Marcus Coelen: « Clinical Geologies. The Pre- or Para- of the Human in Psychoanalysis » / « Géologies cliniques. Le pré- ou le para-humain en psychanalyse » (Sigmund Freud Museum, 13.06.2025)
Dears friends,
Here you will find the link to the fascinating lecture by Marcus Coelen (psychoanalyst) entitled « Clinical Geologies. The Pre- or Para- of the Human in Psychoanalysis », given on June 13, 2025, at the Sigmund Freud Museum.
He offers us a reinterpretation of Freud’s text that sheds light on the misreading inherent in the expression « bedrock of castration », which has become commonplace in psychoanalysis.
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Cher.e.s ami.e.s,
Vous trouverez ici le lien vers la passionnante conférence de Marcus Coelen (psychanalyste) intitulée « Géologies cliniques. Le pré- ou le para-humain en psychanalyse », donnée le 13 juin 2025 au Musée Sigmund Freud.
Il nous y propose une réinterprétation du texte de Freud qui nous éclaire sur l’erreur de lecture que déploie l’expression, devenue courante en psychanalyse, de « roc de la castration ».
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(Sous-titres en différentes langues accessibles sur Youtube.)
Lecture as part of the conference « What Is “Nature” in Human Nature? » at the Sigmund Freud Museum, 13.06.2025.
Conférence dans le cadre du colloque « Qu’est-ce que la “nature” dans la nature humaine ? » au Musée Sigmund Freud, le 13 juin 2025.
One of the most wrongly quoted Freudian images refers to the geological term of “bedrock.” Its apocryphal outcrop is the ‘bedrock of castration,’ an expression not to be found in Freud, and one which tends to distort the image in question. It is, we read in Analysis Terminable and Interminable, “the biological that plays for the psychological the role of the bedrock.” But even more disturbing than ‘simply’ castration is the element which Freud places at the end of his chain of terms that led to the stony level of inscrutable interminability of analysis: “The repudiation of femininity,” posed as “a biological fact” and “part of the enigma of sexuation [Geschlechtlichkeit] »
Bedrock of repudiation?
A lot of scrutiny and criticism have been addressed, and necessarily so, to the question of why the unextractable misogyny, as a trait of society or even civilization, is turned into a biological real, impossible to dig into. But what to make of the geological image—if it is one—at the bottom?
Yet, with bedrock, we curiously don’t hit bottom rock: in German, it is “gewachsener Fels. »
While it refers to the oldest unaltered rock for the longest time, it is not necessarily the most solid. A certain plasticity, however imperceptible, might even be attributed to it as it has grown, moved, or developed slowly over unfathomably long periods.
While it has become established that the dichotomic concepts of “culture” and “nature,” repress more fallacies and poorly analyzed forces than contain truths, and while humans can best be defined as unstable subjects mainly concerned with defining themselves through violent divides and repudiations of the non-human, the fossilization of the sexual remains still, largely, and interminably unanalyzed. With the bedrock, we meet the stratum of enigmatic Nature. I will unearth some geological elements, terms, and layers in the formations that make up the psychoanalytic planet. Can we still be called “human” as we, while fracking, drilling, extracting from and inserting into it, continue to attempt to live and die on it?
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L’une des images freudiennes les plus souvent mal interprétées renvoie au terme géologique de « roche-mère ». Son affleurement apocryphe est celui de la « roche-mère de la castration », une expression absente chez Freud et qui tend à déformer l’image en question. Il s’agit, comme on peut le lire dans Analyse terminable et interminable, « du biologique qui joue pour le psychologique le rôle de la roche-mère ». Mais plus troublant encore que la « simple » castration est l’élément que Freud place au terme de sa chaîne de termes qui aboutit à l’impasse insondable et interminable de l’analyse : « le rejet de la féminité », présenté comme « un fait biologique » et « une partie de l’énigme de la sexuation [Geschlechtlichkeit] ».
Le fondement du rejet ?
Nombreuses ont été les analyses et les critiques, et à juste titre, adressées à la question de savoir pourquoi la misogynie inextirpable, en tant que trait de société, voire de civilisation, est transformée en une réalité biologique, impossible à sonder. Mais que penser de l’image géologique – si tant est qu’il s’agisse d’une image géologique – qui se trouve à la base ?
Pourtant, avec le terme « fondement », on ne parle pas de « roche du fond » : en allemand, on dit « gewachsener Fels ». Bien que ce terme désigne la roche la plus ancienne et la plus stable depuis le plus longtemps, il ne s’agit pas nécessairement de la plus solide. On pourrait même lui attribuer une certaine plasticité, aussi imperceptible soit-elle, car elle s’est développée, a évolué, s’est transformée lentement sur des périodes insondables.
S’il est désormais admis que les concepts dichotomiques de « culture » et de « nature » recèlent davantage d’erreurs et de forces mal analysées que de vérités, et si l’on peut définir l’être humain comme un sujet instable, principalement préoccupé par sa définition à travers des divisions violentes et le rejet du non-humain, la fossilisation de la sexualité demeure, en grande partie et interminablement, inexplorée.
Avec le socle rocheux, nous rencontrons la strate de l’énigmatique Nature. Je vais mettre au jour certains éléments géologiques, termes et strates des formations qui composent la planète psychanalytique. Peut-on encore nous qualifier d’« humains » alors que, tout en la fracturant, en la forant, en en extrayant et en y insérant des ressources, nous continuons d’essayer d’y vivre et d’y mourir ?
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Marcus Coelen is a psychoanalyst and psychoanalytic supervisor, mainly in Berlin and New York. He also teaches literature and theory, most recently at Columbia University, New York, and at the Ludwig-Maximilians-Universität Munich, where he is on the faculty of the comparative literature department. He is the founder and co-editor of the book series “Neue Subjektile” with the Turia+Kant and one of the editors of the journal RISS. Zeitschrift für Psychoanalyse. His publications include, among others, a book on Proust and Kant’s aesthetic judgement (« Die Tyrannei des Partikularen », Munich, Fink, 2007), a volume on Georges Bataille (together with Mark Hewson, Key Concepts, London, Routledge, 2015), several translations and editions in German of texts by Maurice Blanchot (« Vergehen [Le pas au-delà] », Berlin, diaphanes, 2011); [zusammen mit Jonathan Schmidt-Dominé und Christian Driesen], Das unendliche Gespräch, Vienna, Turia+Kant, 2023), as well as many articles in journals such as Yale French Studies, Critique, texte and other journals.
He publicly defends and advocates for the concept of a ‘free’ psychoanalysis, as expressed by Freud in “The Question of Lay Analysis” and in branches of the Lacanian tradition. This refers to a psychoanalysis that remains independent of state control, regulation by the health industry, institutional orthodoxy, and subversive regarding commodity economy while subjecting itself to the rigor and creativity of its discoveries and inventions.
See his recent publication, together with Mai Wegener and Monique David-Ménard, « Die Freiheit der Psychoanalyse. Eine kommentierte Ausgabe von Sigmund Freud, Die Frage der Laienanalyse », Vienna, Turia+Kant 2024.
Marcus Coelen est psychanalyste et superviseur psychanalytique, exerçant principalement à Berlin et à New York. Il enseigne également la littérature et la théorie, notamment à l’Université Columbia de New York et à l’Université Ludwig-Maximilians de Munich, où il est membre du corps professoral du département de littérature comparée. Il est le fondateur et codirecteur de la collection Neue Subjektile avec Turia+Kant et l’un des rédacteurs de la revue RISS_. Zeitschrift für Psychoanalyse.
Ses publications comprennent, entre autres, un livre sur le jugement esthétique de Proust et Kant (« Die Tyrannei des Partikularen », Munich, Fink, 2007), un volume sur Georges Bataille (avec Mark Hewson, Key Concepts, Londres, Routledge, 2015), plusieurs traductions et éditions en allemand de textes de Maurice Blanchot (« Vergehen [Le pas au-delà] », Berlin, diaphanes, 2011; [zusammen mit Jonathan Schmidt-Dominé und Christian Driesen], Das unendliche Gespräch, Vienna, Turia+Kant, 2023), ainsi que de nombreux articles dans des revues telles que Yale French Studies, Critique, texte et autres.
Il défend publiquement le concept d’une psychanalyse « libre », tel qu’exprimé par Freud dans « La Question de la psychanalyse profane » et dans certains courants de la tradition lacanienne. Il s’agit d’une psychanalyse indépendante de tout contrôle étatique, de toute régulation par l’industrie de la santé et de toute orthodoxie institutionnelle, et qui se veut subversive vis-à-vis de l’économie de marché, tout en s’appuyant sur la rigueur et la créativité de ses découvertes et inventions.
Voir sa récente publication, en collaboration avec Mai Wegener et Monique David-Ménard, « Die Freiheit der Psychoanalyse. Eine kommentierte Ausgabe von Sigmund Freud, Die Frage der Laienanalyse », Vienne, Turia+Kant, 2024 :
