharger:

Cher.e.s tou.te.s,

Puisque, le 5 février 2026 (21h), Isabelle Alfandary nous fera la joie et l’honneur de participer au séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » sur le « masculin »/ »féminin » (sur zoom), pour une discussion autour de ce son si important « Le scandale de la séduction. D’Oedipe à #Metoo » (PUF, 2025).

Donc je relaie ici la belle émission qu’elle a fait sur France Inter, dans le Grand Face-à-Face, chez Thomas Snégaroff. Dans ce passage à la radio, elle nous parle de son si important « Le scandale de la séduction. D’Oedipe à #Metoo » (PUF, 2025).

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-face-a-face/le-grand-face-a-face-du-samedi-23-novembre-2024-3742488

Présentation du livre par l’éditeur :

La séduction est à double tranchant : elle peut s’avérer la plus douce ou la plus redoutable des expériences. Elle est indispensable et potentiellement menaçante. 

Aux premières heures de la psychanalyse, Freud écoute des femmes qui se remémorent des scènes d’abus sexuels. Il en conclut que la séduction est une cause majeure de traumatisme psychique avant de se raviser et de ramener ces « souvenirs » à des fantasmes. 

Malgré cette volte-face initiale, la séduction ne cesse d’opérer un retour en psychanalyse, et de hanter son histoire. 

La séduction est porteuse d’un scandale, celui du sexuel, et plus particulièrement de la sexualité infantile qui vient rebattre les cartes du normal et du pathologique, de l’innocence et de la perversion.

Isabelle Alfandary tente d’éclairer ce scandale, en prenant en compte les débats les plus récents autour de la sexualité, de la vie érotique et amoureuse, de leurs éventuels impasses et débordements traumatiques.

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Isabelle Alfandary est professeure de littérature américaine à l’université Sorbonne-Nouvelle, philosophe et psychanalyste. Elle a été présidente du Collège international de philosophie de 2016 à 2019. Ses recherches sont à la croisée de la psychanalyse, la philosophie et la littérature.

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Ouvrages en philosophie, psychanalyse

Derrida – Lacan : L’écriture entre psychanalyse et déconstruction, Paris, Editions Hermann, 2016

Science et fiction chez Freud. Quelle épistémologie pour la psychanalyse? Édition originale : Paris, Ithaque, 2021

            – (pt) Traduction portugaise (Brésil) : Ciência e ficção em Freud: qual epistemologia para a psicanálise?, São Paulo, Blucher, 2022

            – (es) Traduction espagnole (Argentine) : Ciencia y ficcion en Freud. Qué epistémologia para el psicoanalisis?, Buenos Aires, Manantial, 2023, 193

Le Scandale de la séduction. D’Œdipe à #Metoo, Paris, Presses universitaires de France, 2024

Ouvrages sur la littérature américaine

E. E. Cummings ou la minuscule lyrique, Paris, Belin, 2002

Le risque de la lettre : lectures de la poésie moderniste américaine, Lyon, ENS-éditions, 2012

Direction d’ouvrages en philosophie, psychanalyse, théorie critique

Lire depuis le Malaise dans la culture, en collaboration avec Chantal Delourme et Richard Pedot. Paris, Hermann, 2012

L’Enigme Nietzsche, en collaboration avec Marc Goldschmit. Paris, Manucius, 2019

Dialoguer l’archive, Paris, INA éditions, 2019

La littérature sans condition, Paris, Le Bord de l’Eau, 2021

Crise dans la critique. Une cartographie des studies. Paris, Le Bord de l’Eau, 2023

Qui a peur de la déconstruction ?, en collaboration avec Anne-Emmanuelle Berger et Jacob Rogozinski, PUF 2023  

Où va la philosophie française ?, en collaboration avec Sandra Laugier et Raphael Zagury-Orly, Vrin, 2024

Direction d’ouvrages en littérature anglophone

Modernism and Unreadability, en collaboration avec Axel Nesme, Montpellier, Presses Universitaires de la Méditerranée, 2011

Genre/genres I, en collaboration avec Vincent Broqua. Paris, Michel Houdiard éditeur, 2015

Genre/genres II, en collaboration avec Charlotte Coffin et Vincent Broqua. Paris, Michel Houdiard éditeur, 2015

Literature and Error, en collaboration avec Marc Porée. New York: Peter Lang, 2018

Stein et les arts, en collaboration avec Vincent Broqua. Paris, Presses du Réel, 2019

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Isabelle_Alfandary

Cher.e.s tou.te.s,

Puisque, le 4 décembre 2025 (21h), Laurie Laufer nous fera l’honneur et la joie de participer au séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » sur le « masculin »/ »féminin » (sur zoom), pour une discussion autour de cet ouvrage, je relaie ici son passionnant dernier livre aux éditions de La Découverte.

Présentation par l’éditeur :

Les héroïnes de la modernité
Mauvaises filles et psychanalyse matérialiste

La médecine, la psychiatrie et la psychanalyse ont, depuis le XIXe siècle, produit nombre de discours savants sur les paroles, les corps, les sexualités et les comportements des femmes. Diagnostics, médicalisation, pathologisation ont servi à les assigner à des rôles genrés et à maintenir les hiérarchies et les normes sociales. Pour ces  » experts « , les lesbiennes sont malades, les prostituées sont folles, celles qui refusent d’être mères sont anormales, les femmes qui avortent sont amorales, les jeunes filles libres sont déséquilibrées. Elles sont toutes hystériques, mélancoliques, psychotiques, perverses.
Mais que font ces  » mauvaises filles  » de ce que l’on a fait d’elles, de ce que l’on a dit d’elles ? Elles racontent des histoires différentes. Elles écrivent et parlent de leur liberté. Elles arrachent les camisoles et, ensemble, se soulèvent. Les Madeleine Pelletier, Natalie Clifford Barney, Virginia Woolf, Monique Wittig, Wendy Delorme et toutes celles que nous rencontrons dans ce livre se sont frayé un chemin en dépit des résistances et du mépris. Refusant d’être objets de discours, elles ont pris des voies tortueuses, détournées, jusqu’à risquer leur vie pour déployer une liberté érotique, poétique et politique.
Comment l’inventivité de ces héroïnes de la modernité peut-elle inspirer la psychanalyse ? Il s’agit, dans ce livre, de penser une psychanalyse qui entende enfin les conditions de vie des  » mauvaises filles  » et prenne en compte les dispositifs sociaux qui les oppressent. Car l’inventivité de ces héroïnes de la modernité pourrait bien inspirer la psychanalyse et l’aider à redevenir, enfin, une pratique de la liberté.

https://www.editionsladecouverte.fr/les_heroines_de_la_modernite-9782348081934

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Laurie Laufer exerce la psychanalyse à Paris. Elle est directrice de l’UFR Institut des Humanités, sciences et sociétés de l’Université Paris Cité.

Elle est aussi l’autrice de :
L’inconscient, Liens liens qui libèrent , 2024, tire du podcast sur France Inter.

Vers une psychanalyse émancipée, renouer avec la subversion. Paris, 2022, La Découverte

Murmures de l’art à la psychanalyse, Paris Hermann, 2021

– avec Sandra Boehringer, Après Les Aveux de la chair. Généalogie du sujet chez Michel Foucault, Paris, EPEL, 2020

–  « De quoi LGBTQI++ est-il le nom ? une psychanalyse en mutation », In analysis.

–  « Du rire à la joie : psychanalyse, féminisme et politique », Cahiers du genre, 68, 2020

–  L’énigme du deuil, Paris, PUF, 2006

Elle co-anime le séminaire « Cliniques et critiques » avec Thamy Ayouch, Fabrice Bourlez, Lionel Le Corre, Silvia Lippi, Sinziana Ravini: https://menageriedeverre.com/evenements/seminaire-cliniques-et-critiques-indifferences-sexuelles#presentation

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Voici le programme de notre séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui », sur le « féminin »/ »masculin »:

Et celui du cycle « (Re)découvrir Lou Andreas-Salomé », que l’association strasbourgeoise À livre ouvert / Wie ein offenes Buch consacre tout au long de la saison 2025/26 à cette intellectuelle germanophone d’origine russe. En effet, Laurie Laufer y interviendra le samedi, 11 avril 2026, 16h, pour une table ronde intitulée « Lou Andreas-Salomé et la psychanalyse : une amitié introspective ». Avec entre autres notre amie Ondine Arnould (philosophe), qui interviendra le 2 avril 2026 (21h) sur cette même Lou Andreas-Salomé à notre séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui », sur zoom.

Samedi 15 et dimanche 16 novembre 2025

à l’ASIEM, Paris 6, rue Albert de l’Apparent, 75007 Paris

Comité d’organisation

Georgette BOCCHINI-REVEST, Alain LEMOSOF, Yves LUGRIN, Jean-Pierre MARCOS, Claude STARCK

Si les affects émergent par des éprouvés corporels, le sensoriel, l’image, comment les interpréter, dans les dissonances du langage ou les altérations du discours – puisque nous entendons des paroles sans affects, et percevons des affects sans parole ?

La clinique analytique, via l’analyse du transfert, nous pousse à réfléchir à la fonction de traducteur, de transmetteur qu’il nous arrive parfois de pratiquer, face à des affects non reliés à des représentations ou à l’absence d’affects.

Nos pratiques d’aujourd’hui, issues de l’œuvre et de la métapsychologie freudienne comme de l’héritage lacanien, s’inscrivent dans une tradition intellectuelle occidentale où le langage et le discours ont été érigés en principes fondamentaux, souvent au détriment du sensible et des émotions. Cette perspective, qui structure encore largement notre écoute clinique, nous engage à approfondir cette recherche qui s’est enrichie de l’apport de S. Ferenczi, A. Green, P. Aulagnier, J. Mc Dougall et d’autres. Ils nous accompagneront tout au long de ce colloque.

Notre époque, celle de l’empathie et du tout émotionnel ne se place-t-elle pas en opposition à notre clinique ?  Ne s’agit-il pas de prendre en considération la notion centrale d’affect en la réinscrivant dans la structure de l’inconscient après Freud et Lacan.

Cette réflexion s’adossera à d’autres travaux qui se sont développés dans la vie des idées ces dernières années et explorent avec de plus en plus d’intérêt le monde du sensible. Des historiens et historiennes, notamment, ont mis au cœur de leurs recherches la question de l’expression des affects dans l’analyse qu’ils font de leurs sources, dans les archives, et de leur propre capacité à leur donner sens, pour restituer les éprouvés par-delà les mots consignés.

PROGRAMME

SAMEDI 15 NOVEMBRE 2025

MATINÉE : 9h00 à 13h00
Présidente de séance : Maylis de LA SAUSSAY

9h00 : Accueil des participants

9h15
Ouverture : Georgette BOCCHINI-REVEST et Jean-Pierre MARCOS

9h45
Yves LUGRIN « Affects et exigence de figurabilité́ »

10h15
Georgette BOCCHINI-REVEST : « Ce que mon langage tait, mon corps le dit »

11h00 : Pause

11h30
Dominique BOURDIN « L’(in)disponible affect »

12h00
Alain LEMOSOF : « Entr’ouvrir »

13h00 : Déjeuner

APRES-MIDI : 14h30 à 18h00
Président de séance : Dominique LAJEAT
Discutante : Catherine VEY

14h30
Jean-François CHIANTARETTO : « Tomber hors du monde : L’effroi »

15h00
Jean-François SOLAL : « Négativité́ et angoisse de transfert »

16h00 : Pause

Discutante : Marion LEVY

16h30
Daniel KOREN « L’affect, enjeu et symptôme de la psychanalyse contemporaine »

17h00
Jean Pierre MARCOS « Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille »

18h00 : Fin de la journée

DIMANCHE 16 NOVEMBRE 2025

MATINÉE : 10h00-12h30
(ATELIERS)

Atelier 1
« Psychanalyse, littérature et affects »
Dominique BONNAFE, Sandra HUEBER, Dimitri LORRAIN, Claude STARCK

Atelier 2
« Dans l’entre deux du corps et de la parole, l’affect »
Gilles BENARD, Malgorzata MALISZEWSKA, Nicolas ROBERT, Nawal SOUISSI
Discutant : Christian CHAPUT

Atelier 3
« Du nourrisson au bébé́ dans l’homme »Brigitte BORSONI, Lucie CHARIAL, Marie DESSONS
Discutants : Yves LUGRIN et Maylis de LA SAUSSAY

APRES-MIDI : 14h00-18h00
Présidente de séance : Marcianne BLEVIS

14h00 -17h30
« L’effacement des traces. Comment faire sens, restituer les éprouvés ? », « Des historiens à l’épreuve des affects ».

  • 14h15: Anouche KUNTH
  • 14h45: Jérémy FOA
  • 16h00: Sylvain PIRON

Discussion avec Marcianne BLEVIS, Georgette BOCCHINI-REVEST et Clémence REVEST

17h15
Conclusion : Monique DAVID-MENARD

Chères amies, chers amis,

            J’aimerais ici vous faire part de la manière dont j’appréhende la très importante réflexion de Darian Leader dans son livre, La jouissance, vraiment ? (Stilus, 2020). De cet ouvrage, je vais présenter et mettre au travail des éléments[1].

En complément de cela, j’aimerais annoncer ici que je parlerai de son ouvrage « Qu’est-ce que cache le sexe? » récemment traduit en français (Albin Michel, 2024) lors de la séance du 8 janvier 2026 de notre séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » (FEDEPSY) sur le « féminin »/ »masculin ». La séance sera l’occasion de deux interventions : l’une de Frédérique Riedlin (psychanalyste) à partir du titre « L’orgasme: féminin? masculin? autre? » ; l’autre de moi élaborant sur le titre « Sexe créatif, satisfaction subjectivante et orgasme : élaboration avec Donald W. Winnicott (« Vivre créativement »), Darian Leader, Maggie Nelson et Eve Kosofsky Sedgwick ».

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            Dans ce livre, l’auteur, en historicisant la pratique et la pensée de Lacan, rouvre les questionnements de Lacan sur la jouissance. Ainsi déploie-t-il ce que j’appellerais un freudo-lacanisme personnel et rénové, solidement subjectivant, car permettant le déploiement chez le sujet d’un mode de jouissance subjectivant. Darian Leader nous aide à nous repérer cliniquement et théoriquement face à la notion de jouissance que Lacan a développée, mais aussi plus généralement face à l’enseignement de Lacan. Cela nous est très précieux, car la problématisation de Lacan en termes de jouissance est fondatrice cliniquement et théoriquement, en même temps que son élaboration de ce problème est souvent contradictoire, plurielle – et demande tout un travail de réélaborations[2].

            La psychanalyse dans son histoire a développé différentes lignes pratiques et théoriques, le freudo-lacanisme, dans sa pluralité, étant une de ces lignes parmi d’autres[3]. Dans sa pratique et théorisation personnelle, l’analyste peut essayer d’articuler de manière rigoureuse les apports de différentes pratiques et théorisations. Plus encore, s’appuyer sur les apports de Lacan nous dote d’outils cruciaux pour nous orienter dans la pratique. En ce sens, la clinique contemporaine et notre nouveau contexte[4] demandent de nouvelles interprétations de la pensée de Lacan – et de son apport fécondement irritant[5].

            C’est en sens que Darian Leader déploie un freudo-lacanisme ouvert aux théorisations post-freudiennes fécondes. Un freudo-lacanisme aussi plus centré sur le désir du sujet – au sens freudien – et sur le lien à l’Autre, que sur le désir de l’Autre. Le désir de l’Autre, comme désir de désir, devant, dans le lien du sujet à l’Autre, être soutenant du désir du sujet[6]. Toutefois, Darian Leader refuse d’ « anthropomorphise(r) » (p. 101) la psychanalyse et le sujet[7]. Plus encore, l’auteur n’hésite pas à prendre Lacan à rebrousse-poil, pour tirer certains fils d’habitude peu élaborés de son oeuvre, et les approfondir dans le sens qui lui semble fécond.

            Plus largement, du point de vue de l’histoire de la psychanalyse, Darian Leader fait partie de ces auteurs qui nous permettent d’appréhender en quoi Freud[8], Lacan, et le freudo-lacanisme, ont apporté des avancées fondamentales, en nous apportant des concepts qui nous orientent dans la pratique. De plus, tout savoir étant partiel, il considère à raison : que ces avancées ont aussi eu des limites ; que Freud et Lacan ont étudié certains problèmes de manière partielle ; et que d’autres questions, concepts et élaborations, qui ont surgi après Freud, et en dehors de Lacan, sont aussi intéressantes à étudier. Bref, ces autres questions, concepts et élaborations, l’analyste freudo-lacanien gagne s’il le souhaite à les prendre en compte[9]. En d’autres termes, bien des analystes post-freudiens, et bien des analystes tenants d’une psychanalyse de la relation d’objet, dans la mesure où leurs pratiques et leur théorie s’opposent à toute normalisation, ont traité des problèmes importants et proposé des concepts et des élaborations féconds. Dès lors, il est intéressant de déplier tranquillement les problèmes posés, et la pluralité des élaborations de ceux-ci. Ce qui ouvre aussi à la possibilité, pour l’analyste (freudo-lacanien dans mon cas), de méditer les apports ou les limites d’apports divers, et de se nourrir de manière rigoureuse de ceux qu’il trouve fécond, dans son style analytique singulier. Et d’ouvrir ainsi à des nouvelles lectures de Freud, de Lacan – ou d’autres. D’ailleurs Darian Leader – et ce n’est pas le moindre de ses apports – développe une perspective considérant que le fait que l’analyste se donne, dans sa petite théorie psychanalytique portative, la possibilité d’élaborer une pluralité de perspectives analytiques, est fécond du point de vue de sa pratique et de sa théorie. Comme du point de vue de sa lecture – et de sa transmission – de Freud, de Lacan (et d’autres), et de l’histoire de la psychanalyse. Ce pour bricoler au mieux la complexité de la clinique. Et aussi pour développer une parole psychanalytique et une pensée de la psychanalyse en dynamique, en partant avant tout de la clinique, et de ses événements qui toujours viennent interroger notre théorie.

            Ainsi, la relecture de Lacan par Darian Leader[10] ne s’interdit pas, malgré les préventions de Lacan contre la psychanalyse de la « relation d’objet », de se nourrir d’auteurs d’autres traditions, particulièrement de la psychanalyse fondée sur ce que Darian Leader appelle un « modèle relationnel » (p. 34) – et donc prenant largement en compte le « lien à l’Autre », la « relation d’objet ». Plus encore, je dirais que Darian Leader élabore les apports de la théorie de la relation d’objet sous sa forme féconde, subjectivante, car insistant sur la sexualité et le pulsionnel, mais aussi sur la singularisation du sujet par rapport à son environnement – j’aimerais ici citer Balint ou Winnicott, sur lesquels je reviendrai. Ce qui, pour le dire dans mes termes, permet d’éviter toute soumission du sujet aux tendances normalisatrices qui, dans cet environnement, s’opposent à sa subjectivation. Car si Lacan a fécondement critiqué la psychanalyse de la relation d’objet sous sa forme normalisatrice (comme celle de Bouvet), et s’il a aussi fécondement critiqué la manière dont nombre de tenants de la théorie de la relation d’objet négligent la sexualité au sens freudien, Darian Leader nous montre à mon sens pourtant qu’il peut être fécond de prendre en compte, contre cette version normalisatrice de la psychanalyse de la relation d’objet, une autre psychanalyse de la relation d’objet, plus féconde. Et qui est elle, je dirais (dans ma perspectivre propre, différente de Darian Leader sur certains plans), à la fois dénormativante, singularisante et subjectivante, particulièrement chez les auteurs qui prennent en compte la sexualité au sens freudien.  Je citerais pour ma part en premier lieu Balint, ou Winnicott[11], que Darian Leader élabore – il élabore aussi particulièrement Erikson, Stephen, ou Fromm. D’ailleurs, même si certains tenants de cette psychanalyse de la relation d’objet, comme justement Fromm, ne prennent pas assez en compte la sexualité au sens de Freud, ce qu’il a donné à penser peut-être sur certains points importants fécond. Bref, ce sont là des débats classiques de la psychanalyse et de son histoire, mais Darian Leader nous propose de les reprendre autrement pour élaborer avec différentes lignes pratiques et théoriques les différentes dimensions de la cure et de la subjectivité dans leur complexité.

            En ce sens, Darian Leader reprend créativement Lacan et se donne le droit d’en donner une lecture personnelle et parfois critique, lorsque celui-ci, malgré son immense apport, lui semble déployer plus un élément de fermeture qu’une élaboration créative. En relisant la théorie de la jouissance de Lacan, il ouvre à une forme singulièrement relationnelle de freudo-lacanisme personnel et rénové. Pour cela, Darian Leader travaille à repérer ce qui chez Freud et Lacan relève d’une conflictualité entre ce qu’il appelle : d’un côté, l’ouverture d’élaborations allant dans le sens du « modèle relationnel », en ce qu’il est subjectivant, et prenant en compte, concernant le sujet, le « lien » (de parole) « à l’Autre » ; et de l’autre, la refermeture sur une conception du sujet comme « monade isolée »[12].

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            Dans cette lecture par l’auteur de la manière dont Lacan a posé le problème de la jouissance, lecture donc depuis un « modèle relationnel » sous sa forme subjectivante, le sujet est envisagé d’abord dans le lien à l’Autre – Autre à la fois relationnel, mais aussi Autre de la parole et du signifiant. Ce qui permet d’éclairer sous une lumière nouvelle, avec Lacan mais aussi quelque peu au-delà de Lacan, ce problème de la jouissance. Et ainsi d’envisager tout un ensemble de questions cliniques que le freudo-lacanisme, sous sa forme ouverte, n’a pas l’habitude de prendre en compte.

            Plus en détails, Darian Leader se démarque de ce qu’il appelle le « modèle fermé » de la psychanalyse, que l’on trouve, montre-t-il, dans tout un pan des pratiques et pensées de Freud et de Lacan – considérant que leurs pratiques et leurs pensées sont conflictuelles. Dans ce « modèle fermé », le sujet est avant tout un « réservoir fermé de libido » (p. 34), plus encore une « monade isolée » (p. 13). Chez Lacan, cette « monade isolée » est « sans lien à l’Autre » (p.13) et est structurée par un « pur Un de la jouissance ». Dès lors, la cure a fondamentalement pour fonction de mettre en crise cette subjectivité monadique par la mise en place de l’objet petit « a » et par la « positivation du manque » (p. 113). Il en va ici de ce que j’appellerais le primat du manque que déploie souvent le freudo-lacanisme (ce qui implique un dans une lecture de Lacan que l’on peut qualifier de négativiste, dominante dans l’histoire de la lecture de Lacan, comme je vais le développer tout de suite), et que Darian Leader, tout en reconnaissant la part du manque, critique. Et il est vrai que le manque, dirais-je, dans les faits, dans la vie comme dans la cure, ne doit pas être hypostasié : il implique d’ailleurs, comme l’établit Lacan – et y a insisté Lucien Israël -, la nécessité de la satisfaction, de la joie et de la rencontre sous leurs formes subjectivantes[13]. Ce qui veut dire que, dans la cure, et comme le propose Lacan, l’analyse doit pouvoir procurer au sujet une rencontre – à la fois symbolique et sinthomalisante – avec le tiers[14], ouvrant à une satisfaction subjectivante, à un mode de jouissance subjectivant spécifiquement analytique. En lien à la mise en place dans la cure d’une nouvelle relation, ouverte, à la satisfaction, à la jouissance. Lorsque je dis cela, j’envisage, avec Lacan[15], une pratique analytique qui pose la nécessité du manque, mais non point son primat. Qui prend en compte l' »expérience dialectique » de la psychanalyse que Lacan pratique et éclaire : le fait qu’il n’y a pas que de la négativité dans l’analyse (manque, finitude…[16])[17], mais aussi une positivité subjectivante et créative, avec joie, satisfaction – et même enthousiasme[18] – spécifiques, liée au désir et à la « hâte » ou l’urgence de vivre. Ouvrant, par l’analyse et dans la vie, à une joie et une satisfaction subjectivante et créatives, un mode de jouissance subjectivant et créatifs[19]. Bref, la lecture que l’on pourrait appeler négativiste de Lacan posant le primat absolu du manque, courante dans le freudo-lacanisme, relève d’une interprétation de son enseignement qui passe à côté de la dialectique que Lacan a bien plutôt pratiquée et pensée. Face cela, au regard de l’expérience dialectique de la psychanalyse et de l’enseignement de Lacan, je pense plus juste de s’orienter dans le sens d’une élaboration de Lacan qui prenne en compte sa pratique et sa conception, justement dialectiques, de la psychanalyse. C’est-à-dire articulant négativité inéluctable (du manque, de la finitude, de l’angoisse…) et positivité subjectivante et créative. Ce avec une lecture de Lacan[20] allant dans le sens de la prise en compte de la satisfaction, de la joie, de l’enthousiasme, de la rencontre subjectivante, de la créativité du symbolique et de l’amour de transfert…[21] Notons d’ailleurs que Lacan lui-même a dans certains passages de son oeuvre cédé à ce que l’on pourrait appeler ce négativisme, dans la propre conception qu’il avait de la cure et de son oeuvre[22]. Et que le présent éclairage de son apport va contre cette propre tendance chez Lacan.

            En ce sens, un point crucial de ce livre consiste dans le fait qu’il éclaire de manière particulièrement féconde ce qui dans la pratique et la pensée de Lacan permet de penser et de soutenir, dans la cure, le déploiement chez le sujet de son « désir ». Et ce par le déploiement du « refus fondamental de la demande de l’Autre, un rejet de ses signifiants, ou de certains d’entre eux » (p. 80). D’ailleurs cela rejoint ce que nous dit Lacan dans le Séminaire D’un Autre à l’autre, sur le fait que la parole du sujet doit se singulariser par rapport au discours de l’Autre.

            Sans ce refus fondateur pour la subjectivation, montre Darian Leader, il y a « assimilation à la demande de l’Autre », ce qui « annule » en fait le sujet (p. 80) : le sujet est alors pris dans la jouissance de l’Autre. Bref, il en va là d’un non fondateur permettant au sujet de se dégager de cette demande et de cette jouissance. Ce qui fait du sujet – il me semble dans une formulation plus freudienne que lacanienne – « un pôle d’action et de motivation ». Ce qui aussi, point très important, « impliqu(e) en même temps le manque d’un signifiant ». Ici, notons-le, le sujet n’est « pas » « vide », il n’est pas non plus un « pur effet » : il est « pure action, fût-elle minimale » (p. 80).

            Cette action subjectivante du sujet, Darian Leader l’élabore aussi en reprenant Erikson et Fromm, en la liant donc au refus des signifiants inscrits dans le lien (de parole) à l’Autre lorsqu’il est désubjectivant. Ce qui ouvre, dirais-je, au déploiement d’un mode de jouissance subjectif et subjectivant. Plus encore, je rapprocherais cette réflexion de l’auteur sur cette action du sujet avec la réflexion de Freud sur le fait que le complexe d’Oedipe du sujet doit le mener à l’adolescence au « détachement par rapport à l’autorité parentale »[23] – Freud ayant formulé ce problème fondamental, malgré l’élaboration hétéro-patriarcale que Freud peut en donner [24].

            Plus encore, Darian Leader insiste sur le fait que, souvent, dans la cure ou dans le cheminement subjectif du sujet, cette pure action du sujet, liée au refus fécond de la demande de l’Autre, passe, pour le sujet, par un temps où il n’est pas sans se faire du mal à lui-même, sans que le sujet s’attaque lui-même. Ce en tant qu’il prend sa propre jouissance dans la demande – et dans la jouissance – de l’Autre  (p. 80).  Bref, il en va là d’une « douleur constituante » (p. 65), d’ailleurs liée au plaisir[25]. En lien au déploiement sur soi de la destructivité.  Ce retournement sur soi de la destructivité constitue, dirais-je, un trouble pouvant devenir, par la cure, un symptôme. Car, dialectiquement, le travail analytique vise alors à aider le sujet à passer par la traversée de ce trouble lié au déploiement de la destructivité, pour en faire un symptôme. Ce en premier dans le lien de parole à l’analyste

            Plus encore, la subjectivation passe même, selon Darian Leader (élaborant ici Erikson), pour le sujet ayant été pris dans des liens à l’Autre désubjectivants, par le fait d’aller vers la « recherche radicale de toucher le fond ». Ce dans une « identité négative » où le sujet « s’identifie aux éléments que le parent lui a présentés comme les plus indésirables ou les plus dangereux, mais aussi les plus réels ». Ce qui est « à la fois comme l’ultime limite de la régression et l’unique fondation solide pour une progression » (citation d’Erikson, pour qui, rappelle Darian Leader, la parole est un « pacte » et « définit » le sujet[26]) (p. 39-41).

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            Une fois ceci posé, je peux en venir au fait que Darian Leader voit dans la « jouissance », telle que la pense Lacan dans des termes nourris du discours juridique, une forme particulière de « lien à l’Autre », de « relation d’objet » où l’Autre pose une « hypothèque » sur le sujet. Ce en un « processus » d’« abolition » et de « non-reconnaissance » de celui-ci (p. 28) – je parlerais pour ma part de processus désubjectivant, car prenant le sujet dans un mode de jouissance désubjectivant. Ici dans son lien au sujet, l’Autre, ayant donc un mode de jouissance désubjectivant, déploie effectivement, dans son lien au sujet, à la fois une jouissance abolissant le sujet, et poussant le sujet dans l’abolition de soi (p. 13). En d’autres termes, il en va là de la question du pouvoir.

            Dès lors, face à cela, la cure vise à soutenir, dans le lien analytique ouvrant, la reconnaissance de l’existence, dans l’histoire infantile du sujet, mais aussi plus tard, de ce lien (de parole) à l’Autre et à son mode de jouissance désubjectivant – d’une partie de son environnement et de son discours. La cure vise aussi à la reconnaissance et au déploiement, par le sujet, de la séparation d’avec cet Autre et d’avec sa jouissance désubjectivante[27]. Ce qui passe par la différenciation des jouissances, et donc par le déploiement et la reconnaissance par le sujet du refus de la demande de l’Autre – liée à sa jouissance –  qui habite ses troubles. Et donc par le refus des signifiants liés à cette jouissance.

            Ce geste de séparation, insiste Darian Leader, a sa part de « douleur » (p. 81). Car la douleur, en lien au plaisir, est une question centrale dans la cure – sur laquelle Lacan n’insiste pas assez selon l’auteur. Bref, la douleur est un affect qui permet d’orienter l’écoute de l’analyste pour suivre le fil de la subjectivation du patient.

            Ce geste de séparation a aussi sa part de « risque » (p. 81). En effet, dirais-je, il peut aussi échouer, suivant la manière dont le sujet trouver ou non dans son environnement des liens d’appuis, qui permettent que se déploie sa subjectivation

            Ainsi, nous montre Darian Leader, l’analyste, s’il se positionne dans le sens évoqué (ce qui demande, selon moi, de sa part tout un travail de retour sur son propre rapport à la destructivité, à la jouissance, un travail sur sa résistance – une traversée de son symptôme et un travail de repérage de son sinthome – comme y insiste Lacan), peut aider le sujet à reconnaitre ce qu’il en est de sa jouissance et de la jouissance dans son environnement. L’analyste peut ainsi aider le patient à cheminer vers le fait de ne plus reporter sur lui-même la « haine » ni la « rage », qu’il ressent (légitimement) vis-à-vis de l’Autre le prenant dans sa demande et dans sa jouissance (p. 29). Et donc de ne pas rester pris dans une douleur pas assez élaborée.

            Dans ce cadre, le cheminement analytique passe ainsi pour le sujet par la traversée et par la reconnaissance de sa propre jouissance, de celle(s) de son environnement, et de l’encastrement des deux. Il passe aussi par la traversée et la reconnaissance de ces impulsions affectives nécessaires à la subjectivation que sont la haine et la rage. Ce qui aide le sujet à reconnaître la « part de refus de la demande qui habite son geste d’auto-abolition de soi » (p. 29), et à rendre la compulsion de répétition créative – pour citer Lucien Israël[28]. En effet, je l’ai dit, pour Darian Leader, les affects de haine et de rage, en lien à la douleur, lorsqu’ils sont donc retournés contre le sujet, sont liés au déploiement masochiste par le sujet d’une auto-abolition qui répète l’abolition subie de la part de l’Autre, et qui agit aussi la demande – surmoïque – d’abolition de ce dernier. Il reste que ces affects de haine et de rage constituent déjà pour le sujet, même dans cette auto-abolition masochiste, une tentative, dirais-je, de résister à l’environnement, et de tenter de produire quelque chose comme une subjectivité – un désir. Ce alors même que le sujet était, du fait d’un rapport de force défavorable (celui de l’enfant face à l’Autre), pris dans le mode de jouissance désubjectivant de l’Autre.

            Plus encore, l’éclairage de Darian Leader permet à l’analyste de solidement repérer dans la cure la manière dont le sujet est parfois « prisonnier d’un idéal mortifère » (p. 29). Et de solidement repérer aussi la manière dont cet idéal désubjectivant – que le sujet reprend le plus souvent de l’autre – verrouille le lien (de parole) à l’Autre désubjectivant et le mode de jouissance dans lequel le sujet est pris. Ce qui le bloque dans cette « abolition » de soi qu’il connaît (et a connu).

            Bref, on le verra j’espère, la cure telle que la pratique et la théorise Darian Leader constitue une forme singulière et solidement ouvrante de psychanalyse freudo-lacanienne. Car, dirais-je, par son mode de parole et d’écoute désirant, créatif, produisant une reconnaissance et une traversée, l’analyse initie aussi le sujet à un mode de jouissance subjectivant – ayant consenti au désir. Ce qui permet une satisfaction ouverte spécifique analytique[29], et une joie de la subjectivation[30]. Cela ouvre au dégagement singularisant de la jouissance du sujet de la jouissance de l’Autre. Ce qui permet au sujet de produire un symptôme singulier. Cela ouvre aussi au travail interminable de dialectisation de ce symptôme et de la jouissance, qui existe inéluctablement dans la vie corporelle et psychique, mais aussi dans la parole, du sujet.

            Dans l’analyse telle que la pratique et la théorise Darian Leader, il en va d’un lien (de parole) désirant à l’Autre – à l’analyste – qui permet au sujet de se déprendre de la jouissance de l’Autre, celle de l’analyste en premier lieu, mais aussi particulièrement celle de l’Autre des liens désubjectivants passés et présents.

            Tout ceci pose la question de la forme que prend factuellement la demande – mais aussi le mode de jouissance – de l’Autre qui, au début de la vie psychique du sujet et dans sa jeunesse, a inscrit le sujet, justement dans une certaine forme de demande et dans une relation spécifique à la jouissance – ainsi qu’aux signifiants. Cela amène Darian Leader à considérer (avec Erikson encore) que le sujet, dans son enfance, s’il a eu à faire à un environnement désubjectivant, a parfois « reconnu la faiblesse des parents ou leurs souhaits inexprimés » (p. 40). Il en va là des questions, déjà évoquées plus avant : du fait de « se séparer de l’Autre » et de l’ « idéal négatif » dans lequel le sujet est pris (p. 38-39). Ici, le sujet, dans la cure, doit donc pouvoir perlaborer cette première expérience de lucidité infantile, prenant une forme désubjectivante, concernant les limites de ses parents, leur finitude. Cette élaboration permettra au patient d’accéder, je dirais (en élaborant Lacan), au fait que ses parents sont des Autres marqués par la finitude. Ce même s’ils l’ont dénié, et ont érigé en ce sens un scénario d’omnipotence de l’Autre – et ont pris le sujet dans celui-ci.[31]

            Ainsi, selon Darian Leader, c’est « l’objet » qui « est créé à travers la relation à l’Autre, plutôt que l’inverse » (p. 89). Ce qui pose aussi la question de la transitionnalité au sens de Winnicott (p. 93). D’ailleurs – et c’est une question clinique cruciale -, la jouissance, rappelle Darian Leader, est liée à l’autoérotisme infantile. En effet, l’expérience psychanalytique montre que l’autoérotisme infantile n’est pas primaire, qu’il est lui-même pris dans le lien à l’Autre[32], comme l’établit Freud (p. 13). Cela permet d’envisager l’autoérotisme non comme quelque chose de désubjectivant, comme y insiste le plus souvent Lacan[33] (par exemple, pour donner une référence qui me vient, lorsqu’il parle du « clitoris » comme « autistique »[34]), mais bien comme quelque chose de fondamentalement subjectivant, car élaborant au niveau de la sexualité les affects de haine et de rage[35].

            Cela concerne directement le positionnement de l’analyste. Sur ce point, celui-ci, justement, propose Darian Leader, gagne à accueillir l’élaboration psychique existante chez le sujet dans son autoérotisme, ainsi que les affects de douleur et de plaisir, de haine et de rage qui lui sont associés. Ce que, malgré son apport, Lacan, dans sa pratique, ne fait globalement pas assez, ajoute Darian Leader.

            Plus encore, dirais-je, le positionnement analytique que pratique Darian Leader propose à l’analyste me semble aller dans le sens du fait de déployer un désir de désir proposantun lien (de parole) à l’Autre ouvert, où peut avoir lieu, ajouterais-je, une rencontre symbolique au sens de Lacan[36] et d’Israël[37] – permettant ce que Darian Leader appelle lui un « acte de foi archaïque dans le symbolique » (p. 106).  

            En ce sens, Darian Leader propose aussi, il me semble, à l’analyste de travailler à accepter de prendre en compte le fait que le lien (de parole) à l’Autre – et à l’environnement du sujet – a une dimension factuelle : dans l’histoire du sujet, le lien (de parole) à l’Autre a pu et peut être factuellement subjectivant ou désubjectivant. Ici, la prise en compte de la réalité et de la factualité du lien (de parole) à l’Autre ne s’oppose pas à l’écoute de la parole et de signifiant, depuis la vie psychique et fantasmatique du sujet. Comme c’est plutôt le cas dans le « scepticisme » de Lacan[38], proche de celui de Freud, qui l’amène à régulièrement opposer d’un côté le lien factuel à l’Autre et de l’autre le signifiant. Ici je dirais que, si ce scepticisme a historiquement accompagné le geste psychanalytique de reconnaitre les réalités psychiques et discursives, la perspective de Darian Leader propose d’envisager les choses autrement.

            Ainsi, si ce lien (de parole) à l’Autre a factuellement été désubjectivant, si le sujet s’est vu factuellement imposer un mode de jouissance désubjectivant, eh bien la cure a pour fonction de l’aider à s’en dégager et à mettre en place un mode de jouissance subjectivant. Je dirais que Darian Leader nous propose d’envisager et pratiquer une psychanalyse qui prend en compte, de manière équilibrée et complexe, ces différentes réalités : signifiante, psychique, mais aussi celle du lien (de parole) à l’Autre.

            Dans le positionnement de l’analyse, cela va avec le fait d’éviter toute position d’autorité[39]. Ici, pour le dire avec Leclaire[40] dans son débat avec Lacan : il s’agit pour l’analyste de déployer un « désir de l’Autre un peu délié ». De déployer un désir de l’Autre, ou un désir d’analyste, habité, si j’élabore l’expression de Leclaire, par la « déliaison » de l’ « analyse ». En effet, ainsi que la définit Freud, l’analyse, comme proche de l’analyse chimique, est déliaison, et je dirais, dès lors : ouverture au fait que le lien (de parole) à l’Autre dans l’analyse en vient à être délié, ouvert.

            Nous en venons aussi ici, à mon sens, en ce point où Lacan parfois problématiquement confond le désir et la jouissance. Et où parfois, lorsqu’il insiste manifestement sur le geste, pour l’analyste, de ne pas céder sur son désir, en fait plutôt, de manière latente, oriente l’analyste vers le fait de ne pas céder sur sa jouissance[41].

            En ce sens, selon Darian Leader, la théorie de Lacan du pur Un de jouissance et du primat du manque (parce que comme le dit Darian Leader la douleur, ainsi que la haine et la rage, sont évitées dans la cure) n’est pas en mesure d’aider l’analyste à soutenir solidement le patient dans le sens d’une sortie de la compulsion de répétition. Cela est d’ailleurs, ajoute l’auteur, à relier à la manière dont la théorisation de Lacan, concernant la jouissance, passant par l’élaboration de la réflexion de Hegel sur le maitre et l’esclave, est insuffisante. Ce dans la mesure où, affirmant que le maitre ne jouit pas, Lacan évite la question de la jouissance du maitre (p. 66). Cela empêche d’ailleurs Lacan, ajouterais-je, d’aller jusqu’au bout des élaborations pourtant ouvrantes sur la question du pouvoir.

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            Darian Leader insiste sur la nécessité d’historiciser l’œuvre de Lacan, pour approfondir les problématisations et les élaborations fécondes de son enseignement, en même temps que d’autres de ses élaborations sont à critiquer, abandonner ou à reprendre. En ce sens, montre l’auteur, Lacan a l’immense mérite de problématiser les mécanismes de la jouissance. Mais son élaboration sur la jouissance gagne à être remise en perspective, afin d’éviter différentes apories. Parmi ces apories, l’on trouve tout d’abord les limites de sa théorie du stade du miroir (p. 46sq.) – limites qu’a aussi relevées Lucien Israël[42].

            En fait, c’est l’ensemble des réflexions de Lacan sur la jouissance, que Darian Leader retraverse et remet en perspective. Ce entre autres pour insister sur le fait que c’est selon lui dans son virage de 1963, dans le séminaire sur L’Angoisse, que l’enseignement de Lacan se rigidifie. Dans ce séminaire, Lacan pose en effet, à la suite des textes de Freud où il déploie, j’y reviens, un modèle fermé[43], celui de l’existence d’une monade, sans lien à l’Autre, etsoi-disant primaire. Bref, le sujet est ici défini comme (je cite le séminaire X. de Lacan lu par Darian Leader p. 46 de son livre) une « réserve de libido » liée à « ce qu’on appelle auto-érotisme », ou encore une « jouissance autiste »[44].

            Plus encore, cette théorie du sujet comme monade chez Lacan, Darian Leader nous invite, en lien à ce qui concerne le modèle RSI, à la relier au « sinthome » de Lacan (p. 127) . Je parle ici de sinthome car l’auteur voit dans « la fascination de Lacan pour les bouts de ficelle et les noeuds », lié à la topologie, un « sinthome », « une tentative de trouver un point de cohérence dans son monde ».  La théorie de Lacan des 3 anneaux renvoyant au « logo de l’entreprise de son père » (p.127-128), et constituant ainsi une écriture sinthomale, liée au sinthome de son père – en un geste fondamental de création sinthomale. Bref, la théorie de RSI et du sinthome constituent bien une ouverture fondamentale pour la psychanalyse, dans laquelle s’est déployée le propre sinthome de Lacan, de manière créative. Mais la forme d’élaboration topologique de RSI de Lacan, selon l’auteur (j’en parlerai plus loin), laisse de côté certaines questions qu’il serait pourtant intéressant de prendre en compte, pour ouvrir  à un freudo-lacanisme plus solidement subjectivant.

            Je le répète, il en va ici de la théorie de Lacan, posant l’existence, nous dit donc Darian Leader, d’une « monade isolée », d’un « pur Un de jouissance », voyant dans l’autoérotisme quelque chose où le sujet serait indemnisé de tout lien à l’Autre (p. 13). Ce à quoi Lacan ajoute, dit Darian Leader, le déploiement de la part de l’analyste du petit « a« comme « positivation du manque » (p.113). Pour Lacan, l’objet petit a – qu’il a si fécondement inventé en 1963 – permet la mise en crise de la subjectivité monadique, du pur « Un de jouissance » qui structurerait la parole du sujet (p.113).

            Une remarque ici : alors que Darian Leader voit dans l’objet petit a de Lacan une positivation du manque, autrement dit l’expression d’un primat du manque, j’aurais pour ma part tendance à insister sur le fait que l’objet petit a, Lacan le pense plutôt dans l’expérience dialectique de l’analyse, articulant d’un côté manque, expérience de la finitude, et de l’autre joie et satisfaction – satisfaction devenue subjectivante par l’analyse, comme je le l’ai dit plus avant.

            Mais j’en reviens à cette théorie monadique du sujet que Lacan déploie à partir des années 60. Dans cette théorie, selon Darian Leader, la « raison de la répétition », qui est à chercher dans le lien factuel à l’Autre, est « évitée ». Ce qui n’a pas toujours été le cas chez Lacan. En effet, cette « raison de la répétition » est, montre Darian Leader, ailleurs « traitée » par le « premier » Lacan (p. 113)[45]. En effet, avance l’auteur[46], dans son texte sur Gide publié dans les Ecrits, et datant de 1958, il relie en effet, la « jouissance primaire » à « la tentative de séparation d’avec l’Autre » (p. 84).

            De la même manière, Darian Leader développe dans ce livre ce qu’il considère comme les limites, malgré ses apports, du modèle topologique de Lacan[47]. En effet, celui-ci, parce qu’il « évite » de « donner » des « qualités positives » à la « Chose », n’est « pas en mesure » de nous permettre de penser psychanalytiquement la manière dont la « Chose (…) ‘appell(e)’ le sujet ou l’attir(e) vers elle » (p. 67-68). En d’autres termes, ce modèle topologique ne nous permet pas de penser la factualité du lien (de parole) du sujet à l’Autre. Ce même si, selon l’auteur, Lacan est pourtant sur la bonne voie, dans le Séminaire sur l’Ethique, lorsqu’il nous dit que « l’insondable agressivité » – la jouissance, commente Darian Leader -, qui habite pulsionnellement le sujet, est liée à la « Chose »[48]  (p. 67).

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            Pour élaborer de manière personnelle les apports majeurs du livre de Darian Leader, j’aimerais brièvement développer plusieurs points.

            Premièrement, pour ma part j’aurais tendance à moduler sa mise en perspective de l’évolution ou de l’oscillation de Lacan sur cette question du lien à l’Autre et de la relation d’objet. En effet, Lacan, dans le séminaire IV (1956-1957) sur la relation d’objet, développe une critique développée de la théorie de la relation d’objet. Et si Darian Leader évoque peu ce séminaire, j’aurais de mon côté tendance à dire que Lacan, dans son évolution pratique et théorique, est passé d’un refus ambivalent de la question de la relation d’objet, où il a donc parfois, pour des raisons cliniques, reconnu malgré tout son existence ; à un refus plus massif, à partir des années 60.

            Deuxièmement, j’aurais pour ma part aussi tendance à dire que si Lacan a à raison ferraillé contre les théories de la relation d’objet sous leurs formes fermées, désubjectivantes et normalisatrices (particulièrement dans son débat avec Bouvet), son orientation subjective et la virulence de ce conflit l’ont  amené à critiquer les théories de la relation d’objet en général, et donc aussi les théories plus subjectivantes de la relation d’objet – même si dans les faits il a largement mis au travail Klein, Balint, Winnicott, ou encore Fromm (concernant ce dernier, voir plus loin). D’ailleurs, c’est dans son débat avec les psychanalystes de la relation d’objet, et avec l’objet transitionnel de Winnicott, que Lacan a développé sa théorie de l’objet petit a.

            Troisièmement, concernant la théorie de l’objet petit a, je considère – avec d’autres[49] – que, au regard de l’expérience psychanalytique et de l’histoire de la psychanalyse, c’est une invention fondamentale de Lacan, un concept nous permettant, comme chez Lacan, d’élaborer de manière très ouvrante les problèmes de la perte et du manque, et de la pulsion partielle et de la destructivité. Ce en déployant une pratique psychanalytique échappant au primat du manque, mais relevant plutôt d’un » « expérience dialectique » articulant d’un côté perte, manque expérience de la finitude, et de l’autre rencontre, satisfaction et joie subjectivantes. Il reste qu’ici Darian Leader nous pose une question importante, concernant la théorie de l’objet petit a, dans l’interrogation sur le fait que cette théorie de Lacan ne prend peut-être pas assez en compte la dimension de lien à l’Autre, avec les affects de rage, de haine. En ce sens, il propose une alternative très ouvrante pour l’élaboration psychanalytique des questions de la perte et du manque, et du destin de la destructivité – sans il me semble pour autant évoquer les pulsions partielles, qui sont le coeur de l’expérience psychanalytique de l’objet petit a.

            Ainsi cette théorie alternative de Darian Leader, l’analyste, dans sa petite théorie portative, gagne je pense à la méditer et à l’élaborer, car elle touche juste concernant certains points de butée de la théorie de Lacan, et nous permet d’envisager des problèmes que Lacan – comme Freud – ne prend en compte que partiellement, ou pas vraiment.

            Quatrièmement, concernant la topologie de Lacan, je considère aussi – avec d’autres – que, au regard de l’expérience psychanalytique et de l’histoire de la psychanalyse, c’est une invention importante de Lacan, une théorie nous permettant d’élaborer de manière ouvrante les questions de la structure de la parole et de la vie psychique du sujet. Pour autant, Darian Leader me semble ouvrir ici encore à une perspective qui touche juste concernant certaines limites de cette théorie – dont la manière dont les mathèmes et la topologie lacaniennes déploient une parole laissant de côté l’affect -, et proposer une élaboration alternative fort féconde par beaucoup de points, en prenant en compte la question du lien à l’Autre.

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            Concernant la relation de Lacan à Fromm dont j’ai parlé, j’évoquerai la caractérisation par Darian Leader, a priori fort étonnante mais si éclairante, du fait que, concernant sa propre théorie de la singularisation de la parole et du désir, Lacan, même s’il passe ce fait sous silence, doit beaucoup à Erich Fromm[50]. Fromm qu’il a vertement critiqué pour ses importantes limites concernant les questions de la sexualité et de la pulsion). En effet, comme le montre Darian Leader (p. 65sq), Fromm a été largement lu par Lacan, en même temps que celui-ci le critiquait à raison. Lacan a ainsi particulièrement mis au travail, dans une autre perspective, le texte de Fromm de 1936 écrit en collaboration avec Horkheimer et Adorno dans un volume collectif sur la question de l’autorité. Dans ce texte, Fromm insiste sur le fait que le sujet « incorpore le discours parental et culturel », tandis que « la psychanalyse suppose de différencier notre propre désir de la demande de ce dernier » (p. 66-67). Ce que Lacan donc met largement au travail, dans une optique différente. Et puis le fait que Lacan ne fasse pas référence à cette reprise est tout à fait logique, dans la mesure où son enseignement s’oppose sur bien des points à Fromm – dont la réflexion a donc de très importantes limites, dans sa difficulté à prendre en compte la sexualité et la pulsion.  Mais cela ne nous empêche pas, nous, de pouvoir relever, grâce à Darian Leader, ce lien de Lacan à Fromm, malgré tout[51].

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            Ce livre de Darian Leader est aussi important, concernant Lacan, pour mettre en perspective sa réflexion sur le « féminin » et le « masculin », particulièrement dans le séminaire Encore (1972-1973). En effet, la réflexion de Lacan sur le « féminin » et le « masculin » dans Encore apparait selon l’auteur, malgré une avancée réelle, encore prise dans les limites du discours collectif – que je qualifierais de patriarcal – de son époque. Ce dans la mesure où Lacan « est, semble-t-il, impressionné par les femmes qui se sacrifient » (p. 119) [52].  Ce qui constitue un élément fort intéressant dans le débat sur les apports et les limites de Lacan concernant la sexualité féminine.

            Plus encore, Darian Leader avance d’autres pistes théoriques fort novatrices, par exemple celle selon laquelle l’élaboration discursive par le sujet de sa sexualité vise à représenter le lien à l’Autre (p. 89 et 93).        

            Un autre point fort novateur du livre est la manière dont, dans nos sociétés que je qualifierais de postmoderne, au mythe patriarcal du père de la horde jouissant de toutes les femmes, s’est substitué le nouveau mythe d’un père de la horde numérique qui absorbe tous les datas, dans le sens d’une omniscience qui lui permet d’exploiter ces données et d’en jouir (p. 72). 

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            Pour ceux d’entre vous qui comprennent l’anglais, je mets ici le lien vers la passionnante intervention de Darian Leader concernant et à partir de son ouvrage, sur postcast Rendering uncounscious, de Vanessa Sinclair.

            Darian Leader est psychanalyste à Londres, membre de Centre for Freudian Analysis and Research. Il a publié (de nombreux livres ont été traduits en français):

Bibliographie en anglais :

  • Lacan for Beginners, 1995, later editions with a changed title: Introducing Lacan (2000, 2005)
  • Why Do Women Write More Letters Than they Post?, 1996
  • Promises Lovers Make When It Gets Late, 1997
  • Freud’s Footnotes, 2000
  • Stealing the Mona Lisa: What Art Stops Us from Seeing, 2002
  • Why Do People Get Ill? Exploring the Mind-Body-Connection (with David Corfiel), 2007
  • The New Black. Mourning, Melancholia and Depression, 2008
  • What Is Madness?, 2011
  • Strictly Bipolar, 2013
  • Hands: What We Do With Them – and Why, 2016
  • Why Can’t We Sleep?, 2019
  • Jouissance: Sexuality, Suffering and Satisfaction. 2021
  • Is It Ever Just Sex? 2024

Traduit chez Stilus:

  • Qu’est ce que la folie? 2017

Récemment publié en francais:

  • Qu’est-ce que cache le sexe? Albin Michel, 2024

Son site : https://www.darianleader.com/


[1] Non sans garder toutefois quelque insatisfaction concernant cette élaboration, qui passe sans doute à côté d’éléments importants de ce livre si riche.

[2] Comme l’a montré Nestor A. Braunstein. La jouissance, un concept lacanien, Stilus, 1992.

[3] Guénaël Visentini, Ecrire et penser par cas en psychanalyse.

[4] Sur ce nouveau contexte, que je qualifie de postmoderne, en définissant de manière irréductible personnelle et positive ce terme, je me permets de renvoyer à Dimitri Lorrain (2024) sur Maggie Nelson. https://dimitrilorrain.org/2024/12/06/sortie-de-refaire-famille-pour-en-finir-avec-les-stereotypes-de-genre-coordonne-par-thierry-goguel-dallondans-anthropologue-univ-strasbourg-et-jonathan-nicolas-psyc/

Sachant que certains bouleversements politiques et culturels récents allant dans le sens de l’autoritarisme produisent de nouvelles modifications de notre contexte. 

[5] Jean-Michel Rabaté, Lacan l’irritant: https://dimitrilorrain.org/2024/03/26/sur-lacan-lirritant-de-jean-michel-rabate-stilus-2023/

[6]  Ce pour dire les choses avec Leclaire dans son débat avec Lacan. Voir Rompre les charmes.

[7] Ce que j’aurais pour ma part sans doute tendance à faire quelque peu.

[8] Concernant Freud, voir particulièrement Darian Leader, La question du genre.

[9] Je rejoins ici ce qu’écrit Guénaël Visentini sur la fécondité d’une psychanalyse non freudo-centrée.

[10] D’ailleurs largement nourrie des travaux de Genevière Morel, La loi de la mère.

[11] Une lecture serrée de Winnicott montre à mon sens qu’il prend en compte à sa manière la sexualité au sens freudien, de manière certes spécifique.

[12] Sur ce point précis d’ailleurs, il reprend Balint, comme il le dit explicitement . En effet, Balint, dans Le Défaut fondamental, étudie chez Freud les limites de sa réflexion pour ouvrir sur la question de la relation à l’objet ou du lien à l’autre. Il étudie aussi les oscillations de Freud qui lui font ouvrir à une réflexion sur cette dernière.

[13] Sur la joie dans la pratique analytique, voir d’ailleurs Lacan lorsqu’il dit « quelle joie trouvons-nous dans ce qui fait notre travail ?  » in « Allocutions sur la psychose de l’enfant », Autres écrits p. 369. Sur la satisfaction selon Lacan, j’aimerais rappeler que la pulsion est vécue à la fin de l’analyse à partir de la marque de la satisfaction: « Le mirage de la vérité (…) n’a d’autre terme que la satisfaction qui marque la fin de l’analyse. Donner cette satisfaction étant l’urgence à quoi préside l’analyse »  « Préface à l’édition anglaise », Autres écrits, p. 572.

Sur Lacan concernant la satisfaction et la joie dans le processus analytique, voir Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, Erès, 2010; Luis Izcovich, Urgence et satisfaction, Stilus, 2022.

[14] Sur cette question, je renvoie à un texte à venir.

[15] Israël va en ce sens. Luis Izcovich aussi.

[16] Je préfère parler de « finitude » que de « castration ». Pour ma part, et pour le dire trop vite, je considère que la théorie par Lacan du « complexe de castration » est une formulation contextuellement datée, phallocentrée (voir particulièrement Laplanche (1980), S. Lippi et P. Maniglier (2023)), du fait que l’Autre barré est porteur du manque et de la finitude, et que le sujet, s’il se subjective, est psychiquement et discursivement structuré par le manque et la finitude – de l’Autre et la sienne.

[17] Lacan: « il n’y a pas de désir dans l’analyse si c’est uniquement dans la dépression » in « L’étourdit ». Voir Izcovich p. 83-84.

[18] Lacan sur l’enthousiasme: « S’il n’est pas porté à l’enthousiasme, il peut bien y avoir analyse, mais d’analyste aucune chance » (Note italienne, dans Autres écrits p. 309). Izcovich p. 49sq.

[19] La « hâte » est la « liaison propre de l’être humain au temps (…). (..) c’est là que se situe la parole » (Séminaire XVI, D’un Autre à l’autre, p. 209. Voir Izcovich, p. 160-164.

[20] Je rejoins ici Lucien Israël et Luis Izcovich.

[21] Voir sur ce point mon texte https://dimitrilorrain.org/2025/09/23/les-differents-temps-de-la-subjectivation-analytique-logique-sociale-de-limmediatete-jouissance-et-subjectivation-mon-intervention-a-la-formation-apertura-du-27-novembre-2024-a/. Cette psychanalyse dialectique capable donc d’une positivité en tension rejoint en cela les élaborations en faveur d’une psychanalyse nourrie du féminisme et de la théorie queer. Je développe ailleurs des éléments pour une psychanalyse ainsi nourrie du féminisme et de la théorie queer: https://dimitrilorrain.org/2023/04/09/texte-dynamique-de-parole-creatrice-et-creation-du-lien-de-parole-desirant/

[22] Ce dans sa tendance allant dans le sens d’un éloge de la jouissance, voir P. Guyomard, La jouissance du tragique. Antigone, Lacan et le désir de l’analyste, Paris, Aubier , 1992.

[23] Trois essais sur la théorie sexuelle.

[24] Jorge Reitter, Heteronormativity and psychoanalysis. https://dimitrilorrain.org/2023/01/13/sortie-de-heteronormativity-and-psychoanalysis-de-jorge-n-reitter-routledge-2023/

[25] Ici Darian Leader élabore largement Bergler (p. 37).

[26] Identity and the life circle.

[27] Ce qui rejoint ce qu’élabore Jean-Pierre Marcos : https://dimitrilorrain.org/2023/07/14/jean-pierre-marcos-il-faut-renoncer-a-la-jouissance-davoir-ete-lobjet-de-la-jouissance-de-lautre-pour-faire-se-lever-le-desirconference-longtemps-jai-joue-a-me-sep/

[28] Boiter n’est pas pécher.

[29] Voir Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher; Luis Izcovich, Urgence et satisfaction.

[30] Boiter n’est pas pécher.

[31] Nous retrouvons ici la question du fantasme du Sujet Supposé Savoir ; Darian Leader insiste avec Geneviève Morel (La loi de la mère) sur le fait que la vie fantasmatique ne peut être réduite à cet unique fantasme, à moins de risquer une refermeture pratique et théorique de la psychanalyse.

[32] Ce qui rejoint ce que dit Balint sur cette question.

[33] L’on pensera aussi aux menaces surmoïques de castration dont parle Freud, concernant les pratiques masturbatoires du sujet, et qui vont dans le sens de sa désubjectivation. Ce qui ne sera pas non sans nous orienter pour mettre en perspective ce que nous dit Freud de la castration. Sur ce point, voir particulièrement J. Laplanche, Problématiques II. Castrations, symbolisations, PUF, 1980. Voir aussi le livre récent de S. Lippi et P. Maniglier.

[34] « Propos directif pour un congrès sur la sexualité féminine ».

[35] Darian Leader rejoint ici Balint.

[36] Ecrits.

[37] Boiter n’est pas pécher.

[38] Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse.

[39] Darian Leader, Qu’est-ce que la folie?

[40]  Voir https://dimitrilorrain.org/2023/04/09/texte-dynamique-de-parole-creatrice-et-creation-du-lien-de-parole-desirant/.

[41] Patrick Guyomard, La jouissance du tragique. Antigone, Lacan et le désir de l’analyste, Paris, Aubier , 1992.

[42] Boiter n’est pas pécher.

[43] Concernant Freud, voir la critique de Balint dans Le Défaut fondamental.

[44] Séminaire X, L’Angoisse, Seuil, p. 57.

[45] Darian Leader ajoute à cela que premier Freud pose aussi une élaboration en ce sens, dans ses études sur l’hystérie, concernant Emmy von M. (p. 124).

[46] En élaborant les réflexions de G. Morel (La Loi de la mère, 233sq).

[47] J’ai développé plus avant, en quoi selon Darian Leader le modèle topologique est lié au sinthome de Lacan.

[48] Séminaire V., L’éthique de la psychanalyse, Seuil, p. 219.

[49] En premier lieu Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher ; et Luis Izcovich, Urgence et satisfaction.

[50] Voir particulièrement La Peur de la liberté.

[51] Et, pour finir sur ma lecture singulière de ce livre, ce lien de Lacan à Fromm, en ce qui concerne sa théorie de la singularisation de la parole et du désir, est un point particulièrement ouvrant du livre. De mon côté, j’ai ailleurs justement travaillé sur le lien que l’on peut faire – avec Lucien Israël – entre d’un côté la théorie de Lacan de la singularisation de la parole et du désir, et de l’autre la réflexion d’Adorno sur l’autonomisation psychique et discursive du sujet. Or, comme on le sait, Adorno fait comme Fromm partie de l’Ecole de Francfort, et ils ont, malgré de vifs débats, en commun une telle réflexion sur l’autonomisation psychique et discursive. En même temps qu’Adorno a largement et à juste titre critiqué Fromm, justement sur ses limites en ce qui concerne la question cruciale, de la prise en compte de la sexualité et de la pulsion (Voir particulièrement Th. W. Adorno, « La psychanalyse révisée »). Ce justement afin d’ouvrir à une pensée de l’autonomisation psychique et discursive qui prenne pleinement en compte, avec Freud, la sexualité et la pulsion. Mais qui aussi inscrit le sujet dans un lien à l’Autre ouvrant, s’opposant ainsi à une conception « monadique » du sujet, qu’Adorno critique. Le concept de « monade » apparaissant d’ailleurs dans ses travaux (Minima Moralia). Dans sa lecture de Lacan nourrie d’Adorno, Lucien Israël réélaborera le problème de l’autonomisation discursive et psychique par rapport aux logiques de pouvoir.

Je me permets de renvoyer à https://dimitrilorrain.org/2023/06/09/texte-que-peut-nous-dire-la-psychanalyse-de-lautorite-et-de-la-transmission-aujourdhui/.

[52] Concernant son analyse des apports et des limites de Lacan concernant la sexualité féminine, on pourra aussi lire le texte de Darian Leader « The gender question from Freud to Lacan », dans le volume collectif dirigé par P. Gherovici et M. Steinkoler, Psychoanalysis, Gender and sexuality, Routledge, 2023. Voir sur mon blog: https://dimitrilorrain.org/2023/04/17/video-patricia-gherovici-et-manya-steinkoler-sur-sur-leur-livre-psychoanalysis-gender-and-sexualities-from-feminism-to-trans-routlegde-2022-rendering-uncounscious-2023-en-a/

Pour traiter de la question des temporalités et du temps dans la cure lors de cette intervention, j’avais proposé le titre suivant : « Logique sociale de l’immédiateté, jouissance et subjectivation ». Ce que, pour une deuxième version de ce titre, je complète par l’expression introductive « les différents temps de la subjectivation analytique ». Pour élaborer en ce sens, je vais m’appuyer sur Lacan, mais aussi sur les deux chapitres de ce si fondamental livre qu’est Boiter n’est pas pécher, de Lucien Israël[1]. Pour le citer, je m’appuie aussi sur le beau livre de Luis Izcovich, Urgence et satisfaction[2] qui traite largement de la question du temps en analyse[3].

            Je tiens à rappeler, pour ceux qui ne le savent pas, que Lucien Israël est un élève de Lacan, à la pratique et à la théorie fort fécondes, et une figure fondatrice dans l’histoire de la psychanalyse dans l’Est de la France. Les deux chapitres dont je vais vous parler en détails, intitulés « Symptômes du temps » et « Un temps pour vivre », traitent de la question du temps dans la cure. Plus encore, s’ils datent d’il y a plusieurs décennies, ils sont d’une très grande actualité.

            Que nous dit Lucien Israël dans les deux chapitres dont je veux vous parler ? Tout d’abord, il nous y parle du fait que, dans le champ de ce que nous appelons nous maintenant le champ psy, il nous y parle donc du fait que le discours collectif dominant, qu’il soit lié, je le cite, aux « institutions », ou que le discours collectif soit lié aux « assurances », pousse tout un ensemble de sujets dans des mécanismes obsessionnels d’adaptation, dans une logique dite de « réussite » – avec des guillemets.

            Par ailleurs, pour en venir à la question du temps, dit Lucien Israël, les « institutions » – les institutions homogénéisantes, je dirais moi – et les « assurances », je le cite, « gèrent le temps ». Elles produisent, dit-il encore, un temps « unique », unique pour tous, en fait un temps collectif homogénéisant, qui oriente de l’extérieur le temps des sujets. Et l’on pensera aussi de nos jours au monde numérique qui, dans son versant problématique, montre Bernard Stiegler dans son livre De la disruption[4], cherche à parfaitement synchroniser les paroles et les vies psychiques des sujets. Ce qui les normalise et entrave leurs élaborations et leurs singularisations. De ce point de vue, pour parler du monde numérique contemporain, j’élaborerai les choses ainsi : préciser que la personnalisation du profilage du sujet dans la logique algorithmique ne relève pas d’une singularisation, mais d’un dispositif visant à la synchronisation du temps du sujet avec un temps collectif homogénéisant, désubjectivant, désingularisant. Visant aussi à la mise sous tutelle discursive du sujet – question dont je ne parlerai pas aujourd’hui.

            Plus encore, selon Lucien Israël, tout cela va avec le fait que soit imposé aux sujets un « rythme » collectif. Un temps collectif, qui est donc selon lui « unique », je dirais moi homogène, absolument synchronisé. Ce temps « unique », il renvoie, ajoute Lucien Israël, au « temps industriel ».  Ce temps industriel, précise-t-il encore, c’est aussi un « temps à venir », celui, je cite, « où les robots vont remplacer les humains ». Et l’on pense maintenant aux algorithmes, dont ceux qui se répandent aussi dans le champ psy. En même temps que les algorithmes ont récemment pris place dans l’administration de la sécurité sociale. Bref, de ce point de vue, il s’agit je pense d’être nuancé en disant que sans doute l’utilisation des algorithmes peut ou pourrait prendre une forme intéressante dans certains champs plus purement techniques que le champ psy. Mais avec de nos jours la forme que la santé algorithmique prend en général factuellement, on peut je crois dire que la santé mentale algorithmique, c’est une forme contemporaine, encore plus accélérée[5], du temps industriel.

            Cette logique du temps industriel, sous la forme qu’il prenait à son époque, Lacan l’a d’ailleurs mise en perspective, en ce qui concerne la cure. Ce dans sa critique de la définition rigide du temps de la séance par l’analyste, qu’il relie donc à définition industrielle du temps dans nos sociétés. Dans le cadre de l’analyse, contre cette définition rigide du temps de la séance, Lacan a préféré orienter nos pratiques vers la séance à durée variable, avec scansion. Ce qui a été un des principaux facteurs qui lui ont valu d’être exclu de l’IPA en 1963 – avec la pratique des séances courtes, plus problématique à mon sens.Prendre solidement en compte la réalité et la temporalité psychiques, avec sa part de symptôme ou de trouble, de raté et d’échappée hors de toute logique sociale d’adaptation et de « réussite », c’est bien quelque chose de conflictuel socialement – et du point de vue du politique envisagé de manière psychanalytique.

            Mais pour revenir à la scansion dans la cure, Lucien Israël nous dit, dans les chapitres que j’étudie ici, qu’elle déploie ce qu’il appelle un « temps de l’attente », qui respecte le rythme, le temps du sujet parlant. Plus encore ce temps de la scansion, ce temps de l’attente, ajoute Lucien Israël, « produit » du « rythme » singulier. Il aide au déploiement du rythme intérieur, singulier, du sujet, au déploiement du temps du sujet et de sa subjectivation propre. Alors que, a contrario, le temps collectif industriel, lorsqu’il se déploie dans le champ psy et que l’analyste le laisse se déployer dans la cure, eh bien il impose, dit Israël, une « scansion de l’extérieur ».  

            Plus encore, lorsque Lucien Israël parle du temps de l’attente, ceci est à relier au « discours amoureux » de l’écrivain et chercheur en sciences humaines Roland Barthes et à son livre sur la question[6], et à ce que Barthes dit, en élaborant Lacan d’ailleurs du lien entre manque, attente et état amoureux. En ce sens, Lucien Israël, en parlant du « temps de l’attente », nous dit que la scansion de l’analyste crée chez le patient un manque et une attente, une attente proprement analytique, inhérente à la mise en place de l’amour de transfert, et donc du transfert. La scansion de l’analyste permet la naissance du manque et de l’attente chez l’analysant, la naissance du transfert et l’entrée dans une forme créative de la parole.

            Avec ce que l’amour dans la cure – ou dans la vie – implique. Je cite ici Lucien Israël dans La parole et l’aliénation : « L’innovation, l’inouï, le jamais vu, le jamais entendu constituent le domaine de l’amour. (….) Ce qui fait que, encore une fois, le poète ou le chanteur ont parfaitement raison lorsqu’ils disent que ‘l’amour, c’est toujours la première fois. Ca n’est pas la répétition. L’amour ne renforce pas le Moi. Il crée le sujet. C’est la fonction de l’analyse »[7].

            Bref, c’est un problème, dit Lucien Israël, lorsque l’analyste, par confort, conformisme ou par logique pouvoir ou d’enrichissement (je cite ici Lucien Israël), décide de s’adapter au temps industriel, de laisser se déployer dans la cure les mécanismes obsessionnels du temps industriel. L’une des caractéristiques du déploiement de ces mécanismes obsessionnels chez le psy étant, dit-il donc, le « respect rigide du temps ». La fermeture du temps dans la cure.

            Je tiens tout de suite à préciser que le propos de Lucien Israël n’implique pas à mon sens une critique de toutes les institutions, mais d’un certain type d’institution, que je qualifierais d’institution homogénéisante. Dans l’institution vivante, je dirais, le collectif a un temps commun, mais la forme pluraliste que prend ce temps commun rend possible qu’il soit élaboré de manières singulières par les sujets, et que chacun puisse y introduire quelque chose de son temps singulier. Dans l’institution vivante toujours, l’analyste ou le psy d’orientation analytique qui y travaille peut introduire de la singularisation du temps, par une écoute analytique.

            Quant à l’analyste ou au psy déployant des mécanismes obsessionnels, il s’impose en premier lieu à lui-même une fermeture du temps, un encastrement de sa parole et de sa vie psychique dans le temps unique de l’institution homogénéisante. Partant de là, il impose aussi au patient un temps unique, un rythme, un temps, fermé, qui lui est extérieur. Qui n’est pas le rythme, le temps ouvert de la subjectivation du sujet.

            Cette imposition d’un temps externe, fermé, au sujet, dans la logique de confort, de normalisation et de pouvoir par l’analyste, cela va aussi selon Lucien Israël avec ce qu’il appelle la « maïeutique ». C’est-à-dire avec une certaine relation – obsessionnelle – au savoir, comme Savoir total, sans trou. Cela va aussi avec la saturation de la signification par des interprétations par l’analyste, qui ne laissent pas de place à l’ouverture – et sont donc plus sachantes qu’analytiques. Ici, lorsque je parle de Savoir total, je pense de manière contemporaine aux diagnostics liés au DSM, d’ailleurs associé historiquement aux assurances états-uniennes, et donc au temps industriel, maintenant algorithmiques. Mais aussi, pour rester dans le champ analytique, je pense à la pratique d’une interprétation saturée en signification, et non pas ouverte, c’est-à-dire surdéterminées ou équivoques. Bref je pense à une parole de l’analyste qui dans les faits n’est pas analytique, car elle n’ouvre pas à la parole créative ni surtout à la page blanche de l’écoute créative[8], où l’analyste introduit un vide, et épargne à l’analysant toute attente (en un autre sens que précédemment) a priori. Pour déployer ainsi un désir de désir – et de richesse de la parole créative et surdéterminée, car habitée par le signifiant, par le symbolique. Le symbolique étant avant tout une dynamique créative – de parole.

            Je voudrais ajouter un point important ici, pour que ce que je vous dis sur le Savoir total et la position sachante, je ne l’énonce pas moi depuis une telle position de sujet sachant. Comme tout sujet, l’analyste, moi le premier, a, comme le dit Lacan, inéluctablement une résistance, c’est-à-dire des défenses, un symptôme, un sinthome, des mécanismes d’évitement. Et le travail analytique, comme le dit encore Lacan, cela pose en premier lieu le problème de la relation de l’analyste à sa propre résistance. Ecouter, intervenir, interpréter analytiquement, ça n’est pas évident en soi, cela demande tout un cheminement de l’analyste dans son propre travail analytique, pour ne pas prendre le patient, justement, dans sa propre résistance, dans ses défenses, son symptôme, son sinthome. Pour savoir y faire avec son symptôme, son sinthome. Cela demande à l’analyste de travailler interminablement à traverser son propre symptôme, et à repérer interminablement quelque chose de son propre sinthome. Même si cela lui est et restera très et énigmatique. Et, dans la cure, celui demande à l’analyste de déployer une écoute et une parole depuis ce travail interminable de traversée et de repérage. Aidant d’aillant si nécessaire l’analysant à produire un symptôme et un sinthome, et l’aidant si possible à traverser interminablement son symptôme et à repérer interminablement quelque chose de son sinthome[9].  

            Et j’utilise ici les termes « interminable » et « interminablement » pour essayer de dire que l’imaginaire ne cesse et ne cessera d’exister ; mais aussi que le réel, entre autres le réel de la destructivité pulsionnelle[10], ne cesse et ne cessera d’exister. Et que l’analyse, c’est dans mes termes avant tout un dispositif visant à accepter à la fois l’existence de l’imaginaire et l’existence du réel, et visant à élaborer sans fin depuis cette double acceptation. Et visant ainsi à aider le sujet à déployer un mode de jouissance[11] subjectivant, vaille que vaille.

            Je le rappelle, l’imaginaire selon Lacan, c’est en fait le narcissisme. C’est en fait cette inéluctable tendance à l’illusion et au contrôle qui habite le sujet et qui l’aide à tamponner le réel. Qui l’aide à se construire un symptôme singulier. En même temps que dans la cure, il s’agit d’aider le sujet à traverser ce symptôme pour ne pas être pris dans la rigidité d’un symptôme non traversé. Bref, la psychanalyse telle que la construit Lacan, et telle que je l’élabore moi, invite à une conception et à une pratique dialectiques de l’imaginaire, visant à l’acceptation de l’existence de l’imaginaire, et en même temps à sa traversée. Ce pour aider le sujet à savoir y faire avec l’imaginaire et avec le symptôme.

            Plus encore, le réel c’est selon Lacan ce qui est inéluctablement en dehors de la parole, du symbolique et de l’imaginaire, ce qui ne peut être ni dit ni représenté ni appréhendé, comme par exemple la mort, ou le point le plus vif de la destructivité pulsionnelle. Bien sûr, il est possible – et nécessaire – de parler des violences effectives de certains sujets, liées à la décharge massive de leur destructivité pulsionnelle ; mais le noyau le plus vif de la destructivité pulsionnelle, lui, relève du réel.

            Plus encore, pour qu’un travail analytique se déploie, il s’agit d’éviter que l’analyste prenne le sujet dans sa résistance. Pour cela, y insiste Lucien Israël, l’analyste doit à la base du travail analytique, de son écoute et de sa parole, poser une séparation entre ces deux sujets différents que sont l’analysant et, elle ou lui, l’analyste. Une séparation, une différence entre deux singularités, deux altérités irréductibles. Pour ceux que la philosophie intéresse, Lucien Israël élabore cela en mettant au travail Lévinas et sa philosophie de l’altérité[12].  Et pour Lucien Israël ce geste de poser une séparation et une différence vaut en ce qui concerne les rythmes et les temps de l’analysant et de l’analyste : l’analyste doit a priori poser que le rythme et le temps de l’analysant sont différents du sien, pour qu’il puisse accéder à un rythme, un temps singulier.

            Un autre élément important permettant une ouverture du temps dans la cure, consiste, dit Lucien Israël, je le cite, dans le fait de laisser se déployer un « plaisir », ou une satisfaction sous sa forme ouvrante. Bref, Lucien Israël pose ici la question de la satisfaction dans la cure. Et je dirais, en élaborant Lacan, que dans l’analyse comme « expérience dialectique »[13], il est nécessaire que se déploie, à côté de l’existence ouvrante du manque, une satisfaction liée à une rencontre subjectivante. Cette satisfaction est liée au déploiement de ce que Israël appelle dans son texte la « parole jaillissante » – qu’il différencie de la « parole descriptive »[14]. Une satisfaction donc en tension dialectique avec le déploiement du manque et de l’expérience de la finitude. Cette satisfaction ouvrante, nous dit Lucien Israël, permet le déploiement, par le sujet, de son rythme, de son temps singulier. Ce en le dégageant du temps unique, homogène, qui peut lui être imposé de l’extérieur, en premier lieu sous la forme du temps industriel.

            Plus encore, cette satisfaction ouvrante ne peut avoir lieu que dans la rencontre de un à un avec l’analyste. Cette rencontre, je la qualifie de subjectivante[15]. Lucien Israël pour sa part parle de « rencontre symbolique »[16].

            Il en va là de la question cruciale de l’existence du plaisir subjectivant, de la satisfaction féconde, dans la civilisation industrielle et dans son puritanismefondamental. Dans son rejet du corps, de la sexualité, du désir, mais aussi d’une positivité dialectique – au profit d’une logique surmoïque de maitrise des corps, et de répression obsessionnelle ou paranoïaque généralisée. Logique qui d’ailleurs va de manière clivée avec d’importants mécanismes de décharge pulsionnelle directe. Lorsque je parle de cela, je tiens particulièrement à préciser que sur cette question du temps industriel et de la société industrielle, Lucien Isaël élabore sur la philosophie critique – et freudienne – d’Adorno[17]. Quant à moi, sur ce point, je pense particulièrement au film Les Temps Modernes de Chaplin.

            D’ailleurs, Lucien Israël relie explicitement satisfaction et temporalité dans la cure, en ce qu’il nous dit que la « séance analytique » est aussi, en lien à la pratique du « Witz », « source » et, je le cite, « temps » de « plaisir »[18]. J’aimerais ici pointer le fait qu’en insistant sur la satisfaction ouvrante dans la cure, Lucien Israël élabore Lacan. En effet, pour Lacan, dans, « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI »[19],  la pulsion est vécue à la fin de l’analyse à partir de la marque de la satisfaction. Je le cite : « Le mirage de la vérité (…) n’a d’autre terme que la satisfaction qui marque la fin de l’analyse. Donner cette satisfaction étant l’urgence à quoi préside l’analyse »[20]. Plus encore, dans le séminaire sur l’éthique, il dit : « la sublimation est la seule satisfaction permise par la promesse analytique »[21]. Et je relie pour ma part la sublimation à la parole jaillissante – ou créative – dont parle de manière si éclairante Lucien Israël, dans ce texte et ailleurs, dans sa conception créative du symbolique. Qu’il élabore donc de Lacan.

            Plus encore, dans la cure, le déploiement d’une relation ouverte au temps, pour Lucien Israël, passe par la création par l’analysant de son rythme, de son temps singulier. Pour le citer, je dirais que la création par l’analysant de son temps singulier passe par le déploiement, je cite encore Lucien Israël, de la « fonction du temps » dans la cure, qui est de « mettre en place la rencontre qui produit le transfert » – j’aimerais ici relever son insistance sur la rencontre. Ce qui ensuite, ajoute le texte, va permettre le symptôme comme « retour du temps », retour d’un « temps qui a déjà existé ». Ce qui d’ailleurs pose, je cite toujours, un « problème de mesure, de pesée » : un problème donc de mesure du temps comme rythme donc, avec les scansions de ce rythme que l’analyse peut déployer – s’il a pour cela le sens clinique, le tact nécessaire.

            Je voudrais maintenant revenir sur l’expression « temps de l’attente » de Lucien Israël, dont je vous ai parlé plus avant. Elle énonce aussi l’idée d’une pause, d’une pause qui s’oppose à la logique subjective de l’immédiateté. Cette logique de l’immédiateté étant inhérente à la vie pulsionnelle non élaborée, et au fait que la jouissance n’est pas régulée, car non liée au manque, au désir et à la satisfaction sous sa forme ouvrante.  

            De son côté, Lacan insiste, pour que le sujet déploie un mode de jouissance subjectivant, sur la nécessité que la jouissance consente au manque et au désir – ce qui rejoint la question de la sublimation et de la parole jaillissante. Et il s’avère qu’avec la logique de l’immédiateté, on ne trouve pas chez le sujet de manque ni de désir ni de satisfaction sublimatoire pour réguler la jouissance. Bref, la logique subjective de l’immédiateté, c’est le court-circuit relevant d’un mode de jouissance désubjectivant et sa compulsion massive de répétition. Où, comme on l’entend dans la cure, le sujet n’arrive pas à ouvrir du temps. Où il est pris dans le court-circuit de la jouissance absolue, d’une décharge directe et chaotisante de la pulsion et de sa destructivité.

            Avec la question clinique suivante, profondément freudienne, qui se pose ici selon moi : comment ouvrir du temps face à la logique d’immédiateté ? comment, alors que la pulsion, en son fondement, implique a priori une logique de décharge directe et d’immédiateté, et tend vers la compulsion massive de répétition qui va de pair, faire en sorte qu’elle, la pulsion, passe par une parole, par du symbolique et des signifiants, et de l’imaginaire aussi, ou de l’écriture sinthomale, ce qui ouvre du temps ? Comment ainsi faire sortir le sujet de la compulsion massive de répétition ?

            Car pour ma part je parle aussi d’imaginaire et de sinthome, ce dont Lucien Israël parle peu, car il se centre sur le symbolique. Pour ma part, je dirais que la subjectivation relève à la fois d’une dynamique symbolico-imaginaire (conflictuelle et créative) et de la production d’un sinthome. Permise par une rencontre subjectivante à la fois symbolico-imaginaire et sinthomale [22] – Lucien Israël parlant lui de « rencontre symbolique ».

            Car l’élaboration de la pulsion demande, dit Lucien Israël, une rencontre dans la cure, une rencontre de un à un, entre l’analysant et l’analyste, une rencontre qui, donc, par la scansion avant tout, ouvre au transfert. Ouvre au transfert en ce qu’il déploie du temps, le temps psychique, le temps entre autres de l’après-coup. Le temps aussi, temps nouveau, de la page blanche qu’ouvre l’écoute de l’analyste, et qui permet la parole désirante et créative, l’événement de la parole « jaillissante », l’événement de la renaissance ou même parfois de la naissance, par la parole, du désir, du désir symboliquement créatif, en sa puissance de commencement, de nouveauté, de nouveauté signifiante, et de satisfaction sublimatoire[23]. Ainsi se met en place un lien de parole désirant.

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            Voici pour certains éléments élaborés avec Lucien Israël. Pour continuer à penser le temps dans la cure avec Lucien Israël, j’insisterai aussi sur le fait que dans les deux chapitres de Boiter n’est pas pécher que j’élabore aujourd’hui, il nous parle de quatre phases du cheminement du sujet qui à un moment va faire un travail analytique :  

1. la première phase est la phase « prénévrotique », où le sujet dit-il est inscrit dans le langage de ses parents – et en fait, je dirais, dans leur temps ;

2. la deuxième phase est la phase « névrotique », où, dit-il, le sujet déploie dans sa parole en même temps : d’un côté le langage de ses parents, de son environnement; et, de l’autre, je cite, une « position critique » par rapport à ce langage, qui permet au sujet de « prendre une distance par rapport à ce discours (…), se situer par rapport à lui ». Ce qui renvoie à quelque chose comme une « libération » ou une « liberté ». Le sujet en vient alors, je cite encore Lucien Israël, à « choisir ce qui lui convient, ce qui le représente lui-même » dans le langage reçu. Ce pour déployer son désir propre – et donc aussi déployer son rythme, son temps propre. C’est là ce que Lucien Israël appelle la phase « conflictuelle douloureuse, mais inévitable »[24].

3. La troisième phase est la phase « post-névrotique », où le patient fait le deuil de la part parentale inscrite en lui, s’autorise solidement de son désir – et de son rythme propre. Ce qui a lieu grâce à la cure, mais peut aussi avoir lieu, ajoute Lucien Israël, dans la vie, par l’expérience du deuil et de l’amour.

4. Plus encore, si l’on lit Lucien Israël dans le détail, cela ouvre d’ailleurs à un quatrième temps, une quatrième phase, liée au fait que, comme il le dit, le patient « perd » l’analyste, le laisser tomber, et qu’il « sorte » ainsi « de la néo-névrose de la cure », sans faire de l’analyste un « héros » ou un « mort »[25].

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            Voilà donc pour ce que Lucien Israël nous dit du temps dans la cure, dans ces deux chapitres de Boiter n’est pas pécher. J’aimerais maintenant continuer d’élaborer sur cette question des différents temps dans la cure, en m’appuyant surtout sur Lucien Israël et Lacan.  Et encore une fois sur Luis Izcovich portant sur la question du temps en analyse dans Urgence et satisfaction.

            Pour parler des différents moments de la cure, je partirai donc des quatre phases que caractérise Lucien Israël, en me permettant d’ajouter, en m’appuyant sur Lacan, deux phases intermédiaires entre la 1e phase et la 2e phase que définit Lucien Israël :

A. la phase de l’irruption du réel pour le sujet, irruption du réel qui est en général à l’origine de son geste vers l’analyse – geste qu’il s’agira, d’ailleurs, dans les entretiens préliminaires, d’essayer de convertir en demande analytique. Régulièrement en effet, le sujet, face à l’irruption et la persistance du trou du réel, se tourne vers l’analyse car il ne trouve plus d’élément pour boucher ce trou. Ces bouchons pouvant par exemple consister en des thérapies plus adaptatives, dans la lathouse de la consommation capitaliste ou de la technoscience capitaliste[26], ou dans l’encastrement de sa parole dans des discours collectifs à forte teneur mythique ou idéologique.

B. Et puis l’autre moment que j’ajouterais dans le modèle de Lucien Israël, c’est le moment de la rencontre analytique, que Lucien Israël évoque sans en faire pourtant dans les deux chapitres évoqués un moment à part entière : le moment de la réponse de l’analyste à cette irruption du réel, qui est d’écouter en ouvrant à du transfert, à une adresse à l’Autre avec un grand A.

            Ainsi je me permettrai de penser les différents moments du cheminement du sujet qui fait une analyse, de la manière suivante, en 6 moments, aussi en essayant de penser notre pratique au-delà de la seule névrose sur laquelle se centre la réflexion de Lucien Israël dans les deux chapitres que j’ai évoqués. Ce parce qu’à son époque c’était bien plutôt la névrose obsessionnelle qui prédominait dans la clinique – des sujets venant à l’analyse. L’analyse faisant venir à elle, à chaque époque, les sujets qui ne sont pas trop massivement pris dans l’adaptation sociale. Ce qui veut dire que, pour envisager les évolutions sociales et discursives, la perspective qu’ouvre la clinique analytique sur la société demande à être complétée par une élaboration des apports théoriques concernant ces évolutions, ce pour essayer de prendre aussi en compte dans notre réflexion les subjectivités contemporaines qui ne viennent pas à l’analyse.

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            En ce sens, je commencerai par dire que le premier moment du cheminement du sujet qui fait une analyse, c’est le moment pré-analytique où souvent le sujet arrive, plus ou moins bien, à s’indemniser de l’existence du réel[27]. Cliniquement, cette indemnisation peut prendre différentes formes : soit la forme de mécanismes plus obsessionnels ; soit celle de mécanismes plus psychotiques – et liés à une psychose collective adaptée – ; soit la forme de mécanismes que je qualifierais de limite[28]. D’ailleurs, face à ces mécanismes limites du sujet, il s’agira à mon sens dans la cure d’aider à la naissance du désir qui n’existe pas encore[29]. Ce par une rencontre symbolique – ou subjectivante – de un à un, ouvrant à un lien de parole désirant.

            Mais j’en reviens à ce premier moment de l’indemnisation du sujet par rapport au réel. Ici, je dirais, le sujet, donc de manière donc plus obsessionnelle, plus psychotique ou plus limite, suivant quels mécanismes sont dominants dans sa parole et sa vie psychique, n’a pas déployé de temps singulier. Ou pas encore. Son rythme, son temps est celui de son environnement. Celui en général du temps industriel. Pas ici de rythme, de temps singulier, ou pas encore. Si j’élabore sur mon triptyque obsessionnalité-psychose-état limite, le sujet est alors soit pris dans un temps obsessionnel, très organisé mais avec de ponctuels moments clivés de forte décharge pulsionnelle et de chaos ; soit il est pris dans un temps psychotique, très chaotique, et généralement qui ne peut qu’être artificiellement colmaté que par des mécanismes de défense paranoïaque ; soit il est dans pris une logique limite plus immédiate, de décharge pulsionnelle très directe, elle aussi chaotique, même si moins que dans les mécanismes psychotiques: le sujet au fonctionnement à dominante limite colmatant ce retour chaotique du réel par un solipsisme et une manie structurés autour d’un moi-idéal à la fois rigide et fragile[30].

            Et, pour comparer d’un côté la clinique à laquelle avaient à faire Lucien Israël et Lacan et de l’autre notre clinique contemporaine, je dirais que de nos jours, du fait de l’évolution sociale et des discours collectifs, nous avons plus à faire à des sujets dont le fonctionnement est à dominante limite. Ce qui, par rapport au primat précédent des mécanismes obsessionnels, n’est d’ailleurs pas nécessairement un mal en soi, dans la mesure où cette fragilité est compensée par une plus grande ouverture potentielle : j’en parlerai plus loin.

            En tout cas, de ces trois manières, plus obsessionnelle, plus psychotique adaptée, ou plus limite, le sujet peut déployer des défenses massives, et des mécanismes de décharge pulsionnelle directe, qui empêchent une élaboration effective. Qui rendent le monde de jouissance du sujet désubjectivant. Et ces mécanismes de décharge pulsionnelle directe et immédiate, ils s’opposent au déploiement dans la durée du désir et de la satisfaction pulsionnelle sous sa forme sublimatoire ouvrante, qui elle passe par les détours, la durée, de la parole, du signifiant.

            Plus encore, une élaboration psychique et discursive effective de la vie pulsionnelle, elle est, je dirais dans ma petite théorie personnelle, dans sa complexité, à la fois : symbolique et imaginaire ; à la fois sublimatoire, créative et traversante ; à la fois symptômale et aussi sinthomale. Mais dans la pure décharge directe, rien de cela n’est possible.

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            Je vous ai ici parlé du premier moment du cheminement du sujet qui s’indemnise de l’existence du réel pour déployer un temps suspendu, une temporalité qui ne comprend pas de temps singulier. J’aimerais à cela ajouter que parfois le sujet reste rigidement bloqué dans un tel non déploiement d’un temps singulier. Parce qu’un verrouillage a eu lieu en ce sens.

            Et concernant le verrouillage de ce type de mode de jouissance désubjectivant, j’aimerais insister sur le rôle, chez les sujets les plus désubjectivés, des idéaux surmoïques mortifères, des mots bouchons, des mythes les plus désubjectivants, qui, de manière quasi-hypnotique, valorisent, embellissent des mécanismes de pure décharge, inversent discursivement leur désubjectivation profonde en quelque chose d’idéal, d’apparemment parfait. En effet, nous constatons cliniquement que lorsque la logique de décharge et d’immédiateté du sujet est encastrée – de manière obsessionnelle, psychotique adaptée ou limite – dans une logique collective qui favorise la décharge et l’immédiateté, le sujet déploie des mécanismes de décharge directe au sein de dispositifs sociaux qui donc, en déployant un moi-idéal surmoïque désubjectivant, valorisent une telle décharge, un tel mode de jouissance. Ainsi c’est la possibilité du manque, du désir, de la satisfaction sublimatoire, bref, de l’élaboration, de la parole, de la jouissance dialectisée, qui est refermée.

            Ici l’on trouvera souvent, dans la parole du sujet, un scénario d’omnipotence et d’omniscience concernant un grand Autre, qui jouit totalement, absolument, et est indemnisé de toute limite ou de toute finitude. Et est aussi indemnisé de toute temporalité, de toute inscription dans une durée, et dans la parole en ce qu’elle ouvre à du temps, écarte le sujet de la jouissance absolue.

             Bref, j’aimerais insister, concernant les logiques collectives d’immédiateté, sur le fait que le temps y est suspendu, et qu’elles poussent le sujet – que ce soit dans les mécanismes obsessionnels, psychotiques adaptés ou limites – dans un fonctionnement clivé entre : d’un côté la décharge massive ; et de l’autre la répression moraliste, liée à l’idéal surmoïque. Comme le dit Lacan, le surmoi pousse à jouir. Et nous trouvons ici, pour élaborer ce que Lacan nous dit du clivage et de la division, dans le fonctionnement du sujet, un clivage de l’objet – par opposition à une division du sujet. En effet, nous ne trouvons pas la division de la parole et de la vie psychique, qui est la structure dominante du sujet qui a connu une structuration subjectivante, faisant que sa parole déploie un désir, une créativité symbolique, une éthique régulatrice, et un symptôme, et même un sinthome.

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            Je le disais, concernant la clinique contemporaine, ou concernant l’évolution des subjectivités contemporaines, je considère qu’elle est plus marquée par les mécanismes limites et les fonctionnements subjectifs à dominante limite. Mais aussi par la psychose adaptée, question dont je ne parlerai pas aujourd’hui. Et, pour élaborer sur la clinique contemporaine, j’aimerais développer quelque peu ce qu’il en est des fonctionnements subjectifs à dominante limite, et sur les possibles raisons sociales d’une telle évolution.

            En ce sens, je dirais ceci concernant le sujet ayant une dominante de mécanismes limites. En premier lieu, celui-ci n’a pas été inscrit par son environnement dans la dynamique symbolico-imaginaire ni n’a pu produire de sinthome, et donc n’a pas pu déployer de désir ni de structuration de sa vie pulsionnelle. Cela va de pair avec le fait que la parole n’est pas chez le sujet solidement lié aux affects ni au vécu corporel. Ce donc parce que dans son environnement il n’a pas eu de lien de parole ni d’accueil subjectivant permettant cela[31].

            Toutefois, ce sujet limite est encore ouvert à la possible rencontre subjectivante à venir. Il a gardé une ouverture à une naissance subjective à venir, pour peu qu’une rencontre de un à un, un lien de parole désirant, lui soit proposée en ce sens – particulièrement dans la cure. Ainsi le fonctionnement subjectif à dominante limite, par son ouverture, est différent du fonctionnement à dominante psychotique en ce que celui-ci est plutôt un fonctionnement où le sujet a lui refermé la possibilité de la rencontre subjectivante.

            Dans le fonctionnement psychique et discursif à dominante limite, le réel, particulièrement celui de la destructivité pulsionnelle, fait retour de manière chaotisante très régulièrement. Ceci est particulièrement favorisé par nos environnements sociaux contemporains où se déploie une logique néo-industrielle poussant une logique d’immédiateté et à un mode de jouissance désubjectivant.

            Bref, au niveau culturel, le fait que le sujet contemporain soit souvent pris dans un fonctionnement psychique et discursif à dominante limite est lié à un contexte social et discursif. Et celui-ci est en bonne partie lié à l’industrialisation de nos existences et de nos paroles. Et même en bonne partie ceci est lié à l’évolution récente de l’industrialisation et du capitalisme, dans ses dimensions algorithmique, techno-scientifique et managériale – voire maintenant autoritaire et néofasciste -, et au court-termisme et à la personnalisation désubjectivante et désingularisante que cette évolution a favorisée.

            Ici je te tiens à préciser qu’à cette personnalisation désubjectivante, j’opposerais ce qui dans l’évolution sociale et discursive contemporaine, dans le sens d’une féconde singularisation. Ce qui m’éloigne d’une optique conservatrice. Mais c’est là une autre question.

            Il reste que cette évolution sociale contemporaine pousse justement le sujet, au niveau de ses mécanismes, dans le fonctionnement limite, particulièrement dans le solipsisme maniaque et dans la logique de décharge et d’immédiateté de ce fonctionnement[32]. Ce alors que, par contraste, l’ancienne industrialisation ou l’ancien capitalisme lui, inscrivait certes le sujet dans une certaine durée, mais, il ne faut pas nous tromper il me semble, dans la durée d’un temps collectif homogène, désubjectivant, favorisant en partie les mécanismes obsessionnels, et la fermeture – névrotique – qui va avec.

            Du point de vue du sujet limite, pour faire face au retour régulier du chaos du réel dont l’existence n’a pas été acceptée, il mobilise donc des mécanismes limites. Ces mécanismes limites sont en fait des défenses non névrotisées face à cette chaotisation, et qui se déploient surtout dans un solipsisme maniaque et dans l’évitement systématique du lien à l’autre. Ce qui vise avant tout à éviter que, en cas de trop grande proximité, ce lien devienne pour le sujet le lieu d’une flambée de terreur archaïque par rapport à la Chose – qu’incarne l’autre[33].

            Il reste que le sujet à fonctionnement à dominante limite, du fait de l’ouverture qu’il a gardée, a régulièrement, soit une plus grande créativité, soit un plus grand potentiel de créativité, que le sujet à fonctionnement à dominante obsessionnelle qui, pour plus névrotisé est plus rigide, plus (névrotiquement) fermé à la possibilité de la rencontre créative.

            Et il est à mon sens important d’essayer de caractériser ce fonctionnement limite, omniprésent dans notre clinique contemporaine, afin d’appréhender comment l’analyste peut écouter, parler et intervenir dans la cure.

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            Mais, pour en revenir aux différents moments dans le cheminement du sujet qui fait une cure, je vous ai donc parlé du premier moment, où le sujet est indemnisé de l’existence du réel, et du fait que ce fonctionnement en termes d’immédiateté et de décharge peut être verrouillé.  J’ai aussi essayé de : caractériser les fonctionnements subjectifs à dominante limite ; différencier les fonctionnements subjectifs à dominante limite, à dominante psychotique et à dominante obsessionnelle ; et d’élaborer sur les mutations sociales qui nous font passer d’un primat des mécanismes obsessionnels au primat des mécanismes limites.

            Je voudrais maintenant en venir au 2e moment du cheminement du sujet qui fait une cure. Le 2e moment dont je voudrais vous parler, c’est le 2e moment toujours pré-analytique, dont je vous ai d’ailleurs déjà un peu parlé, de l’irruption du réel dans la vie du sujet ; de l’irruption du trou du réel, de manière si violente, qu’il ne peut plus s’indemniser de l’existence du réel.  Différents événements dans la réalité ont pu provoquer cette irruption. Par exemple une rupture, une perte, un événement existentiel majeur, ou une modification majeure dans l’environnement du sujet. Qui a alors quelque chose de subjectivement traumatique, au sens où les mécanismes d’indemnisation de l’existence du réel ne sont plus efficaces. Que ces mécanismes d’ailleurs soient plus obsessionnels, plus psychotiques adaptés, ou plus limites. Dans cette situation de débordement radical par le réel pulsionnel, le sujet souvent fait dans l’agir, que ce soit dans le passage à l’acte, ou dans l’acting out – je reprends ici la différence importante de Lacan entre acting out et passage à l’acte, dans laquelle l’acting out ouvre une reprise à venir, à la différence du passage à l’acte qui lui cherche à fermer la possibilité d’une reprise à venir. En tout cas, dans ce deuxième moment, du point de vue du temps du sujet, le sujet est absolument débordé face à la faille pulsionnelle, il se retrouve face à une urgence.

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            Et parler de cette urgence me permet de parler du 3e moment du cheminent du sujet qui fait une cure, et qui est proprement parler le premier moment analytique de ce cheminement.  Qui va avec l’entrée du sujet dans le temps, par la demande, au début de la cure. Car de  l »urgence » que connait le sujet irrémédiablement bouleversé par l’irruption du trou du réel, Lacan parle dans ces termes dans son texte « Du sujet enfin en question » :  « il y aura du psychanalyste à répondre à certaines urgences subjectives »[34]. Bref, à cette urgence, l’analyste, dit Lacan, doit répondre, par une écoute qui vient rencontrer tentative de la parole du sujet. Et il le fera en proposant une rencontre subjectivante en tant que rencontre entre la parole et l’écoute, en écoutant, en premier lieu, de manière analytique, sans attente (terme entendu en un autre sens que précédemment), sans attente a priori, en déployant une page blanche, et donc sans enclencher une forme d’intervention qui veut résoudre l’existence du réel par des mots-bouchons.

            Et, face à cette ouverture par l’écoute et la parole qui cherche à inscrire le sujet dans le symbolique, si le sujet en est capable – on le verra dans l’entretien préliminaire –, il en viendra à formuler quelque chose comme une demande. Avec un élément de transfert qui se met en place, de transfert comme adresse à l’Autre avec un grand A. Car en fait, ce qui a très souvent fait massivement défaut dans l’environnement du sujet, c’est bien l’écoute, et une adresse à l’Autre avec un grand A. Du coup, comme le dit Lacan, il arrive bien que l’offre crée la demande, que l’offre de l’écoute par l’analyste crée la demande analytique par le patient, crée le déploiement d’une parole habitée par le transfert sur l’Autre symbolique avec un grand A, dans une adresse à cet Autre.

            Cela fait alors sortir le sujet de l’agir, pour qu’ait lieu, comme le dit Lacan dans « Fonction et champ de la parole du langage »[35],  une « ascèse subjective », vers la parole et donc la sublimation. D’ailleurs, j’aimerais rappeler que Lacan, dans son dans « Intervention sur le transfert » de 1951, dit que la psychanalyse est un « non-agir positif »[36]. Ailleurs, lorsqu’il parle de l’apport de Freud, il dit que la psychanalyse apporte au sujet « quelques moments de repos »[37]. Ailleurs encore, il parle régulièrement de « laisser-être », ce qui renvoie à quelque chose comme une détente, au sens de la « Gelassenheit » en allemand et particulièrement chez le philosophe allemand Heidegger[38].

            Alors, offrant ainsi la perspective d’une « ascèse », d’un « non-agir », lié à la page blanche, au vide qu’ouvre l’écoute, la psychanalyse permet au sujet de passer de l’urgence d’agir à l’urgence de parler – de sublimer –, de cheminer vers le fait de déployer une parole jaillissante, créatrice. De faire en sorte que sa jouissance commence à consentir au manque, au désir et à la satisfaction sublimatoire. De faire en sorte que son mode de jouissance puisse commencer à être subjectivant. Qu’ait lieu un début de ce que Lacan appelle une « perte de jouissance ».

            D’ailleurs, il en va ici de l’urgence ou de la hâte de parler – et de vivre – au sens de Lacan pour qui, dans le séminaire d’un Autre à l’autre, je le cite, la « hâte » est la « liaison propre de l’être humain au temps (…). (…) C’est là que se situe la parole »[39]. Et, dans les pages suivantes du même séminaire, Lacan relie cette hâte au « laisser-être »[40], qui est en premier lieu pour lui le « laisser-être le réel », dans mes termes : l’acceptation de l’existence du réel. En tout cas, ici le sujet entre dans le temps en ce qu’il déploie la « hâte » de parler – et l’urgence de vivre – inhérente à son désir et je dirais aussi à son sinthome.

            Ici le temps du sujet n’est plus pris dans un temps collectif unique, il n’est pas non plus suspendu, mais le sujet entre dans le temps, dans son temps singulier à lui. Il se dégage du temps collectif homogène. Il se dégage de la fermeture du temps, pour que se déploie un temps singulier et ouvert. Et, surtout concernant le réel pulsionnel, eh bien le sujet peut alors commencer à en accepter l’existence, au lieu de s’en indemniser, et c’est cela qui le fait rentrer dans le temps. Car c’était le retour du réel pulsionnel, justement parce que son existence n’était ni acceptée ni élaborée, qui faisant qu’il n’y avait pas de durée, parce que ce retour clivé du réel sans cesse venait chaotiser la mise en place de toute durée, de tout rythme, de tout temps. Comme le dit Hamlet dont Emmanuelle Bornacin a parlé lors de cette journée : « le temps est hors de ses gonds », « the time est out of joint ».

            Et la pulsion ne pouvant ainsi passer par la parole, par la sublimation, par le temps, elle se décharge, déstabilisant ainsi toute possibilité d’ouverture d’un temps singulier. Bref, la logique de l’immédiat règne ainsi, et la logique de l’immédiat, je tiens à relever, si l’on décompose le mot d’im-médiat, c’est aussi la logique de l’absence de médiation, de l’absence de médiation par la parole. Ce par une rencontre symbolique – ou subjectivante – de un à un et la mise en place d’un lien de parole désirant.

            Voici donc pour le 3e moment de l’entrée du sujet dans le temps, avec le déploiement du temps singulier, par la rencontre et l’écoute analytique et la mise en place du transfert[41]. D’ailleurs, point très important, ce 3e moment de la rencontre, de l’écoute et de la mise en place du transfert est en fait à recommencer sans cesse dans la cure, dès que du réel surgit.

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            J’en viens maintenant au 4e moment du cheminement du sujet qui fait une cure, et qui est à proprement parler le 2e moment du travail analytique. Ce 4e moment est possible une fois que le 3e moment, le moment de la rencontre analytique s’est mis en place, que le lien de parole un à un de la cure est en place. Alors quelque chose comme du désir peut surgir, avec à terme une production créative de la parole, et une production de symptôme – et si nécessaire production de sinthome aussi, pour contenir le point de béance pulsionnelle inéluctable[42]. Ici la surprise, liée au désir, et en premier lieu dans la parole ; la surprise, donc, pourra surgir sans être insupportable – comme elle est par exemple insupportable pour le sujet massivement pris dans des mécanismes obsessionnels.

            Ici, le symbolique et l’imaginaire étant toujours articulés, le déploiement du désir va aussi cliniquement pour le sujet avec le déploiement de l’imaginaire, et d’un imaginaire souple, dialectisable, traversable. Dans la cure, cela est permis par le fait que l’analyse initie petit à petit, avec le temps, et avec tact, le sujet, au manque, à l’angoisse. L’analyste ici, pour le dire de manière un peu courante, ne balance pas le sujet dans le manque ni dans l’angoisse, ce qui empêcherait toute construction subjectivante – d’où le rôle de la satisfaction, de la joie, de l’enthousiasme. Mais, par son tact, son art du rythme et de la scansion, l’analyste aide aussi le sujet à se construire des défenses structurantes, un symptôme et un sinthome, mais il aide aussi à la construction d’un fantasme et un d’imaginaire de forme souple – dialectisable et traversable. Car ce sont ces défenses, et le fantasme et l’imaginaire, qui aident le sujet à contenir, tamponner dit Lacan, le réel : à globalement en venir à accepter l’existence du réel, à savoir y faire avec le réel. De ce point de vue, pour élaborer sur la très ouvrante expression que Nicolas Janel a proposée lors de la journée, la cure vise à « trouer le réel », à trouer le trou du réel : je dirais, elle vise à faire, autant que possible, de la Chose un objet petit a[43].

            De plus, par le déploiement petit à petit de la parole, de la parole jaillissante du patient, grâce à l’écoute de l’analyste, quelque chose comme une satisfaction féconde, je l’ai dit avec Lacan et Israël, mais aussi comme une joie féconde, dirais-je en citant encore Lacan et Lucien Israël, se déploie. Car Lacan parle bien, en plus de satisfaction, de joie. Voir ce qu’il dit dans les « Allocutions sur les psychoses de l’enfant »[44]: « quelle joietrouvons-nous dans ce qui fait notre travail ? « . En ce sens, Lacan va d’ailleurs jusqu’à parler de l’enthousiasme comme marque de l’analyse : « s’il n’est pas porté à l’enthousiasme, il peut bien y avoir analyse, mais d’analyste aucune chance »[45].

            Bref, il en va, dirais-je avec Lacan, mais aussi Lucien Israël, de l’analyse comme expérience dialectique, où peut se déployer une satisfaction et une joie – et un enthousiasme –, liées à la parole créative et à la une rencontre subjectivante, et en tension dialectique avec le déploiement du manque et de l’expérience de la finitude. Bref, il en va là d’une positivité subjectivante, créative et dialectique, que Lacan pratique et pense et que Lucien Israël déploie à sa suite [46].Cela pose la possibilité d’une élaboration nouvelle et plus véritable de Lacan, car marquée par cette positivité créative, en tension structurelle, dialectique, avec une négativité inéluctable : le manque, l’expérience de la finitude (et donc l’angoisse, etc.)[47]. Ce qui diffère d’un freudo-lacanisme plus classique, que l’on pourrait qualifier de plus négativiste, laissant de côté cette positivité subjective, créative et dialectique. Et ne prenant pas en compte l’apport de Lacan permettant, par la prise en compte de cette positivité que l’on retrouve dans l’expérience analytique, une solide créativité et une solide capacité subjectivante de la cure analytique telle que Lacan l’élabore. Notons d’ailleurs que Lacan lui-même a dans certains passages de son oeuvre cédé à ce que l’on pourrait appeler ce négativisme, dans la propre conception qu’il avait de la cure et de son oeuvre[48]. Et que le présent éclairage de son apport va contre cette propre tendance chez Lacan.

            Sur la satisfaction et la part de joie dans la cure, d’ailleurs je citerai aussi Lucien Israël dans Boiter n’est pas pécher : « j’attends encore qu’on m’amène une analyse qu’on aurait fait avancer sans le recours au mot d’esprit, sans le recours du rire »[49]. Ou encore : « chaque fois qu’une de nos interventions fait toucher du doigt » au patient « qu’il sera devenu une preuve de son autonomie, il va éprouver la même intense satisfaction et la même libération dont il va pouvoir se servir pour continuer à construire sa vie personnelle »[50] . L’analyse relevant alors d’une « activité » qui est, dit Lucien Israël, « source de joie »[51] – ce qui pose la question « de l’évolution du plaisir à la joie »[52].

            Et ce que j’appelle pour ma part la subjectivation, cela renvoie selon Lucien Israël au fait, je le cite, de « continuer de construire sa vie personnelle » – une vie personnelle, c’est-à-dire  différente aussi de celle de l’analyste, dans un déploiement des altérités dont j’ai parlé plus avant. Cela renvoie au fait qu’une durée s’est ainsi ouverte, au-delà de l’immédiateté : celle justement de la construction de cette vie personnelle, dans le temps, par la parole. Ce qui apporte de la satisfaction et de la joie. Winnicott ici, j’aimerais le dire, parlerait lui de croissance, qui selon vaut pour tout sujet, à tout âge, pour peu qu’il soit en subjectivation[53].

            Tout cela veut dire que la traversée de la cure, si le travail analytique se fait, permet la modification de la relation du sujet à la satisfaction et à la jouissance. Ce qui passe par la phase conflictuelle dont parle Lucien Israël, et que j’ai évoquée plus avant, où le sujet traverse le discours de son environnement pour singulariser sa parole – ce dont parle Lacan dans le Séminaire D’un Autre à l’autre –, et déploie, je le répète, une « position critique » par rapport à ce discours. Il en vient alors, je cite encore Lucien Israël, à choisir ce qui dans le langage de son environnement lui convient pour déployer son désir propre – et donc il en vient aussi à déployer son rythme, son temps propre.

            Ici le sujet, dans la durée du travail analytique, peut déployer une véritable capacité d’accepter l’advenue du réel, dans sa parole, sa vie psychique et dans le monde – advenue du réel qui ne cesse de se rappeler à lui. Et par la parole créative, sublimatoire, l’existence de ce réel, s’il est le réel pulsionnel, le sujet peut interminablement l’élaborer de manière ouvrante. Son mode de jouissance peut alors se faire solidement subjectivant. Le réel continue bien sûr d’exister mais le sujet sait en solide partie faire avec. 

            D’ailleurs, tout cela aide le sujet à la solide production du symptôme, et d’un symptôme ayant une souplesse, pour que le sujet, traversant interminablement son symptôme, sache y faire avec lui. Et, à un autre niveau aussi, celui de l’inéluctable béance pulsionnelle, où le réel échappe au symbolique et à l’imaginaire, cela peut aller si nécessaire avec la création d’un sinthome, et même à termes d’une capacité à repérer interminablement certains éléments inhérents à son sinthome, même si nous sommes là dans les zones les plus énigmatiques au sujet.

            Cela aide aussi au 5e temps du cheminement du sujet, qui est la sortie du discours des parents, de l’environnement, la perte de ses parents. Dont nous parle donc Lucien Israël, et sur lequel je passerai vite.

            J’aimerais aussi ajouter qu’il reste que ce cheminement n’est possible que dans le cadre d’un environnement offrant les conditions matérielles, discursives et politiques, et donc des interstices, le permettant – pour peu que le sujet en déploie le geste. J’aimerais juste préciser que si le sujet est, du fait de sa situation matérielle et professionnelle, structurellement limité dans sa subjectivation, eh bien il s’agit bien sûr avant tout, sans pour autant céder au refus contemporain de la part de risque que comprend toute subjectivation, de l’aider à rendre sa vie vivable, la plus vivable possible, sans chercher à le mettre dans une position difficile qu’il n’aurait pas souhaité.

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            J’en viens maintenant au 6e moment du cheminement du sujet qui fait une cure et pousse loin son travail. Ce 6e moment est lié à ce que Lacan appelle le « temps pour comprendre », temps pour comprendre qui ne doit pas être manqué dit-il, parce que c’est un moment d’ouverture bien précis, qui peut se refermer. Lacan y insiste dans son texte « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée »[54]. Et ce temps pour comprendre a tout à voir avec l’appréhension par le sujet de la fonction de la hâte, de l’urgence de vivre, et surtout de parler, que Lacan, je l’ai dit plus avant, met au fondement de la psychanalyse. La hâte et l’urgence de vivre et de parler étant liés au désir et au sinthome du sujet, et ouvrent pour lui au geste de s’autoriser solidement de son désir – et de son sinthome. Ce en résonance avec le désir de désir – et le sinthome et le soin sinthomal dont parle Lacan dans le séminaire sur le sinthome [55] – de l’analyste.

            Car, du côté de l’analyste, la hâte, dit Lacan dans Radiophonie, « n’est correcte qu’à produire ce temps : le temps de conclure »[56]. A aider le sujet à produire le temps, maintenant, de perdre l’analyste, et de quitter la néo-névrose de l’analyse, pour orienter solidement son désir vers la vie. L’analyse n’étant pas tout pour lui, et relevant donc, pour élaborer Lacan dans le séminaire Encore, de ce qu’il appelle le pas-tout. Et l’analyste, aussi lié au pas-tout, n’étant lui qu’un passeur, que l’on perdra.

            Je vous remercie de votre attention.


[A] Intervention à la formation Apertura du 27 novembre 2024, sur « les différentes temporalités face à l’immédiateté ». J’ai quelque peu repris mon texte depuis cette intervention.[1] Israël, Lucien, 2010, Boiter n’est pas pécher, Strasbourg/Toulouse, Arcanes/Érès, [2007].

[2] Stilus, 2022.

[3] Sur les temps de la cure, je renvoie aussi au passionnant texte de Nicolas Janel : https://www.fedepsy.org/echos-seminaires-formations/echos-des-activites/la-cure-un-retour-vers-le-futur/

[4] Dont j’ai déjà parlé à Apertura il y a quelques années lors de la journée « Les différentes addictions aujourd’hui et les relations d’objet », avec une intervention sous le titre : « Sur le discours numérique, relation d’objet, addiction (à partir de Bernard Stiegler) ».

[5] Hartmut Rosa, Accélération, La Découverte, 2010.

[6] Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, Seuil, 1977. Sur Roland Barthes, je renvoie à mon livre, Roland Barthes, la mélancolie et la vie, Lemieux, 2015.

[7] Lucien Israël, La parole et l’aliénation, Arcanes/érès, 2015, p. 103. Il en va là d’une conception de l’amour différente de celle de Freud, ce dont témoignent les lignes suivantes dans le même passage, que j’ai coupées : « L’amour, c’est justement ce qui vient amener ce qui jusque-là n’existait pas pour une personne, pour un couple, pour un groupe, peu importe. L’amour n’est pas la soi-disant répétition d’un amour primordial. L’amour n’est jamais la répétition de ce qui a pu se jouer avec la mère, de ce qui a pu se fantasmer avec la mère. Cet amour-là n’a pour seule fonction que de disparaître, que de faire place nette par le deuil et c’est sur ce deuil que les expériences nouvelles ouvertes sur l’avenir peuvent se développer, peuvent se dérouler, peuvent se jouer » (Id.).

[8] Sur cette question de l’écoute créative, je renvoie aussi au livre de J-R Freymann, Introduction à l’écoute, Arcanes-érès, 2002.

[9] Une remarque : lorsque je parle de la production du sinthome, je fais avant tout référence au séminaire de Lacan sur le sinthome: Jacques Lacan, Le Séminaire : Livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976, Seuil, 2005 Voir particulièrement les travaux de Luis Izcovich  op. cit.),  Geneviève Morel, (La loi de la mère, sur le sinthome sexuel, Economica/Anthropos, 2008) et  Jean-Michel Rabaté (Joyce, hérétique et prodigue, Stilus, 2022).

[10] Sur le réel comme relevant de la destructivité pulsionnelle, voir particulièrement Marcel Ritter et son échange avec Lacan: « Réponse de Jacques Lacan à une question de Marcel Ritter », Lettres de l’École freudienne. 1976, n°18.

[11] Sur la jouissance, je renvoie particulièrement à Darian Leader (La jouissance, vraiment ?, Paris, Stilus, 2022).

[12] En premier lieu Totalité et infini.

[13] Sur cette question, voir Luis Izcovich, Urgence et satisfaction.

[14] Sur cette parole jaillissante ou créative, je renvoie à Lucien Israël encore dans Boiter n’est pas pécher, mais aussi à Patrick Martin-Mattera, (Théorie et clinique de la création, perspective psychanalytique, Economica/Anthropos, 2005).

[15] Ailleurs je parle de rencontre tiercéisante. Voir mon texte à venir sur la question.

[16] Dans le chapitre du même nom dans Boiter n’est pas pécher . Sur cette question, je renvoie à un texte à venir.

[17] Je citerai entre autres son livre écrit avec Horkheimer, intitulé en français La dialectique de la raison. En fait en allemand le titre est « la dialectique de l’Aukflärung », ce qu’en français on appelle les Lumières.

[18] P. 242.

[19] Autres écrits, p. 571-574.

[20] P. 572. Sur la satisfaction, sous sa forme ouvrante, dans la cure, voir aussi Luis Izcovich Urgence et satisfaction et justement Les marques d’une psychanalyse (Stilus, 2015)

[21] P. 348.

[22] Voir mon texte à venir sur la question.

[23] Sur la naissance du désir, voir aussi J.-R. Freymann, La naissance du désir.

[24] Voir p. 244-5.

[25] Ici, comme sur d’autres points, Lucien Israël élabore sur François Perrier, son analyste (La Chaussée d’Antin, I. et II.)

[26] Voir Patrick Martin-Mattera et Alexandre Lévy, « Le concept de lathouse dans l’oeuvre de Jacques Lacan. Implications psychologiques, cliniques et sociales », Bulletin de psychologie, n°550, p.311-319.

[27] Cette indemnisation régulière n’existe pas toujours heureusement (il existe bien sûr des sujets qui sont subjectivés sans avoir besoin d’analyse).

[28] Par exemple, Jean-Jacques Rassial parle d’état-limite dans une perspective freudo-lacanienne. Le sujet en état limite.

[29] Et Jean-Richard Freymann, dans La naissance du désir, Arcanes-erès, 2005.

[30] Je renvoie particulièrement à Winnicott pour une description clinique de ce fonctionnement limite (Jeu et réalité).

[31] Aussi en général parce qu’en amont, pour le dire avec Winnicott, il n’a pas connu un holding suffisamment bon, qui fait que le sujet est habité par une agonie primitive. Pour une mise au travail de Winnicott dans une optique freudo-lacanienne, voir Jean-Marie Jadin, La structure inconsciente de l’angoisse, Arcanes-erès, 2018 et Michèle Benhaim, L’ambivalence de la mère, érès 2011.

[32] Sur les mutations contemporaines du capitalisme et ses conséquences, je renvoie particulièrement à Roland Gori, La Fabrique de nos servitudes, Les Liens qui Libèrent, janvier 2022 ; et Alexandre Lévy, « Incendies. Dispositifs, objectivations et figures du surmoi de notre modernité » . Psychologie Clinique . 2023, (55), p. 54-66. Sur le technoscientisme, voir aussi Jean-Richard Freymann, Les mécanismes psychiques de l’inconscient, Arcanes-erès, 2019.

[33] Ici je suivrais aussi Winnicott et verrai dans cette flambée de terreur l’expression d’une agonie primitive liée à un défaut de holding suffisamment bon.

[34] p. 66.

[35] Ecrits I, éditions poche, 1966, p. 266.

[36] P. 226

[37] Voir sa Première « Conférence sur l’éthique de la psychanalyse à Bruxelles » du 9 mars 1960.

[38] Sur le laisser-être, je renvoie à B. Baas, De la Chose à l’objet ; et A. Didier-Weil, Les Trois temps de l’analyse.

[39] Jacques Lacan, 2006, Le Séminaire : Livre XVI. D’un Autre à l’autre, 1968-1969, Paris, Seuil, 2006, p. 209. Voir sur ce plan encore les développements de Luis Izcovich (Urgence et satisfaction).

[40] P. 211.

[41] En amont de cela, la mise en place d’un holding suffisamment et de la traversée de l’agonie primitive, au sens de Winnicott, peuvent parfois être nécessaires.

[42] Lacan, sur le sinthome, voir Jacques Lacan, Le Séminaire : Livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976, Seuil, 2005.Voir aussi Luis Izcovich (op. cit.); Geneviève Morel (op. cit.). et Jean-Michel Rabaté (op cit.).

[43] Bernard Baas, De la Chose à l’objet.

[44] Autres Ecrits, op. cit., p. 369.

[45] « Note italienne », dans Autres écrits, p. 309. Voir aussi Luis Izcovich, op. cit. p. 49sq.

[46] Tout comme, à sa manière, Luis Izcovich.

[47] Cette psychanalyse dialectique capable donc d’une positivité en tension rejoint en cela les élaborations en faveur d’une psychanalyse nourrie du féminisme et de la théorie queer. Je développe ailleurs des éléments pour une psychanalyse fécondement nourrie du féminisme et de la théorie queeri, dans mon texte sur les Argonautes de Maggie Nelson: https://dimitrilorrain.org/2024/12/06/sortie-de-refaire-famille-pour-en-finir-avec-les-stereotypes-de-genre-coordonne-par-thierry-goguel-dallondans-anthropologue-univ-strasbourg-et-jonathan-nicolas-psyc/

[48] Ce dans sa tendance allant dans le sens d’un éloge de la jouissance, voir P. Guyomard, La jouissance du tragique. Antigone, Lacan et le désir de l’analyste, Paris, Aubier , 1992.

[49] p. 73. Le passage porte sur le fait de pouvoir perdre son analyste. Cela demande une analyse qui a permis la satisfaction, le plaisir, la joie.

[50] p. 286. Même idée p. 266.

[51] p. 266.

[52] Id.

[53] Winnicott étant un autre psychanalyste nous permettant de pratiquer et de penser une psychanalyse dialectique, articulant positivité subjectivante et négativité inéluctable.

[54] Dans les Ecrits.

[55]  Voir Jacques Lacan, Le Séminaire : Livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976, Seuil, 2005; Luis Izcovich (op. cit.); Geneviève Morel (op. cit.).

[56] Autres écrits, op. cit, p. 433, et aussi Luis Izcovich, op. cit., p. 162.


Animé par Dimitri Lorrain.

Le 1er jeudi du mois, à 21h.

Par Zoom.

Programme 2025-2026 :

2/10/2025 : Dimitri Lorrain (psychanalyste, philosophe, chargé de cours à l’université de Strasbourg): « Cheminement de genre, lien subjectivant et subjectivation ; critique et mise en perspective de la théorie du ‘féminin’/’masculin’ chez Freud »

6/11/2025 : Virginie Valentin (psychanalyste et anthropologue ): « Retour sur Freud et sa ´neurotica’: malaise dans la séduction »

4/12/2025 : Dialogue avec Laurie Laufer (psychanalyste, univ. Paris-Cité) autour de son dernier ouvrage ‘Les héroïnes de la modernité’; échanges avec Benjamin Lévy, Dominique Marinelli, Ondine Arnould, Virginie Valentin, Dimitri Lorrain…

8/1/2026 : Dimitri Lorrain : Subjectivation et hétéro-patriarcat 

5/2/2026 :Dialogue avec Isabelle Alfandary (psychanalyste et philosophe, Sorbonne-Nouvelle) autour de son dernier ouvrage ‘Le scandale de la séduction. D’Oedipe à #Metoo’: échanges avec Virginie Valentin, Stéphane Muths, Dimitri Lorrain…

5/3/2026 : Pas de séminaire

2/4/2026 : Ondine Arnould (philosophe) sur le « féminin » et le « masculin » chez Lou Andreas-Salomé

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Intervenants 2026-2027

Michèle Benhaïm (psychologue, psychanalyste, Univ. Aix-Marseille)

Benjamin Lévy (psychologue, psychanalyste, Paris)

Christophe Lucchese (traducteur) sur Fantasmâlgories de Klaus Thewelheit

Stéphane Muths (psychologue, psychanalyste, Strasbourg)

Jorge Reitter (psychanalyste, Buenos Aires) sur Les Aveux de la Chair de Michel Foucault

Frédérique Riedlin (psychanalyste, Strasbourg)

Virginie Valentin (psychanalyste, anthropologue, Paris)

Dimitri Lorrain : Eléments pour une psychanalyse freudo-lacanienne élargie élaborant solidement la clinique post-Metoo ; Amour et érotisme créatif ; La pensée queer d’Eve Kosofsky Sedgwick et ses apports à la psychanalyse

Séance sur les réflexions de D.W. Winnicott concernant Freud, la créativité dans le couple et le ´féminin’/‘masculin’

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Pour demander à participer, écrire à lorrain.dimitri@gmail.com.

Notre travail collectif portera sur les questions du « féminin » et du « masculin », concernant la clinique et la théorie psychanalytiques.

Nous nous intéressons à l’étude de l’œuvre et du geste de Freud dans son contexte historique et culturel (psychanalytique, psychiatrique, intellectuel, philosophique, littéraire, artistique, etc.). Nous essayons d’envisager la portée à la fois clinique, théorique et culturelle de son œuvre dans le contexte actuel. Il s’agit donc de lire Freud, de le discuter, afin d’ouvrir des pistes théoriques pour la clinique contemporaine. Ce en caractérisant la dynamique de son œuvre et la manière dont Freud a traversé ses propres résistances.

En ce sens, nous lisons Lacan, mais aussi et entre autres les élèves strasbourgeois de Lacan (par exemple Lucien Israël), afin de transmettre et de pratiquer un freudo-lacanisme solidement ouvert.

Pour travailler sur le contexte de Freud, nous étudions aussi le cheminement des femmes psychanalystes de l’époque de Freud et certaines grandes oeuvres, dont littéraires, de l’époque de Freud (Andreas-Salomé, Nietzsche, Rilke, Schnitzler, S. Zweig…).

Nous partirons du fait que les signifiants « féminin » et « masculin », et les autres signifiants liés au genre et à la sexuation, sont des catégories construites par des discours collectifs, à la fois historiques et culturels. Ils sont toujours énoncés depuis la parole du sujet, située dans son contexte discursif. Or, l’écoute analytique, lorsqu’elle est ouverte au contemporain, constate factuellement que notre contexte discursif est globalement marqué par des normes patriarcales, mais aussi hétérocentrées et binaires. Dès lors, comment, dans la cure, écouter les signifiants « féminin » et « masculin », et les autres signifiants liés au genre et à la sexuation, mais aussi les désirs, les fantasmes et les normes auxquels ils sont associés, depuis la dynamique de parole du sujet singulier, et sa situation singulière par rapport à ces normes ?

Toujours dans la cure, on pourra se demander ce que cela implique concernant la relation du sujet à sa et à la sexualité, à l’amour, à son orientation sexuelle, à son cheminement de genre, aux normes. Et ce que l’expérience de la cure nous apprend de l’évolution contemporaines des normes.   

Comment envisager la pratique et la pensée de Freud (prises dans leur contexte) au regard de ces interrogations ? Qu’est-ce que l’étude et la critique de son oeuvre nous apporte ? Et quelles implications cela peut-il avoir pour la pratique de la psychanalyse ?

Dans ce cadre, nous envisageons et discutons de manière psychanalytique les apports de l’anthropologie, de la philosophie (particulièrement Foucault), des pensées féministes et queer, et des études de genre, gaies, lesbiennes, trans, et sur la masculinité, les plus stimulantes. Nous envisageons aussi la psychanalyse contemporaine qui élabore de tels apports.

Cette année, nous nous intéresserons particulièrement aux premières théories de Freud (théories de la séduction et du fantasme) et à la pratique d’une psychanalyse soutenant à la fois le déploiement d’une dynamique créative de parole (1) et la reconnaissance de la réalité psychique (2), au regard de la prise en compte des violences sexuelles et de leur omniprésence dans nos sociétés et donc dans la clinique (3). Nous dialoguerons avec Laurie Laufer à propos de son passionnant ouvrage « Les héroïnes de la modernité », puis avec Isabelle Alfandary sur son si important « Le scandale de la séduction. D’Oedipe à #Metoo ». Nous envisagerons ce qu’il en est du cheminement de genre subjectivant et de la subjectivation dans le système hétéro-patriarcal; nous parlerons du « féminin »/ »masculin » chez Freud donc, mais aussi chez Lou Andreas-Salomé. 

Plus tard dans notre programme, nous parlerons de : Les Aveux de la chair de Michel Foucault; Fantasmâlgories de Klaus Thewelheit ; la psychanalyse solidement subjectivante à l’heure de la clinique post-Metoo; l’érotisme subjectivant (en élaborant sur les réflexions des psychanalystes Laurie Laufer, Darian Leader et Winnicott, et les pensées queer de Maggie Nelson et Eve Kosofsky Sedgwick); la pensée queer d’Eve Kosofsky Sedgwick et ses apports à la psychanalyse. Nous étudierons aussi les réflexions de Winnicott sur le « féminin »/ »masculin », sur la créativité dans le couple (et dans le sexe) et sur le cheminement clinique et théorique de Freud.

Pour cela, nous invitons des intervenantes et des intervenants psychanalystes et appartenant aux champs connexes à la psychanalyse. Bref, le séminaire associe des personnes venant de différents champs, différentes générations, différents pays.

Notes :

(1) : Envisagée selon la lecture créative qu’a Lucien Israël (Boiter n’est pas pécher) de Lacan.

(2) : Selon l’exigence de Freud, posée au fondement de la psychanalyse : voir particulièrement Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse (Leçons d’introduction à la psychanalyse), 1916-1917.

(3) : Sur cette question, voir particulièrement le récent livre d’Isabelle Alfandary, Le scandale de la séduction, dont nous parlerons.

Bibliographie pour notre travail de cette année :

– Sigmund Freud, Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse (Leçons d’introduction à la psychanalyse), texte de 1916-1917

– Sigmund Freud, Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, PUF, nouvelle édition 2006

– Jacques Lacan, Le Séminaire Livre VI, 1958-1959, Le désir et son interprétation, 2013

– Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, érès-Arcanes, coll. Hypothèses, 2010

– Isabelle Alfandary, Le scandale de la séduction, PUF, 2024

-Dorothée Dussy, Le berceau des dominations, Pocket, 2021 (1e éd. 2013)

-Camille Froidevaux-Metterrie (dir.), Théories féministes, Seuil, 2025

-Darian Leader, Qu’est-ce que cache le sexe?, Albin Michel, 2024

– Nicolas Evzonas, Devenir trans de l’analyste, PUF, 2023

-Laurie Laufer, Les héroïnes de la modernité. Mauvaise fille et psychanalyse matérialiste, La Découverte, 2025

– Eve Kosofksy Sedgwick, Epistémologie du placard, Amsterdam, 2008, texte de 1990

-Darian Leader, Qu’est-ce que cache le sexe?, Albin Michel, 2024

– Benjamin Lévy, L`ère de la revendication, Flammarion, 2022

-Dimitri Lorrain, « Cheminements de genre et de faire-famille », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Refaire famille, pour en finir avec les stéréotypes de genre, Chronique sociale, 2025.

-Maggie Nelson, Les Argonautes, Éditions du sous-sol, 2018, texte de 2015.

-Jorge Reitter, Heteronormativity and psychoanalysis, Routledge, 2023

– Donald W. Winnicott, « Vivre créativement », dans Conversations ordinaires, Gallimard, 1988, p. 54-77, texte de 1966

– Donald Winnicott, « Sigmund Freud », in Lectures et portraits, Gallimard, 2012, p. 281-290, texte de 1962

Autres interventions et intervenants à venir :

Jorge Reitter (psychanalyste, Buenos Aires) sur Michel Foucault,Les aveux de la chair ; sur le « féminin » et le « masculin » d’après Lucien Israël dans Boiter n’est pas pécher; Eléments pour une histoire des femmes psychanalystes (3): Mélanie Klein; sur Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe; sur bell hooks, A propos d’amour et La volonté de changer; sur Daniel Boyarin, Unheroic Conduct: The Rise of Heterosexuality and the Invention of the Jewish Man; sur le « féminin » et le « masculin » chez Stefan Zweig et Schnitzler…

Bibliographie pour notre travail de cette année :

– Sigmund Freud, Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse (Leçons d’introduction à la psychanalyse), texte de 1916-1917

– Sigmund Freud, Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904, PUF, nouvelle édition 2006

– Jacques Lacan, Le Séminaire Livre VI, 1958-1959, Le désir et son interprétation, 2013

– Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, érès-Arcanes, coll. Hypothèses, 2010

– Isabelle Alfandary, Le scandale de la séduction, PUF, 2024

– Nicolas Evzonas, Devenir trans de l’analyste, PUF, 2023

– Eve Kosofksy Sedgwick, Epistémologie du placard,Amsterdam, 2008, texte de 1990

-Laurie Laufer, Les héroïnes de la modernité. Mauvaise fille et psychanalyse matérialiste, La Découverte, 2025

-Darian Leader, Qu’est-ce que cache le sexe?, Albin Michel, 2024

– Benjamin Lévy, L`ère de la revendication, Flammarion, 2022

-Dimitri Lorrain, « Cheminements de genre et de faire-famille », in Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Refaire famille, pour en finir avec les stéréotypes de genre, Chronique sociale, 2025.

-Maggie Nelson, Les Argonautes, Éditions du sous-sol, 2018, texte de 2015.

-Jorge Reitter, Heteronormativity and psychoanalysis, Routledge, 2023

– Donald W. Winnicott, « Vivre créativement », dans Conversations ordinaires, Gallimard, 1988, p. 54-77, texte de 1966

– Donald Winnicott, « Sigmund Freud », in Lectures et portraits, Gallimard, 2012, p. 281-290, texte de 1962

Bibliographie générale (non exhaustive) :

Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Gallimard, 1989

– Sigmund Freud, « Le tabou de la virginité » (1918), in La vie sexuelle, PUF, 1969

– Sigmund Freud, « Sur la sexualité féminine » (1931), in La vie sexuelle, PUF, 1969

– Sigmund Freud, « La féminité » (1932), in Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, 2002

– Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XX, 1972-1973, Encore, Seuil, 1975

– Jean Allouch, « L’homosexualité en Grèce et à Rome », entretien avec Sandra Boehringer et Louis-George Tin,, https://www.jeanallouch.com/document/139/2010-Entretien-avec-Sandra-Boehringer-et-Louis-Georges-Tin (in Sandra Boehringer et Louis-Georges Tin, Homosexualité. Aimer en Grèce et à Rome
Les Belles Lettres, 2010

– Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe I. et II., Gallimard, 1949 et 1951

– Daniel Boyarin, Unheroic Conduct: The Rise of Heterosexuality and the Invention of the Jewish Man, University of California Press, 1997.

– Judith Butler, Défaire le genre, Amsterdam, 2013

– Fabrice Bourlez, Queer psychanalyse, Hermann, 2018

– Emmanuelle Chatelat, https://dimitrilorrain.org/2023/02/15/emmanuelle-chatelat-desirez-et-vous-etes-libre-car-un-desir-qui-nest-pas-libre-nest-pas-concevable-nest-pas-un-desir/

– Jacques Derrida, « Le facteur de la vérité », dans La carte postale, de Socrate à Freud et au-delà, Flammarion, 1980

– Jean-Pierre Dreyfuss, Jean-Marie Jadin, Marcel Ritter, Qu’est-ce que l’inconscient ?, Erès, 2016

– Michel Foucault, Les Aveux de la chair, éd. F Gros, Gallimard, 2018

– Camille Froidevaux-Metterie, La révolution du féminin, Gallimard, 2015

– Manon Garcia, La Conversation des sexes, Philosophie du consentement, Flammarion, 2021

– Olivia Gazalé, Le mythe de la virilité, Robert Laffont, 2017

– Patricia Gherovici, Transgenre : Lacan et la différence des sexes, Paris, Stilus, 2021

– Patricia Gherovici et Manya Steinkoler, Psychoanalysis, Gender and Sexualities: From Feminism to Trans*, Routledge, 2022

– Françoise Héritier, Masculin/féminin 1., Odile Jacob, 1995

– bell hooks, A propos de l’amour, Divergences, 2022

– Lucien Israël, Boiter n’est pas pécher, Arcanes-érès, 2010, particulièrement « Que reste-t-il de notre amour ? », p. 153-162

– Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Refaire famille. Pour en finir avec les stéréotypes de genre, Chronique sociale, à paraître en 2024

– Françoise Héritier, Masculin/féminin 1, Odile Jacob, 1995

– Jean Laplanche, Problématiques II. Castration et symbolisations, PUF, 1980

– Thomas Laqueur, La fabrique du sexe : essai sur le corps et le genre en Occident, Gallimard, 2013

-Darian Leader, La jouissance, vraiment?, Stilus, 2020

– Lionel Le Corre, L’homosexualité de Freud, PUF, 2017

– Benjamin Lévy, L`ère de la revendication, Flammarion, 2022.

– Silvia Lippi et Patrice Maniglier, Soeurs, pour une psychanalyse féministe, Seuil, 2023

– Dimitri Lorrain, « Avec Stefan Zweig: penser la Vienne de Freud et le geste de Freud. Une

lecture du « Monde d’hier » », in Ephéméride 11, FEDEPSY, novembre 2020

Voir: https://dimitrilorrain.org/2020/12/04/avec-stefan-zweig-penser-la-vienne-de-freud-et-le-geste-de-freud-une-lecture-du-monde-dhier/

– Dimitri Lorrain, https://dimitrilorrain.org/2023/04/09/texte-dynamique-de-parole-creatrice-et-creation-du-lien-de-parole-desirant/

– Elissa Marder, « Glossâ and ‘Counter-Will: The Perverse Tongue of Psychoanalysis », in Patricia Gherovici et Manya Steinkoler, Psychoanalysis, Gender and Sexualities: From Feminism to Trans*, Routledge, 2022

– André Michels, « De la pulsion comme subversion du genre », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Erès, 2018

– Maggie Nelson, Les Argonautes, Seuil, 2017

– Gérard Pommier, La révolution du féminin, Pauvert, 2016

– Jorge N. Reitter, Heteronormativity and psychoanalysis. Oedipus gay, Routledge, 2022

-Jean-Michel Rabaté, Lacan l’irritant, Stilus, 2023

– Frédérique Riedlin, « Sur un air de famille(s). À partir d’une question de Judith Butler. La parenté est-elle toujours déjà hétérosexuelle ? », in Laurence Croix et Gérard Pommier (dir.), Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et les parentalités, Toulouse, Erès, 2018.

-Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

– Moustapha Safouan, Le Transfert et le Désir de l’analyste, Seuil, 1988

– Sylvie Steinberg (dir.), Une histoire des sexualités, PUF, 2018, avec des textes de Christian Bard, Sandra Boehringer, Gabrielle Houbre, Didier Lett, Sylvie Steinberg

– Guenaël Visentini, Penser et écrire par cas en psychanalyse. L’invention freudienne du style de raisonnement, PUF, 2024

– Stefan Zweig, Le Monde d’hier (1943), Livre de poche, 1996

Programme passé :

5/1/2023          Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain : « La situation contemporaine de la psychanalyse »

2/2/2023          Emmanuelle Chatelat et Dimitri Lorrain : « Le ‘féminin’ selon Freud et aujourd’hui »

2/3/2023          Frédérique Riedlin (psychanalyste) : « Le tabou de la virginité selon Freud » 

                           Dimitri Lorrain: « Elaborer psychanalytiquement la mutation culturelle contemporaine de l’individualisation du genre » (15mn).

6/4/2023          Thierry Goguel d’Allondans (anthropologue, Univ. Strasbourg) et Jonathan Nicolas  (psychologue) : « Anthropologie clinique des caméléons. A propos de Choisir son genre ? (ouvrage collectif qu’ils ont dirigé) »

4/5/2023          Stéphane Muths (psychanalyste) : « La bisexualité psychique selon Freud et aujourd’hui »

                        Karina Pacheco (philosophe, Porto Alegre) : « Le virilisme dans le Brésil de Bolsonaro » (15mn)

1/6/2023          Frédérique Riedlin et Dimitri Lorrain : Lecture de Lacan, Séminaire XX., Encore, leçon du 13/3/1973

9/11/2023        Dimitri Lorrain : « La psychanalyse, la subjectivation, le ‘féminin’: élaboration avec Michel Foucault et Simone de Beauvoir »

7/12/2023        Dominique Marinelli (psychanalyste) : « Eléments pour une histoire des femmes psychanalystes (1) : Rosenthal, Hug-Hellmuth, Hilferding, Eckstein. »

11/1/2024        André Michels (psychanalyste): « Les enjeux cliniques et politiques de la question trans »

1/2/2024          Dominique Marinelli (psychanalyste) : « Eléments pour une histoire des femmes psychanalystes (2) : Andreas-Salomé, Spielrein, Deutsch, Bonaparte, Mack Brunswick, Lampl de Groot. »

14/3/2024       Sandra Baumlin (psychanalyste) et Emmanuelle Chatelat : « La servitude volontaire (Lacan, Manon Garcia, La Boétie) »

4/4/2024          Emmanuelle Chatelat : « Eléments d’histoire du genre pour la psychanalyse »

3/10/2024 : Dimitri Lorrain :  « Comment parler psychanalytiquement aujourd’hui du « féminin » selon Freud? »

7/11/2024 : Catherine Klein (psychanalyste): « La fin de cure résonne-t-elle avec un amour Autre ? », suivie de Sandra Baumlin (psychanalyste): « Sur ‘Le mythe de la virilité’ d’Olivia Gazalé »

5/12/2024 : Jorge Reitter (psychanalyste, Buenos Aires) : « Amour et deuil dans le placard (sur Les plaines de Federico Falco »

9/1/2025 : Thierry Goguel d’Allondans (anthropologue, Univ. Strasbourg) et Jonathan Nicolas (psychologue clinicien, Univ. Strasbourg): A propos de leur ouvrage Refaire famille. Pour en finir avec les stéréotypes de genre (Chronique sociale, à paraître en 2024)

6/2/2025 : Stéphane Muths (psychanalyste, chargé de cours Univ. Strasbourg): « De la révolution des frères à celle des soeurs? (Freud, G. Pommier, Silvia Lippi et Patrice Maniglier) »

6/3/2025 : Emmanuelle Chatelat : A propos de Lucien Israël, « La castration dans le couple » dans L’amour de la transmission ; et Dimitri Lorrain : « Lien amoureux, sexe et subjectivation »

3/4/2025 :  Philippe Breton (psychanalyste, Univ. Strasbourg):  « La tentation de la violence entre honte et culpabilité »