« Les différents temps de la subjectivation analytique. Logique sociale de l’immédiateté, jouissance et subjectivation » (Mon intervention à la formation Apertura du 27 novembre 2024 (A)).
Pour traiter de la question des temporalités et du temps dans la cure lors de cette intervention, j’avais proposé le titre suivant : « Logique sociale de l’immédiateté, jouissance et subjectivation ». Ce que, pour une deuxième version de ce titre, je complète par l’expression introductive « les différents temps de la subjectivation analytique ». Pour élaborer en ce sens, je vais m’appuyer sur Lacan, mais aussi sur les deux chapitres de ce si fondamental livre qu’est Boiter n’est pas pécher, de Lucien Israël[1]. Pour le citer, je m’appuie aussi sur le beau livre de Luis Izcovich, Urgence et satisfaction[2] qui traite largement de la question du temps en analyse[3].
Je tiens à rappeler, pour ceux qui ne le savent pas, que Lucien Israël est un élève de Lacan, à la pratique et à la théorie fort fécondes, et une figure fondatrice dans l’histoire de la psychanalyse dans l’Est de la France. Les deux chapitres dont je vais vous parler en détails, intitulés « Symptômes du temps » et « Un temps pour vivre », traitent de la question du temps dans la cure. Plus encore, s’ils datent d’il y a plusieurs décennies, ils sont d’une très grande actualité.
Que nous dit Lucien Israël dans les deux chapitres dont je veux vous parler ? Tout d’abord, il nous y parle du fait que, dans le champ de ce que nous appelons nous maintenant le champ psy, il nous y parle donc du fait que le discours collectif dominant, qu’il soit lié, je le cite, aux « institutions », ou que le discours collectif soit lié aux « assurances », pousse tout un ensemble de sujets dans des mécanismes obsessionnels d’adaptation, dans une logique dite de « réussite » – avec des guillemets.
Par ailleurs, pour en venir à la question du temps, dit Lucien Israël, les « institutions » – les institutions homogénéisantes, je dirais moi – et les « assurances », je le cite, « gèrent le temps ». Elles produisent, dit-il encore, un temps « unique », unique pour tous, en fait un temps collectif homogénéisant, qui oriente de l’extérieur le temps des sujets. Et l’on pensera aussi de nos jours au monde numérique qui, dans son versant problématique, montre Bernard Stiegler dans son livre De la disruption[4], cherche à parfaitement synchroniser les paroles et les vies psychiques des sujets. Ce qui les normalise et entrave leurs élaborations et leurs singularisations. De ce point de vue, pour parler du monde numérique contemporain, j’élaborerai les choses ainsi : préciser que la personnalisation du profilage du sujet dans la logique algorithmique ne relève pas d’une singularisation, mais d’un dispositif visant à la synchronisation du temps du sujet avec un temps collectif homogénéisant, désubjectivant, désingularisant. Visant aussi à la mise sous tutelle discursive du sujet – question dont je ne parlerai pas aujourd’hui.
Plus encore, selon Lucien Israël, tout cela va avec le fait que soit imposé aux sujets un « rythme » collectif. Un temps collectif, qui est donc selon lui « unique », je dirais moi homogène, absolument synchronisé. Ce temps « unique », il renvoie, ajoute Lucien Israël, au « temps industriel ». Ce temps industriel, précise-t-il encore, c’est aussi un « temps à venir », celui, je cite, « où les robots vont remplacer les humains ». Et l’on pense maintenant aux algorithmes, dont ceux qui se répandent aussi dans le champ psy. En même temps que les algorithmes ont récemment pris place dans l’administration de la sécurité sociale. Bref, de ce point de vue, il s’agit je pense d’être nuancé en disant que sans doute l’utilisation des algorithmes peut ou pourrait prendre une forme intéressante dans certains champs plus purement techniques que le champ psy. Mais avec de nos jours la forme que la santé algorithmique prend en général factuellement, on peut je crois dire que la santé mentale algorithmique, c’est une forme contemporaine, encore plus accélérée[5], du temps industriel.
Cette logique du temps industriel, sous la forme qu’il prenait à son époque, Lacan l’a d’ailleurs mise en perspective, en ce qui concerne la cure. Ce dans sa critique de la définition rigide du temps de la séance par l’analyste, qu’il relie donc à définition industrielle du temps dans nos sociétés. Dans le cadre de l’analyse, contre cette définition rigide du temps de la séance, Lacan a préféré orienter nos pratiques vers la séance à durée variable, avec scansion. Ce qui a été un des principaux facteurs qui lui ont valu d’être exclu de l’IPA en 1963 – avec la pratique des séances courtes, plus problématique à mon sens.Prendre solidement en compte la réalité et la temporalité psychiques, avec sa part de symptôme ou de trouble, de raté et d’échappée hors de toute logique sociale d’adaptation et de « réussite », c’est bien quelque chose de conflictuel socialement – et du point de vue du politique envisagé de manière psychanalytique.
Mais pour revenir à la scansion dans la cure, Lucien Israël nous dit, dans les chapitres que j’étudie ici, qu’elle déploie ce qu’il appelle un « temps de l’attente », qui respecte le rythme, le temps du sujet parlant. Plus encore ce temps de la scansion, ce temps de l’attente, ajoute Lucien Israël, « produit » du « rythme » singulier. Il aide au déploiement du rythme intérieur, singulier, du sujet, au déploiement du temps du sujet et de sa subjectivation propre. Alors que, a contrario, le temps collectif industriel, lorsqu’il se déploie dans le champ psy et que l’analyste le laisse se déployer dans la cure, eh bien il impose, dit Israël, une « scansion de l’extérieur ».
Plus encore, lorsque Lucien Israël parle du temps de l’attente, ceci est à relier au « discours amoureux » de l’écrivain et chercheur en sciences humaines Roland Barthes et à son livre sur la question[6], et à ce que Barthes dit, en élaborant Lacan d’ailleurs du lien entre manque, attente et état amoureux. En ce sens, Lucien Israël, en parlant du « temps de l’attente », nous dit que la scansion de l’analyste crée chez le patient un manque et une attente, une attente proprement analytique, inhérente à la mise en place de l’amour de transfert, et donc du transfert. La scansion de l’analyste permet la naissance du manque et de l’attente chez l’analysant, la naissance du transfert et l’entrée dans une forme créative de la parole.
Avec ce que l’amour dans la cure – ou dans la vie – implique. Je cite ici Lucien Israël dans La parole et l’aliénation : « L’innovation, l’inouï, le jamais vu, le jamais entendu constituent le domaine de l’amour. (….) Ce qui fait que, encore une fois, le poète ou le chanteur ont parfaitement raison lorsqu’ils disent que ‘l’amour, c’est toujours la première fois. Ca n’est pas la répétition. L’amour ne renforce pas le Moi. Il crée le sujet. C’est la fonction de l’analyse »[7].
Bref, c’est un problème, dit Lucien Israël, lorsque l’analyste, par confort, conformisme ou par logique pouvoir ou d’enrichissement (je cite ici Lucien Israël), décide de s’adapter au temps industriel, de laisser se déployer dans la cure les mécanismes obsessionnels du temps industriel. L’une des caractéristiques du déploiement de ces mécanismes obsessionnels chez le psy étant, dit-il donc, le « respect rigide du temps ». La fermeture du temps dans la cure.
Je tiens tout de suite à préciser que le propos de Lucien Israël n’implique pas à mon sens une critique de toutes les institutions, mais d’un certain type d’institution, que je qualifierais d’institution homogénéisante. Dans l’institution vivante, je dirais, le collectif a un temps commun, mais la forme pluraliste que prend ce temps commun rend possible qu’il soit élaboré de manières singulières par les sujets, et que chacun puisse y introduire quelque chose de son temps singulier. Dans l’institution vivante toujours, l’analyste ou le psy d’orientation analytique qui y travaille peut introduire de la singularisation du temps, par une écoute analytique.
Quant à l’analyste ou au psy déployant des mécanismes obsessionnels, il s’impose en premier lieu à lui-même une fermeture du temps, un encastrement de sa parole et de sa vie psychique dans le temps unique de l’institution homogénéisante. Partant de là, il impose aussi au patient un temps unique, un rythme, un temps, fermé, qui lui est extérieur. Qui n’est pas le rythme, le temps ouvert de la subjectivation du sujet.
Cette imposition d’un temps externe, fermé, au sujet, dans la logique de confort, de normalisation et de pouvoir par l’analyste, cela va aussi selon Lucien Israël avec ce qu’il appelle la « maïeutique ». C’est-à-dire avec une certaine relation – obsessionnelle – au savoir, comme Savoir total, sans trou. Cela va aussi avec la saturation de la signification par des interprétations par l’analyste, qui ne laissent pas de place à l’ouverture – et sont donc plus sachantes qu’analytiques. Ici, lorsque je parle de Savoir total, je pense de manière contemporaine aux diagnostics liés au DSM, d’ailleurs associé historiquement aux assurances états-uniennes, et donc au temps industriel, maintenant algorithmiques. Mais aussi, pour rester dans le champ analytique, je pense à la pratique d’une interprétation saturée en signification, et non pas ouverte, c’est-à-dire surdéterminées ou équivoques. Bref je pense à une parole de l’analyste qui dans les faits n’est pas analytique, car elle n’ouvre pas à la parole créative ni surtout à la page blanche de l’écoute créative[8], où l’analyste introduit un vide, et épargne à l’analysant toute attente (en un autre sens que précédemment) a priori. Pour déployer ainsi un désir de désir – et de richesse de la parole créative et surdéterminée, car habitée par le signifiant, par le symbolique. Le symbolique étant avant tout une dynamique créative – de parole.
Je voudrais ajouter un point important ici, pour que ce que je vous dis sur le Savoir total et la position sachante, je ne l’énonce pas moi depuis une telle position de sujet sachant. Comme tout sujet, l’analyste, moi le premier, a, comme le dit Lacan, inéluctablement une résistance, c’est-à-dire des défenses, un symptôme, un sinthome, des mécanismes d’évitement. Et le travail analytique, comme le dit encore Lacan, cela pose en premier lieu le problème de la relation de l’analyste à sa propre résistance. Ecouter, intervenir, interpréter analytiquement, ça n’est pas évident en soi, cela demande tout un cheminement de l’analyste dans son propre travail analytique, pour ne pas prendre le patient, justement, dans sa propre résistance, dans ses défenses, son symptôme, son sinthome. Pour savoir y faire avec son symptôme, son sinthome. Cela demande à l’analyste de travailler interminablement à traverser son propre symptôme, et à repérer interminablement quelque chose de son propre sinthome. Même si cela lui est et restera très et énigmatique. Et, dans la cure, celui demande à l’analyste de déployer une écoute et une parole depuis ce travail interminable de traversée et de repérage. Aidant d’aillant si nécessaire l’analysant à produire un symptôme et un sinthome, et l’aidant si possible à traverser interminablement son symptôme et à repérer interminablement quelque chose de son sinthome[9].
Et j’utilise ici les termes « interminable » et « interminablement » pour essayer de dire que l’imaginaire ne cesse et ne cessera d’exister ; mais aussi que le réel, entre autres le réel de la destructivité pulsionnelle[10], ne cesse et ne cessera d’exister. Et que l’analyse, c’est dans mes termes avant tout un dispositif visant à accepter à la fois l’existence de l’imaginaire et l’existence du réel, et visant à élaborer sans fin depuis cette double acceptation. Et visant ainsi à aider le sujet à déployer un mode de jouissance[11] subjectivant, vaille que vaille.
Je le rappelle, l’imaginaire selon Lacan, c’est en fait le narcissisme. C’est en fait cette inéluctable tendance à l’illusion et au contrôle qui habite le sujet et qui l’aide à tamponner le réel. Qui l’aide à se construire un symptôme singulier. En même temps que dans la cure, il s’agit d’aider le sujet à traverser ce symptôme pour ne pas être pris dans la rigidité d’un symptôme non traversé. Bref, la psychanalyse telle que la construit Lacan, et telle que je l’élabore moi, invite à une conception et à une pratique dialectiques de l’imaginaire, visant à l’acceptation de l’existence de l’imaginaire, et en même temps à sa traversée. Ce pour aider le sujet à savoir y faire avec l’imaginaire et avec le symptôme.
Plus encore, le réel c’est selon Lacan ce qui est inéluctablement en dehors de la parole, du symbolique et de l’imaginaire, ce qui ne peut être ni dit ni représenté ni appréhendé, comme par exemple la mort, ou le point le plus vif de la destructivité pulsionnelle. Bien sûr, il est possible – et nécessaire – de parler des violences effectives de certains sujets, liées à la décharge massive de leur destructivité pulsionnelle ; mais le noyau le plus vif de la destructivité pulsionnelle, lui, relève du réel.
Plus encore, pour qu’un travail analytique se déploie, il s’agit d’éviter que l’analyste prenne le sujet dans sa résistance. Pour cela, y insiste Lucien Israël, l’analyste doit à la base du travail analytique, de son écoute et de sa parole, poser une séparation entre ces deux sujets différents que sont l’analysant et, elle ou lui, l’analyste. Une séparation, une différence entre deux singularités, deux altérités irréductibles. Pour ceux que la philosophie intéresse, Lucien Israël élabore cela en mettant au travail Lévinas et sa philosophie de l’altérité[12]. Et pour Lucien Israël ce geste de poser une séparation et une différence vaut en ce qui concerne les rythmes et les temps de l’analysant et de l’analyste : l’analyste doit a priori poser que le rythme et le temps de l’analysant sont différents du sien, pour qu’il puisse accéder à un rythme, un temps singulier.
Un autre élément important permettant une ouverture du temps dans la cure, consiste, dit Lucien Israël, je le cite, dans le fait de laisser se déployer un « plaisir », ou une satisfaction sous sa forme ouvrante. Bref, Lucien Israël pose ici la question de la satisfaction dans la cure. Et je dirais, en élaborant Lacan, que dans l’analyse comme « expérience dialectique »[13], il est nécessaire que se déploie, à côté de l’existence ouvrante du manque, une satisfaction liée à une rencontre subjectivante. Cette satisfaction est liée au déploiement de ce que Israël appelle dans son texte la « parole jaillissante » – qu’il différencie de la « parole descriptive »[14]. Une satisfaction donc en tension dialectique avec le déploiement du manque et de l’expérience de la finitude. Cette satisfaction ouvrante, nous dit Lucien Israël, permet le déploiement, par le sujet, de son rythme, de son temps singulier. Ce en le dégageant du temps unique, homogène, qui peut lui être imposé de l’extérieur, en premier lieu sous la forme du temps industriel.
Plus encore, cette satisfaction ouvrante ne peut avoir lieu que dans la rencontre de un à un avec l’analyste. Cette rencontre, je la qualifie de subjectivante[15]. Lucien Israël pour sa part parle de « rencontre symbolique »[16].
Il en va là de la question cruciale de l’existence du plaisir subjectivant, de la satisfaction féconde, dans la civilisation industrielle et dans son puritanismefondamental. Dans son rejet du corps, de la sexualité, du désir, mais aussi d’une positivité dialectique – au profit d’une logique surmoïque de maitrise des corps, et de répression obsessionnelle ou paranoïaque généralisée. Logique qui d’ailleurs va de manière clivée avec d’importants mécanismes de décharge pulsionnelle directe. Lorsque je parle de cela, je tiens particulièrement à préciser que sur cette question du temps industriel et de la société industrielle, Lucien Isaël élabore sur la philosophie critique – et freudienne – d’Adorno[17]. Quant à moi, sur ce point, je pense particulièrement au film Les Temps Modernes de Chaplin.
D’ailleurs, Lucien Israël relie explicitement satisfaction et temporalité dans la cure, en ce qu’il nous dit que la « séance analytique » est aussi, en lien à la pratique du « Witz », « source » et, je le cite, « temps » de « plaisir »[18]. J’aimerais ici pointer le fait qu’en insistant sur la satisfaction ouvrante dans la cure, Lucien Israël élabore Lacan. En effet, pour Lacan, dans, « Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI »[19], la pulsion est vécue à la fin de l’analyse à partir de la marque de la satisfaction. Je le cite : « Le mirage de la vérité (…) n’a d’autre terme que la satisfaction qui marque la fin de l’analyse. Donner cette satisfaction étant l’urgence à quoi préside l’analyse »[20]. Plus encore, dans le séminaire sur l’éthique, il dit : « la sublimation est la seule satisfaction permise par la promesse analytique »[21]. Et je relie pour ma part la sublimation à la parole jaillissante – ou créative – dont parle de manière si éclairante Lucien Israël, dans ce texte et ailleurs, dans sa conception créative du symbolique. Qu’il élabore donc de Lacan.
Plus encore, dans la cure, le déploiement d’une relation ouverte au temps, pour Lucien Israël, passe par la création par l’analysant de son rythme, de son temps singulier. Pour le citer, je dirais que la création par l’analysant de son temps singulier passe par le déploiement, je cite encore Lucien Israël, de la « fonction du temps » dans la cure, qui est de « mettre en place la rencontre qui produit le transfert » – j’aimerais ici relever son insistance sur la rencontre. Ce qui ensuite, ajoute le texte, va permettre le symptôme comme « retour du temps », retour d’un « temps qui a déjà existé ». Ce qui d’ailleurs pose, je cite toujours, un « problème de mesure, de pesée » : un problème donc de mesure du temps comme rythme donc, avec les scansions de ce rythme que l’analyse peut déployer – s’il a pour cela le sens clinique, le tact nécessaire.
Je voudrais maintenant revenir sur l’expression « temps de l’attente » de Lucien Israël, dont je vous ai parlé plus avant. Elle énonce aussi l’idée d’une pause, d’une pause qui s’oppose à la logique subjective de l’immédiateté. Cette logique de l’immédiateté étant inhérente à la vie pulsionnelle non élaborée, et au fait que la jouissance n’est pas régulée, car non liée au manque, au désir et à la satisfaction sous sa forme ouvrante.
De son côté, Lacan insiste, pour que le sujet déploie un mode de jouissance subjectivant, sur la nécessité que la jouissance consente au manque et au désir – ce qui rejoint la question de la sublimation et de la parole jaillissante. Et il s’avère qu’avec la logique de l’immédiateté, on ne trouve pas chez le sujet de manque ni de désir ni de satisfaction sublimatoire pour réguler la jouissance. Bref, la logique subjective de l’immédiateté, c’est le court-circuit relevant d’un mode de jouissance désubjectivant et sa compulsion massive de répétition. Où, comme on l’entend dans la cure, le sujet n’arrive pas à ouvrir du temps. Où il est pris dans le court-circuit de la jouissance absolue, d’une décharge directe et chaotisante de la pulsion et de sa destructivité.
Avec la question clinique suivante, profondément freudienne, qui se pose ici selon moi : comment ouvrir du temps face à la logique d’immédiateté ? comment, alors que la pulsion, en son fondement, implique a priori une logique de décharge directe et d’immédiateté, et tend vers la compulsion massive de répétition qui va de pair, faire en sorte qu’elle, la pulsion, passe par une parole, par du symbolique et des signifiants, et de l’imaginaire aussi, ou de l’écriture sinthomale, ce qui ouvre du temps ? Comment ainsi faire sortir le sujet de la compulsion massive de répétition ?
Car pour ma part je parle aussi d’imaginaire et de sinthome, ce dont Lucien Israël parle peu, car il se centre sur le symbolique. Pour ma part, je dirais que la subjectivation relève à la fois d’une dynamique symbolico-imaginaire (conflictuelle et créative) et de la production d’un sinthome. Permise par une rencontre subjectivante à la fois symbolico-imaginaire et sinthomale [22] – Lucien Israël parlant lui de « rencontre symbolique ».
Car l’élaboration de la pulsion demande, dit Lucien Israël, une rencontre dans la cure, une rencontre de un à un, entre l’analysant et l’analyste, une rencontre qui, donc, par la scansion avant tout, ouvre au transfert. Ouvre au transfert en ce qu’il déploie du temps, le temps psychique, le temps entre autres de l’après-coup. Le temps aussi, temps nouveau, de la page blanche qu’ouvre l’écoute de l’analyste, et qui permet la parole désirante et créative, l’événement de la parole « jaillissante », l’événement de la renaissance ou même parfois de la naissance, par la parole, du désir, du désir symboliquement créatif, en sa puissance de commencement, de nouveauté, de nouveauté signifiante, et de satisfaction sublimatoire[23]. Ainsi se met en place un lien de parole désirant.
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Voici pour certains éléments élaborés avec Lucien Israël. Pour continuer à penser le temps dans la cure avec Lucien Israël, j’insisterai aussi sur le fait que dans les deux chapitres de Boiter n’est pas pécher que j’élabore aujourd’hui, il nous parle de quatre phases du cheminement du sujet qui à un moment va faire un travail analytique :
1. la première phase est la phase « prénévrotique », où le sujet dit-il est inscrit dans le langage de ses parents – et en fait, je dirais, dans leur temps ;
2. la deuxième phase est la phase « névrotique », où, dit-il, le sujet déploie dans sa parole en même temps : d’un côté le langage de ses parents, de son environnement; et, de l’autre, je cite, une « position critique » par rapport à ce langage, qui permet au sujet de « prendre une distance par rapport à ce discours (…), se situer par rapport à lui ». Ce qui renvoie à quelque chose comme une « libération » ou une « liberté ». Le sujet en vient alors, je cite encore Lucien Israël, à « choisir ce qui lui convient, ce qui le représente lui-même » dans le langage reçu. Ce pour déployer son désir propre – et donc aussi déployer son rythme, son temps propre. C’est là ce que Lucien Israël appelle la phase « conflictuelle douloureuse, mais inévitable »[24].
3. La troisième phase est la phase « post-névrotique », où le patient fait le deuil de la part parentale inscrite en lui, s’autorise solidement de son désir – et de son rythme propre. Ce qui a lieu grâce à la cure, mais peut aussi avoir lieu, ajoute Lucien Israël, dans la vie, par l’expérience du deuil et de l’amour.
4. Plus encore, si l’on lit Lucien Israël dans le détail, cela ouvre d’ailleurs à un quatrième temps, une quatrième phase, liée au fait que, comme il le dit, le patient « perd » l’analyste, le laisser tomber, et qu’il « sorte » ainsi « de la néo-névrose de la cure », sans faire de l’analyste un « héros » ou un « mort »[25].
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Voilà donc pour ce que Lucien Israël nous dit du temps dans la cure, dans ces deux chapitres de Boiter n’est pas pécher. J’aimerais maintenant continuer d’élaborer sur cette question des différents temps dans la cure, en m’appuyant surtout sur Lucien Israël et Lacan. Et encore une fois sur Luis Izcovich portant sur la question du temps en analyse dans Urgence et satisfaction.
Pour parler des différents moments de la cure, je partirai donc des quatre phases que caractérise Lucien Israël, en me permettant d’ajouter, en m’appuyant sur Lacan, deux phases intermédiaires entre la 1e phase et la 2e phase que définit Lucien Israël :
A. la phase de l’irruption du réel pour le sujet, irruption du réel qui est en général à l’origine de son geste vers l’analyse – geste qu’il s’agira, d’ailleurs, dans les entretiens préliminaires, d’essayer de convertir en demande analytique. Régulièrement en effet, le sujet, face à l’irruption et la persistance du trou du réel, se tourne vers l’analyse car il ne trouve plus d’élément pour boucher ce trou. Ces bouchons pouvant par exemple consister en des thérapies plus adaptatives, dans la lathouse de la consommation capitaliste ou de la technoscience capitaliste[26], ou dans l’encastrement de sa parole dans des discours collectifs à forte teneur mythique ou idéologique.
B. Et puis l’autre moment que j’ajouterais dans le modèle de Lucien Israël, c’est le moment de la rencontre analytique, que Lucien Israël évoque sans en faire pourtant dans les deux chapitres évoqués un moment à part entière : le moment de la réponse de l’analyste à cette irruption du réel, qui est d’écouter en ouvrant à du transfert, à une adresse à l’Autre avec un grand A.
Ainsi je me permettrai de penser les différents moments du cheminement du sujet qui fait une analyse, de la manière suivante, en 6 moments, aussi en essayant de penser notre pratique au-delà de la seule névrose sur laquelle se centre la réflexion de Lucien Israël dans les deux chapitres que j’ai évoqués. Ce parce qu’à son époque c’était bien plutôt la névrose obsessionnelle qui prédominait dans la clinique – des sujets venant à l’analyse. L’analyse faisant venir à elle, à chaque époque, les sujets qui ne sont pas trop massivement pris dans l’adaptation sociale. Ce qui veut dire que, pour envisager les évolutions sociales et discursives, la perspective qu’ouvre la clinique analytique sur la société demande à être complétée par une élaboration des apports théoriques concernant ces évolutions, ce pour essayer de prendre aussi en compte dans notre réflexion les subjectivités contemporaines qui ne viennent pas à l’analyse.
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En ce sens, je commencerai par dire que le premier moment du cheminement du sujet qui fait une analyse, c’est le moment pré-analytique où souvent le sujet arrive, plus ou moins bien, à s’indemniser de l’existence du réel[27]. Cliniquement, cette indemnisation peut prendre différentes formes : soit la forme de mécanismes plus obsessionnels ; soit celle de mécanismes plus psychotiques – et liés à une psychose collective adaptée – ; soit la forme de mécanismes que je qualifierais de limite[28]. D’ailleurs, face à ces mécanismes limites du sujet, il s’agira à mon sens dans la cure d’aider à la naissance du désir qui n’existe pas encore[29]. Ce par une rencontre symbolique – ou subjectivante – de un à un, ouvrant à un lien de parole désirant.
Mais j’en reviens à ce premier moment de l’indemnisation du sujet par rapport au réel. Ici, je dirais, le sujet, donc de manière donc plus obsessionnelle, plus psychotique ou plus limite, suivant quels mécanismes sont dominants dans sa parole et sa vie psychique, n’a pas déployé de temps singulier. Ou pas encore. Son rythme, son temps est celui de son environnement. Celui en général du temps industriel. Pas ici de rythme, de temps singulier, ou pas encore. Si j’élabore sur mon triptyque obsessionnalité-psychose-état limite, le sujet est alors soit pris dans un temps obsessionnel, très organisé mais avec de ponctuels moments clivés de forte décharge pulsionnelle et de chaos ; soit il est pris dans un temps psychotique, très chaotique, et généralement qui ne peut qu’être artificiellement colmaté que par des mécanismes de défense paranoïaque ; soit il est dans pris une logique limite plus immédiate, de décharge pulsionnelle très directe, elle aussi chaotique, même si moins que dans les mécanismes psychotiques: le sujet au fonctionnement à dominante limite colmatant ce retour chaotique du réel par un solipsisme et une manie structurés autour d’un moi-idéal à la fois rigide et fragile[30].
Et, pour comparer d’un côté la clinique à laquelle avaient à faire Lucien Israël et Lacan et de l’autre notre clinique contemporaine, je dirais que de nos jours, du fait de l’évolution sociale et des discours collectifs, nous avons plus à faire à des sujets dont le fonctionnement est à dominante limite. Ce qui, par rapport au primat précédent des mécanismes obsessionnels, n’est d’ailleurs pas nécessairement un mal en soi, dans la mesure où cette fragilité est compensée par une plus grande ouverture potentielle : j’en parlerai plus loin.
En tout cas, de ces trois manières, plus obsessionnelle, plus psychotique adaptée, ou plus limite, le sujet peut déployer des défenses massives, et des mécanismes de décharge pulsionnelle directe, qui empêchent une élaboration effective. Qui rendent le monde de jouissance du sujet désubjectivant. Et ces mécanismes de décharge pulsionnelle directe et immédiate, ils s’opposent au déploiement dans la durée du désir et de la satisfaction pulsionnelle sous sa forme sublimatoire ouvrante, qui elle passe par les détours, la durée, de la parole, du signifiant.
Plus encore, une élaboration psychique et discursive effective de la vie pulsionnelle, elle est, je dirais dans ma petite théorie personnelle, dans sa complexité, à la fois : symbolique et imaginaire ; à la fois sublimatoire, créative et traversante ; à la fois symptômale et aussi sinthomale. Mais dans la pure décharge directe, rien de cela n’est possible.
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Je vous ai ici parlé du premier moment du cheminement du sujet qui s’indemnise de l’existence du réel pour déployer un temps suspendu, une temporalité qui ne comprend pas de temps singulier. J’aimerais à cela ajouter que parfois le sujet reste rigidement bloqué dans un tel non déploiement d’un temps singulier. Parce qu’un verrouillage a eu lieu en ce sens.
Et concernant le verrouillage de ce type de mode de jouissance désubjectivant, j’aimerais insister sur le rôle, chez les sujets les plus désubjectivés, des idéaux surmoïques mortifères, des mots bouchons, des mythes les plus désubjectivants, qui, de manière quasi-hypnotique, valorisent, embellissent des mécanismes de pure décharge, inversent discursivement leur désubjectivation profonde en quelque chose d’idéal, d’apparemment parfait. En effet, nous constatons cliniquement que lorsque la logique de décharge et d’immédiateté du sujet est encastrée – de manière obsessionnelle, psychotique adaptée ou limite – dans une logique collective qui favorise la décharge et l’immédiateté, le sujet déploie des mécanismes de décharge directe au sein de dispositifs sociaux qui donc, en déployant un moi-idéal surmoïque désubjectivant, valorisent une telle décharge, un tel mode de jouissance. Ainsi c’est la possibilité du manque, du désir, de la satisfaction sublimatoire, bref, de l’élaboration, de la parole, de la jouissance dialectisée, qui est refermée.
Ici l’on trouvera souvent, dans la parole du sujet, un scénario d’omnipotence et d’omniscience concernant un grand Autre, qui jouit totalement, absolument, et est indemnisé de toute limite ou de toute finitude. Et est aussi indemnisé de toute temporalité, de toute inscription dans une durée, et dans la parole en ce qu’elle ouvre à du temps, écarte le sujet de la jouissance absolue.
Bref, j’aimerais insister, concernant les logiques collectives d’immédiateté, sur le fait que le temps y est suspendu, et qu’elles poussent le sujet – que ce soit dans les mécanismes obsessionnels, psychotiques adaptés ou limites – dans un fonctionnement clivé entre : d’un côté la décharge massive ; et de l’autre la répression moraliste, liée à l’idéal surmoïque. Comme le dit Lacan, le surmoi pousse à jouir. Et nous trouvons ici, pour élaborer ce que Lacan nous dit du clivage et de la division, dans le fonctionnement du sujet, un clivage de l’objet – par opposition à une division du sujet. En effet, nous ne trouvons pas la division de la parole et de la vie psychique, qui est la structure dominante du sujet qui a connu une structuration subjectivante, faisant que sa parole déploie un désir, une créativité symbolique, une éthique régulatrice, et un symptôme, et même un sinthome.
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Je le disais, concernant la clinique contemporaine, ou concernant l’évolution des subjectivités contemporaines, je considère qu’elle est plus marquée par les mécanismes limites et les fonctionnements subjectifs à dominante limite. Mais aussi par la psychose adaptée, question dont je ne parlerai pas aujourd’hui. Et, pour élaborer sur la clinique contemporaine, j’aimerais développer quelque peu ce qu’il en est des fonctionnements subjectifs à dominante limite, et sur les possibles raisons sociales d’une telle évolution.
En ce sens, je dirais ceci concernant le sujet ayant une dominante de mécanismes limites. En premier lieu, celui-ci n’a pas été inscrit par son environnement dans la dynamique symbolico-imaginaire ni n’a pu produire de sinthome, et donc n’a pas pu déployer de désir ni de structuration de sa vie pulsionnelle. Cela va de pair avec le fait que la parole n’est pas chez le sujet solidement lié aux affects ni au vécu corporel. Ce donc parce que dans son environnement il n’a pas eu de lien de parole ni d’accueil subjectivant permettant cela[31].
Toutefois, ce sujet limite est encore ouvert à la possible rencontre subjectivante à venir. Il a gardé une ouverture à une naissance subjective à venir, pour peu qu’une rencontre de un à un, un lien de parole désirant, lui soit proposée en ce sens – particulièrement dans la cure. Ainsi le fonctionnement subjectif à dominante limite, par son ouverture, est différent du fonctionnement à dominante psychotique en ce que celui-ci est plutôt un fonctionnement où le sujet a lui refermé la possibilité de la rencontre subjectivante.
Dans le fonctionnement psychique et discursif à dominante limite, le réel, particulièrement celui de la destructivité pulsionnelle, fait retour de manière chaotisante très régulièrement. Ceci est particulièrement favorisé par nos environnements sociaux contemporains où se déploie une logique néo-industrielle poussant une logique d’immédiateté et à un mode de jouissance désubjectivant.
Bref, au niveau culturel, le fait que le sujet contemporain soit souvent pris dans un fonctionnement psychique et discursif à dominante limite est lié à un contexte social et discursif. Et celui-ci est en bonne partie lié à l’industrialisation de nos existences et de nos paroles. Et même en bonne partie ceci est lié à l’évolution récente de l’industrialisation et du capitalisme, dans ses dimensions algorithmique, techno-scientifique et managériale – voire maintenant autoritaire et néofasciste -, et au court-termisme et à la personnalisation désubjectivante et désingularisante que cette évolution a favorisée.
Ici je te tiens à préciser qu’à cette personnalisation désubjectivante, j’opposerais ce qui dans l’évolution sociale et discursive contemporaine, dans le sens d’une féconde singularisation. Ce qui m’éloigne d’une optique conservatrice. Mais c’est là une autre question.
Il reste que cette évolution sociale contemporaine pousse justement le sujet, au niveau de ses mécanismes, dans le fonctionnement limite, particulièrement dans le solipsisme maniaque et dans la logique de décharge et d’immédiateté de ce fonctionnement[32]. Ce alors que, par contraste, l’ancienne industrialisation ou l’ancien capitalisme lui, inscrivait certes le sujet dans une certaine durée, mais, il ne faut pas nous tromper il me semble, dans la durée d’un temps collectif homogène, désubjectivant, favorisant en partie les mécanismes obsessionnels, et la fermeture – névrotique – qui va avec.
Du point de vue du sujet limite, pour faire face au retour régulier du chaos du réel dont l’existence n’a pas été acceptée, il mobilise donc des mécanismes limites. Ces mécanismes limites sont en fait des défenses non névrotisées face à cette chaotisation, et qui se déploient surtout dans un solipsisme maniaque et dans l’évitement systématique du lien à l’autre. Ce qui vise avant tout à éviter que, en cas de trop grande proximité, ce lien devienne pour le sujet le lieu d’une flambée de terreur archaïque par rapport à la Chose – qu’incarne l’autre[33].
Il reste que le sujet à fonctionnement à dominante limite, du fait de l’ouverture qu’il a gardée, a régulièrement, soit une plus grande créativité, soit un plus grand potentiel de créativité, que le sujet à fonctionnement à dominante obsessionnelle qui, pour plus névrotisé est plus rigide, plus (névrotiquement) fermé à la possibilité de la rencontre créative.
Et il est à mon sens important d’essayer de caractériser ce fonctionnement limite, omniprésent dans notre clinique contemporaine, afin d’appréhender comment l’analyste peut écouter, parler et intervenir dans la cure.
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Mais, pour en revenir aux différents moments dans le cheminement du sujet qui fait une cure, je vous ai donc parlé du premier moment, où le sujet est indemnisé de l’existence du réel, et du fait que ce fonctionnement en termes d’immédiateté et de décharge peut être verrouillé. J’ai aussi essayé de : caractériser les fonctionnements subjectifs à dominante limite ; différencier les fonctionnements subjectifs à dominante limite, à dominante psychotique et à dominante obsessionnelle ; et d’élaborer sur les mutations sociales qui nous font passer d’un primat des mécanismes obsessionnels au primat des mécanismes limites.
Je voudrais maintenant en venir au 2e moment du cheminement du sujet qui fait une cure. Le 2e moment dont je voudrais vous parler, c’est le 2e moment toujours pré-analytique, dont je vous ai d’ailleurs déjà un peu parlé, de l’irruption du réel dans la vie du sujet ; de l’irruption du trou du réel, de manière si violente, qu’il ne peut plus s’indemniser de l’existence du réel. Différents événements dans la réalité ont pu provoquer cette irruption. Par exemple une rupture, une perte, un événement existentiel majeur, ou une modification majeure dans l’environnement du sujet. Qui a alors quelque chose de subjectivement traumatique, au sens où les mécanismes d’indemnisation de l’existence du réel ne sont plus efficaces. Que ces mécanismes d’ailleurs soient plus obsessionnels, plus psychotiques adaptés, ou plus limites. Dans cette situation de débordement radical par le réel pulsionnel, le sujet souvent fait dans l’agir, que ce soit dans le passage à l’acte, ou dans l’acting out – je reprends ici la différence importante de Lacan entre acting out et passage à l’acte, dans laquelle l’acting out ouvre une reprise à venir, à la différence du passage à l’acte qui lui cherche à fermer la possibilité d’une reprise à venir. En tout cas, dans ce deuxième moment, du point de vue du temps du sujet, le sujet est absolument débordé face à la faille pulsionnelle, il se retrouve face à une urgence.
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Et parler de cette urgence me permet de parler du 3e moment du cheminent du sujet qui fait une cure, et qui est proprement parler le premier moment analytique de ce cheminement. Qui va avec l’entrée du sujet dans le temps, par la demande, au début de la cure. Car de l »urgence » que connait le sujet irrémédiablement bouleversé par l’irruption du trou du réel, Lacan parle dans ces termes dans son texte « Du sujet enfin en question » : « il y aura du psychanalyste à répondre à certaines urgences subjectives »[34]. Bref, à cette urgence, l’analyste, dit Lacan, doit répondre, par une écoute qui vient rencontrer tentative de la parole du sujet. Et il le fera en proposant une rencontre subjectivante en tant que rencontre entre la parole et l’écoute, en écoutant, en premier lieu, de manière analytique, sans attente (terme entendu en un autre sens que précédemment), sans attente a priori, en déployant une page blanche, et donc sans enclencher une forme d’intervention qui veut résoudre l’existence du réel par des mots-bouchons.
Et, face à cette ouverture par l’écoute et la parole qui cherche à inscrire le sujet dans le symbolique, si le sujet en est capable – on le verra dans l’entretien préliminaire –, il en viendra à formuler quelque chose comme une demande. Avec un élément de transfert qui se met en place, de transfert comme adresse à l’Autre avec un grand A. Car en fait, ce qui a très souvent fait massivement défaut dans l’environnement du sujet, c’est bien l’écoute, et une adresse à l’Autre avec un grand A. Du coup, comme le dit Lacan, il arrive bien que l’offre crée la demande, que l’offre de l’écoute par l’analyste crée la demande analytique par le patient, crée le déploiement d’une parole habitée par le transfert sur l’Autre symbolique avec un grand A, dans une adresse à cet Autre.
Cela fait alors sortir le sujet de l’agir, pour qu’ait lieu, comme le dit Lacan dans « Fonction et champ de la parole du langage »[35], une « ascèse subjective », vers la parole et donc la sublimation. D’ailleurs, j’aimerais rappeler que Lacan, dans son dans « Intervention sur le transfert » de 1951, dit que la psychanalyse est un « non-agir positif »[36]. Ailleurs, lorsqu’il parle de l’apport de Freud, il dit que la psychanalyse apporte au sujet « quelques moments de repos »[37]. Ailleurs encore, il parle régulièrement de « laisser-être », ce qui renvoie à quelque chose comme une détente, au sens de la « Gelassenheit » en allemand et particulièrement chez le philosophe allemand Heidegger[38].
Alors, offrant ainsi la perspective d’une « ascèse », d’un « non-agir », lié à la page blanche, au vide qu’ouvre l’écoute, la psychanalyse permet au sujet de passer de l’urgence d’agir à l’urgence de parler – de sublimer –, de cheminer vers le fait de déployer une parole jaillissante, créatrice. De faire en sorte que sa jouissance commence à consentir au manque, au désir et à la satisfaction sublimatoire. De faire en sorte que son mode de jouissance puisse commencer à être subjectivant. Qu’ait lieu un début de ce que Lacan appelle une « perte de jouissance ».
D’ailleurs, il en va ici de l’urgence ou de la hâte de parler – et de vivre – au sens de Lacan pour qui, dans le séminaire d’un Autre à l’autre, je le cite, la « hâte » est la « liaison propre de l’être humain au temps (…). (…) C’est là que se situe la parole »[39]. Et, dans les pages suivantes du même séminaire, Lacan relie cette hâte au « laisser-être »[40], qui est en premier lieu pour lui le « laisser-être le réel », dans mes termes : l’acceptation de l’existence du réel. En tout cas, ici le sujet entre dans le temps en ce qu’il déploie la « hâte » de parler – et l’urgence de vivre – inhérente à son désir et je dirais aussi à son sinthome.
Ici le temps du sujet n’est plus pris dans un temps collectif unique, il n’est pas non plus suspendu, mais le sujet entre dans le temps, dans son temps singulier à lui. Il se dégage du temps collectif homogène. Il se dégage de la fermeture du temps, pour que se déploie un temps singulier et ouvert. Et, surtout concernant le réel pulsionnel, eh bien le sujet peut alors commencer à en accepter l’existence, au lieu de s’en indemniser, et c’est cela qui le fait rentrer dans le temps. Car c’était le retour du réel pulsionnel, justement parce que son existence n’était ni acceptée ni élaborée, qui faisant qu’il n’y avait pas de durée, parce que ce retour clivé du réel sans cesse venait chaotiser la mise en place de toute durée, de tout rythme, de tout temps. Comme le dit Hamlet dont Emmanuelle Bornacin a parlé lors de cette journée : « le temps est hors de ses gonds », « the time est out of joint ».
Et la pulsion ne pouvant ainsi passer par la parole, par la sublimation, par le temps, elle se décharge, déstabilisant ainsi toute possibilité d’ouverture d’un temps singulier. Bref, la logique de l’immédiat règne ainsi, et la logique de l’immédiat, je tiens à relever, si l’on décompose le mot d’im-médiat, c’est aussi la logique de l’absence de médiation, de l’absence de médiation par la parole. Ce par une rencontre symbolique – ou subjectivante – de un à un et la mise en place d’un lien de parole désirant.
Voici donc pour le 3e moment de l’entrée du sujet dans le temps, avec le déploiement du temps singulier, par la rencontre et l’écoute analytique et la mise en place du transfert[41]. D’ailleurs, point très important, ce 3e moment de la rencontre, de l’écoute et de la mise en place du transfert est en fait à recommencer sans cesse dans la cure, dès que du réel surgit.
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J’en viens maintenant au 4e moment du cheminement du sujet qui fait une cure, et qui est à proprement parler le 2e moment du travail analytique. Ce 4e moment est possible une fois que le 3e moment, le moment de la rencontre analytique s’est mis en place, que le lien de parole un à un de la cure est en place. Alors quelque chose comme du désir peut surgir, avec à terme une production créative de la parole, et une production de symptôme – et si nécessaire production de sinthome aussi, pour contenir le point de béance pulsionnelle inéluctable[42]. Ici la surprise, liée au désir, et en premier lieu dans la parole ; la surprise, donc, pourra surgir sans être insupportable – comme elle est par exemple insupportable pour le sujet massivement pris dans des mécanismes obsessionnels.
Ici, le symbolique et l’imaginaire étant toujours articulés, le déploiement du désir va aussi cliniquement pour le sujet avec le déploiement de l’imaginaire, et d’un imaginaire souple, dialectisable, traversable. Dans la cure, cela est permis par le fait que l’analyse initie petit à petit, avec le temps, et avec tact, le sujet, au manque, à l’angoisse. L’analyste ici, pour le dire de manière un peu courante, ne balance pas le sujet dans le manque ni dans l’angoisse, ce qui empêcherait toute construction subjectivante – d’où le rôle de la satisfaction, de la joie, de l’enthousiasme. Mais, par son tact, son art du rythme et de la scansion, l’analyste aide aussi le sujet à se construire des défenses structurantes, un symptôme et un sinthome, mais il aide aussi à la construction d’un fantasme et un d’imaginaire de forme souple – dialectisable et traversable. Car ce sont ces défenses, et le fantasme et l’imaginaire, qui aident le sujet à contenir, tamponner dit Lacan, le réel : à globalement en venir à accepter l’existence du réel, à savoir y faire avec le réel. De ce point de vue, pour élaborer sur la très ouvrante expression que Nicolas Janel a proposée lors de la journée, la cure vise à « trouer le réel », à trouer le trou du réel : je dirais, elle vise à faire, autant que possible, de la Chose un objet petit a[43].
De plus, par le déploiement petit à petit de la parole, de la parole jaillissante du patient, grâce à l’écoute de l’analyste, quelque chose comme une satisfaction féconde, je l’ai dit avec Lacan et Israël, mais aussi comme une joie féconde, dirais-je en citant encore Lacan et Lucien Israël, se déploie. Car Lacan parle bien, en plus de satisfaction, de joie. Voir ce qu’il dit dans les « Allocutions sur les psychoses de l’enfant »[44]: « quelle joietrouvons-nous dans ce qui fait notre travail ? « . En ce sens, Lacan va d’ailleurs jusqu’à parler de l’enthousiasme comme marque de l’analyse : « s’il n’est pas porté à l’enthousiasme, il peut bien y avoir analyse, mais d’analyste aucune chance »[45].
Bref, il en va, dirais-je avec Lacan, mais aussi Lucien Israël, de l’analyse comme expérience dialectique, où peut se déployer une satisfaction et une joie – et un enthousiasme –, liées à la parole créative et à la une rencontre subjectivante, et en tension dialectique avec le déploiement du manque et de l’expérience de la finitude. Bref, il en va là d’une positivité subjectivante, créative et dialectique, que Lacan pratique et pense et que Lucien Israël déploie à sa suite [46].Cela pose la possibilité d’une élaboration nouvelle et plus véritable de Lacan, car marquée par cette positivité créative, en tension structurelle, dialectique, avec une négativité inéluctable : le manque, l’expérience de la finitude (et donc l’angoisse, etc.)[47]. Ce qui diffère d’un freudo-lacanisme plus classique, que l’on pourrait qualifier de plus négativiste, laissant de côté cette positivité subjective, créative et dialectique. Et ne prenant pas en compte l’apport de Lacan permettant, par la prise en compte de cette positivité que l’on retrouve dans l’expérience analytique, une solide créativité et une solide capacité subjectivante de la cure analytique telle que Lacan l’élabore. Notons d’ailleurs que Lacan lui-même a dans certains passages de son oeuvre cédé à ce que l’on pourrait appeler ce négativisme, dans la propre conception qu’il avait de la cure et de son oeuvre[48]. Et que le présent éclairage de son apport va contre cette propre tendance chez Lacan.
Sur la satisfaction et la part de joie dans la cure, d’ailleurs je citerai aussi Lucien Israël dans Boiter n’est pas pécher : « j’attends encore qu’on m’amène une analyse qu’on aurait fait avancer sans le recours au mot d’esprit, sans le recours du rire »[49]. Ou encore : « chaque fois qu’une de nos interventions fait toucher du doigt » au patient « qu’il sera devenu une preuve de son autonomie, il va éprouver la même intense satisfaction et la même libération dont il va pouvoir se servir pour continuer à construire sa vie personnelle »[50] . L’analyse relevant alors d’une « activité » qui est, dit Lucien Israël, « source de joie »[51] – ce qui pose la question « de l’évolution du plaisir à la joie »[52].
Et ce que j’appelle pour ma part la subjectivation, cela renvoie selon Lucien Israël au fait, je le cite, de « continuer de construire sa vie personnelle » – une vie personnelle, c’est-à-dire différente aussi de celle de l’analyste, dans un déploiement des altérités dont j’ai parlé plus avant. Cela renvoie au fait qu’une durée s’est ainsi ouverte, au-delà de l’immédiateté : celle justement de la construction de cette vie personnelle, dans le temps, par la parole. Ce qui apporte de la satisfaction et de la joie. Winnicott ici, j’aimerais le dire, parlerait lui de croissance, qui selon vaut pour tout sujet, à tout âge, pour peu qu’il soit en subjectivation[53].
Tout cela veut dire que la traversée de la cure, si le travail analytique se fait, permet la modification de la relation du sujet à la satisfaction et à la jouissance. Ce qui passe par la phase conflictuelle dont parle Lucien Israël, et que j’ai évoquée plus avant, où le sujet traverse le discours de son environnement pour singulariser sa parole – ce dont parle Lacan dans le Séminaire D’un Autre à l’autre –, et déploie, je le répète, une « position critique » par rapport à ce discours. Il en vient alors, je cite encore Lucien Israël, à choisir ce qui dans le langage de son environnement lui convient pour déployer son désir propre – et donc il en vient aussi à déployer son rythme, son temps propre.
Ici le sujet, dans la durée du travail analytique, peut déployer une véritable capacité d’accepter l’advenue du réel, dans sa parole, sa vie psychique et dans le monde – advenue du réel qui ne cesse de se rappeler à lui. Et par la parole créative, sublimatoire, l’existence de ce réel, s’il est le réel pulsionnel, le sujet peut interminablement l’élaborer de manière ouvrante. Son mode de jouissance peut alors se faire solidement subjectivant. Le réel continue bien sûr d’exister mais le sujet sait en solide partie faire avec.
D’ailleurs, tout cela aide le sujet à la solide production du symptôme, et d’un symptôme ayant une souplesse, pour que le sujet, traversant interminablement son symptôme, sache y faire avec lui. Et, à un autre niveau aussi, celui de l’inéluctable béance pulsionnelle, où le réel échappe au symbolique et à l’imaginaire, cela peut aller si nécessaire avec la création d’un sinthome, et même à termes d’une capacité à repérer interminablement certains éléments inhérents à son sinthome, même si nous sommes là dans les zones les plus énigmatiques au sujet.
Cela aide aussi au 5e temps du cheminement du sujet, qui est la sortie du discours des parents, de l’environnement, la perte de ses parents. Dont nous parle donc Lucien Israël, et sur lequel je passerai vite.
J’aimerais aussi ajouter qu’il reste que ce cheminement n’est possible que dans le cadre d’un environnement offrant les conditions matérielles, discursives et politiques, et donc des interstices, le permettant – pour peu que le sujet en déploie le geste. J’aimerais juste préciser que si le sujet est, du fait de sa situation matérielle et professionnelle, structurellement limité dans sa subjectivation, eh bien il s’agit bien sûr avant tout, sans pour autant céder au refus contemporain de la part de risque que comprend toute subjectivation, de l’aider à rendre sa vie vivable, la plus vivable possible, sans chercher à le mettre dans une position difficile qu’il n’aurait pas souhaité.
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J’en viens maintenant au 6e moment du cheminement du sujet qui fait une cure et pousse loin son travail. Ce 6e moment est lié à ce que Lacan appelle le « temps pour comprendre », temps pour comprendre qui ne doit pas être manqué dit-il, parce que c’est un moment d’ouverture bien précis, qui peut se refermer. Lacan y insiste dans son texte « Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée »[54]. Et ce temps pour comprendre a tout à voir avec l’appréhension par le sujet de la fonction de la hâte, de l’urgence de vivre, et surtout de parler, que Lacan, je l’ai dit plus avant, met au fondement de la psychanalyse. La hâte et l’urgence de vivre et de parler étant liés au désir et au sinthome du sujet, et ouvrent pour lui au geste de s’autoriser solidement de son désir – et de son sinthome. Ce en résonance avec le désir de désir – et le sinthome et le soin sinthomal dont parle Lacan dans le séminaire sur le sinthome [55] – de l’analyste.
Car, du côté de l’analyste, la hâte, dit Lacan dans Radiophonie, « n’est correcte qu’à produire ce temps : le temps de conclure »[56]. A aider le sujet à produire le temps, maintenant, de perdre l’analyste, et de quitter la néo-névrose de l’analyse, pour orienter solidement son désir vers la vie. L’analyse n’étant pas tout pour lui, et relevant donc, pour élaborer Lacan dans le séminaire Encore, de ce qu’il appelle le pas-tout. Et l’analyste, aussi lié au pas-tout, n’étant lui qu’un passeur, que l’on perdra.
Je vous remercie de votre attention.
[A] Intervention à la formation Apertura du 27 novembre 2024, sur « les différentes temporalités face à l’immédiateté ». J’ai quelque peu repris mon texte depuis cette intervention.[1] Israël, Lucien, 2010, Boiter n’est pas pécher, Strasbourg/Toulouse, Arcanes/Érès, [2007].
[2] Stilus, 2022.
[3] Sur les temps de la cure, je renvoie aussi au passionnant texte de Nicolas Janel : https://www.fedepsy.org/echos-seminaires-formations/echos-des-activites/la-cure-un-retour-vers-le-futur/
[4] Dont j’ai déjà parlé à Apertura il y a quelques années lors de la journée « Les différentes addictions aujourd’hui et les relations d’objet », avec une intervention sous le titre : « Sur le discours numérique, relation d’objet, addiction (à partir de Bernard Stiegler) ».
[5] Hartmut Rosa, Accélération, La Découverte, 2010.
[6] Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, Seuil, 1977. Sur Roland Barthes, je renvoie à mon livre, Roland Barthes, la mélancolie et la vie, Lemieux, 2015.
[7] Lucien Israël, La parole et l’aliénation, Arcanes/érès, 2015, p. 103. Il en va là d’une conception de l’amour différente de celle de Freud, ce dont témoignent les lignes suivantes dans le même passage, que j’ai coupées : « L’amour, c’est justement ce qui vient amener ce qui jusque-là n’existait pas pour une personne, pour un couple, pour un groupe, peu importe. L’amour n’est pas la soi-disant répétition d’un amour primordial. L’amour n’est jamais la répétition de ce qui a pu se jouer avec la mère, de ce qui a pu se fantasmer avec la mère. Cet amour-là n’a pour seule fonction que de disparaître, que de faire place nette par le deuil et c’est sur ce deuil que les expériences nouvelles ouvertes sur l’avenir peuvent se développer, peuvent se dérouler, peuvent se jouer » (Id.).
[8] Sur cette question de l’écoute créative, je renvoie aussi au livre de J-R Freymann, Introduction à l’écoute, Arcanes-érès, 2002.
[9] Une remarque : lorsque je parle de la production du sinthome, je fais avant tout référence au séminaire de Lacan sur le sinthome: Jacques Lacan, Le Séminaire : Livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976, Seuil, 2005 Voir particulièrement les travaux de Luis Izcovich op. cit.), Geneviève Morel, (La loi de la mère, sur le sinthome sexuel, Economica/Anthropos, 2008) et Jean-Michel Rabaté (Joyce, hérétique et prodigue, Stilus, 2022).
[10] Sur le réel comme relevant de la destructivité pulsionnelle, voir particulièrement Marcel Ritter et son échange avec Lacan: « Réponse de Jacques Lacan à une question de Marcel Ritter », Lettres de l’École freudienne. 1976, n°18.
[11] Sur la jouissance, je renvoie particulièrement à Darian Leader (La jouissance, vraiment ?, Paris, Stilus, 2022).
[12] En premier lieu Totalité et infini.
[13] Sur cette question, voir Luis Izcovich, Urgence et satisfaction.
[14] Sur cette parole jaillissante ou créative, je renvoie à Lucien Israël encore dans Boiter n’est pas pécher, mais aussi à Patrick Martin-Mattera, (Théorie et clinique de la création, perspective psychanalytique, Economica/Anthropos, 2005).
[15] Ailleurs je parle de rencontre tiercéisante. Voir mon texte à venir sur la question.
[16] Dans le chapitre du même nom dans Boiter n’est pas pécher . Sur cette question, je renvoie à un texte à venir.
[17] Je citerai entre autres son livre écrit avec Horkheimer, intitulé en français La dialectique de la raison. En fait en allemand le titre est « la dialectique de l’Aukflärung », ce qu’en français on appelle les Lumières.
[18] P. 242.
[19] Autres écrits, p. 571-574.
[20] P. 572. Sur la satisfaction, sous sa forme ouvrante, dans la cure, voir aussi Luis Izcovich Urgence et satisfaction et justement Les marques d’une psychanalyse (Stilus, 2015)
[21] P. 348.
[22] Voir mon texte à venir sur la question.
[23] Sur la naissance du désir, voir aussi J.-R. Freymann, La naissance du désir.
[24] Voir p. 244-5.
[25] Ici, comme sur d’autres points, Lucien Israël élabore sur François Perrier, son analyste (La Chaussée d’Antin, I. et II.)
[26] Voir Patrick Martin-Mattera et Alexandre Lévy, « Le concept de lathouse dans l’oeuvre de Jacques Lacan. Implications psychologiques, cliniques et sociales », Bulletin de psychologie, n°550, p.311-319.
[27] Cette indemnisation régulière n’existe pas toujours heureusement (il existe bien sûr des sujets qui sont subjectivés sans avoir besoin d’analyse).
[28] Par exemple, Jean-Jacques Rassial parle d’état-limite dans une perspective freudo-lacanienne. Le sujet en état limite.
[29] Et Jean-Richard Freymann, dans La naissance du désir, Arcanes-erès, 2005.
[30] Je renvoie particulièrement à Winnicott pour une description clinique de ce fonctionnement limite (Jeu et réalité).
[31] Aussi en général parce qu’en amont, pour le dire avec Winnicott, il n’a pas connu un holding suffisamment bon, qui fait que le sujet est habité par une agonie primitive. Pour une mise au travail de Winnicott dans une optique freudo-lacanienne, voir Jean-Marie Jadin, La structure inconsciente de l’angoisse, Arcanes-erès, 2018 et Michèle Benhaim, L’ambivalence de la mère, érès 2011.
[32] Sur les mutations contemporaines du capitalisme et ses conséquences, je renvoie particulièrement à Roland Gori, La Fabrique de nos servitudes, Les Liens qui Libèrent, janvier 2022 ; et Alexandre Lévy, « Incendies. Dispositifs, objectivations et figures du surmoi de notre modernité » . Psychologie Clinique . 2023, (55), p. 54-66. Sur le technoscientisme, voir aussi Jean-Richard Freymann, Les mécanismes psychiques de l’inconscient, Arcanes-erès, 2019.
[33] Ici je suivrais aussi Winnicott et verrai dans cette flambée de terreur l’expression d’une agonie primitive liée à un défaut de holding suffisamment bon.
[34] p. 66.
[35] Ecrits I, éditions poche, 1966, p. 266.
[36] P. 226
[37] Voir sa Première « Conférence sur l’éthique de la psychanalyse à Bruxelles » du 9 mars 1960.
[38] Sur le laisser-être, je renvoie à B. Baas, De la Chose à l’objet ; et A. Didier-Weil, Les Trois temps de l’analyse.
[39] Jacques Lacan, 2006, Le Séminaire : Livre XVI. D’un Autre à l’autre, 1968-1969, Paris, Seuil, 2006, p. 209. Voir sur ce plan encore les développements de Luis Izcovich (Urgence et satisfaction).
[40] P. 211.
[41] En amont de cela, la mise en place d’un holding suffisamment et de la traversée de l’agonie primitive, au sens de Winnicott, peuvent parfois être nécessaires.
[42] Lacan, sur le sinthome, voir Jacques Lacan, Le Séminaire : Livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976, Seuil, 2005.Voir aussi Luis Izcovich (op. cit.); Geneviève Morel (op. cit.). et Jean-Michel Rabaté (op cit.).
[43] Bernard Baas, De la Chose à l’objet.
[44] Autres Ecrits, op. cit., p. 369.
[45] « Note italienne », dans Autres écrits, p. 309. Voir aussi Luis Izcovich, op. cit. p. 49sq.
[46] Tout comme, à sa manière, Luis Izcovich.
[47] Cette psychanalyse dialectique capable donc d’une positivité en tension rejoint en cela les élaborations en faveur d’une psychanalyse nourrie du féminisme et de la théorie queer. Je développe ailleurs des éléments pour une psychanalyse fécondement nourrie du féminisme et de la théorie queeri, dans mon texte sur les Argonautes de Maggie Nelson: https://dimitrilorrain.org/2024/12/06/sortie-de-refaire-famille-pour-en-finir-avec-les-stereotypes-de-genre-coordonne-par-thierry-goguel-dallondans-anthropologue-univ-strasbourg-et-jonathan-nicolas-psyc/
[48] Ce dans sa tendance allant dans le sens d’un éloge de la jouissance, voir P. Guyomard, La jouissance du tragique. Antigone, Lacan et le désir de l’analyste, Paris, Aubier , 1992.
[49] p. 73. Le passage porte sur le fait de pouvoir perdre son analyste. Cela demande une analyse qui a permis la satisfaction, le plaisir, la joie.
[50] p. 286. Même idée p. 266.
[51] p. 266.
[52] Id.
[53] Winnicott étant un autre psychanalyste nous permettant de pratiquer et de penser une psychanalyse dialectique, articulant positivité subjectivante et négativité inéluctable.
[54] Dans les Ecrits.
[55] Voir Jacques Lacan, Le Séminaire : Livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976, Seuil, 2005; Luis Izcovich (op. cit.); Geneviève Morel (op. cit.).
[56] Autres écrits, op. cit, p. 433, et aussi Luis Izcovich, op. cit., p. 162.
