Fabrique du dire 2026: « Ecriture du réel : Quitter l’impossible réel pour écrire ce qui ne peut se Dire » (Strasbourg, 14-15 mars 2026)
Che.r.es ami.e.s,
Je vous transmets ici les informations concernant les rencontres de la « Fabrique du dire » qui a lieu les 14 et 15 mars 2026, à la Clinique de la Toussaint – Strasbourg. Cette année, il sera question des « Écritures du Réel… Quitter l’impossible réel pour écrire ce qui ne peut se Dire. »
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De nos partages… : Je pense aux lectures que j’ai faites il y a quelques années en grec et en français des poèmes de Yannis Ritsos et, dont Louis Aragon a écrit qu’il était « le plus grand poète vivant de ce temps ».
Il a été déporté (en tant que résistant politique, il était militant du Parti communiste grec), à plusieurs reprises, sur différentes îles, entre autres à Makronissos où des milliers de déportés étaient soumis aux privations et à la torture.
Interné dans des camps de concentration, le poète écrivait en cachette avec acharnement sur de petits carnets ou sur des paquets de cigarettes…
Dessins, lettre gravée dans le marbre de la déportation, bouteilles enterrées avec, cachée, une écriture dont l’auteur ne saura pas si elle trouvera, un jour, son destinataire.
Misère de l’exil où l’horreur de l’indicible réel ne se fait récit, chant ou poésie que de la médiation d’une ou d’un autre.
Nécessité, plus qu’urgence, de mettre des mots sur ce qui du réel ne se laisse pas dire.
Écriture du réel quand l’écriture est ce qui excède le pouvoir dire.
Urgence et impossibilité auxquels sont convoqués Georges Semprun comme Imre Kertesz (et d’autres), au sortir des camps (1).
Il faudrait commencer par l’essentiel de cette expérience… L’essentiel ? Je crois savoir, oui. Je crois que je commence à savoir. L’essentiel, c’est de parvenir à dépasser l’évidence de l’horreur pour essayer d’atteindre à la racine le Mal radical, das radikal Böse (2).
À l’inverse de nos écritures pulsionnelles où le destinataire ne reçoit plus son message sous forme inversée (Lacan), de nos mots qui ne s’entendent plus du long écho (Lévinas) que l’épreuve (Erlebnis) dépose en soi, l’écriture du réel est d’abord l’impossibilité de dire, l’impossibilité de continuer à vivre, un impossible (3) qui se mue en roman (Kertesz, Semprun) ou en poésie (Hölderlin). En promesse !
Et notre embarras même, de mettre des mots pour une session que nous voulons ouverte, chemin pour que quelque chose de ce réel puisse faire vérité pour nous. Ce Nous que nous appelons ailleurs : « Collectif », « petite machine abstraite pour traiter l’aliénation », celle qui fait le lit de ce Mal radical, quand l’Histoire se conjugue au présent mais que le geste désintéressé est infini.
(texte de Pierre Isenmann)
NOTES:
(1) Jorge Semprun « L’écriture ou la vie », folio, Gallimard 1994, Imre Kertesz, « Être sans destin », Actes Sud.
(2) Jorge Semprun, Ibid p. 119.« das radikal Böse », référence à Kant.
(3) « Trois termes demandent à être précisés : le nécessaire, le contingent et l’impossible tels que Lacan en donne l’écriture. Il s’agit de trois termes de logique que Lacan reprend d’Aristote en les modifiant et il propose cette écriture : « Le nécessaire c’est ce qui ne cesse pas de s’écrire ; l’impossible c’est ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire ; le contingent c’est ce qui cesse de ne pas s’écrire. » (Du réel contingent, par Chantal Bonneau).
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Cet événement est organisé par : Marie-Dominique Bolitt, Martine Frezouls, Pierre Isenmann, Marielle Jourdain, Christiane Motz-Gravier, Makis Yalenios.
Avec : Les Ateliers de Lecture, 35 rue du Schnockeloch 67000 STRASBOURG.
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La Société de Psychanalyse Freudienne, 23, rue Campagne Première, 75014 PARIS.
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Voici le document de présentation et les renseignements pratiques :
