Séminaire « Quelle psychanalyse face aux maltraitances, aux violences sexuelles et de genre, et à l’inceste ? » (début le 8 octobre 2026, 21h15, Zoom)
Séminaire « Freud à son époque et aujourd’hui » (FEDEPSY)
Animé par Dimitri Lorrain.
Les jeudis à 21h15, sur Zoom.
Pour s’inscrire, écrire à lorrain.dimitri@gmail.com.
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Programme 2026-2027 :
8 octobre 2026 : Dimitri Lorrain (psychanalyste, philosophe, chargé de cours àl’univ. de Strasbourg) : Présentation du séminaire 2026-2027 ; puis Éléments pour la psychanalyse des troubles post-traumatiques liés aux maltraitances, aux violences sexuelles et de genre, et à l’inceste (1)
5 novembre 2026 : Karine Tinat (sociologue et anthropologue, Centre d’Études deGenre du Colegio de Mexico), sur son récent ouvrage à propos de l’affaire des viols de Mazan : « Todo parecía normal. Reflexiones en torno al caso Pelicot », qui paraîtra en octobre 2026 aux éditions Penguin Random House.
10 décembre 2026 : Benjamin Lévy (psychologue, psychanalyste, Paris) à partir de son récent ouvrage Violence et culture (Ithaque,2026) : Obéissances et transgressions collectives : l’emprise du Surmoi culturel
7 janvier 2027 : Anastasia Klug (psychanalyste et traductrice, membre de la PsyBi – Psychoanalytische Bibliothek Berlin) : En quoi Jean Laplanche permet-il de penser une psychanalyse queer ?
4 février 2027 : Virginie Valentin (psychanalyste, anthropologue, Paris) sur l’emprise incestuelle
4 mars 2027 : Stéphane Muths (psychologue, psychanalyste, Strasbourg) : Sortir de la maison hantée : variations identitaires dans les méandres de l’infantile à l’adolescence
1er avril 2027 : Christophe Lucchese (traducteur, doctorant en germanistique, univ. Toulouse Jean Jaurès) sur Fantasmâlgories (L’Arche, 2016) de Klaus Thewelheit
5 mai 2027 : Dimitri Lorrain : Éléments pour la psychanalyse des troubles post-traumatiques liés aux maltraitances, aux violences sexuelles et de genre, et à l’inceste (2) ; les apports des pensées queer d’Eve Kosofsky Sedgwick et de Maggie Nelson pour la psychanalyse.
3 juin 2027 : Isabelle Alfandary (psychanalyste et philosophe, univ. Sorbonne-Nouvelle) sur la pratique et la théorie de Sándor Ferenczi
14 octobre 2027 : Dimitri Lorrain : Quelle relecture de Freud au regard des enjeux de la psychanalyse contemporaine ?
4 novembre 2027 : Amady Greiner (philosophe, enseignante spécialisée, Paris) : Vers une clinique queer
5 décembre 2027 : Dimitri Lorrain : Quelle psychanalyse pour une masculinité ouverte ?
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Autres intervenants et interventions :
Michèle Benhaïm (psychologue, psychanalyste, Univ. Aix-Marseille) sur le diagnostic à l’adolescence
Frédérique Riedlin (psychanalyste, philosophe, Strasbourg) sur la philosophie de Georges Canguilhem
Jorge Reitter (psychanalyste, Buenos Aires) sur Les Aveux de la Chair de Michel Foucault (?)
Dimitri Lorrain sur : amour et érotisme créatif ; la psychanalyse et l’enfantisme tels que les envisage Elisabeth Young-Bruhl; le traumatisme de l’effondrement écologique…
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Proposition pour notre travail en commun :
Nous nous pencherons cette année sur les apports de la psychanalyse au contemporain, afin d’être à l’écoute des subjectivités présentes. Nous travaillerons en premier lieu sur les maltraitances, les violences sexuelles et de genre, et l’inceste ; mais aussi sur la subjectivation queer et sur la masculinité. Nous présenterons quels sont les apports de la psychanalyse émancipatrice concernant ces questions et essaierons de voir quelle relecture nous pouvons faire de Freud au regard des enjeux de la psychanalyse contemporaine.
Au regard de ces interrogations, et à l’heure où #Metooinceste, approfondissant #Metoo, bouscule la société française, mais aussi au moment où la psychanalyse est largement remise en question, comment cette dernière peut-elle se renouveler pour ouvrir à de nouvelles subjectivations et resubjectivations ?
Il s’agit à mon sens de réinventer nos pratiques et nos théories dans l’optique d’une psychanalyse du traumatisme qui serait dialectique, entre d’un côté reconnaissance et traversée des divers traumatismes liés à l’hétéro-patriarcat, et de l’autre créativité resubjectivante. En approfondissant les travaux des psychanalyses féministes, queer et plus largement critiques qui se sont développées récemment, il s’agit de pratiquer une psychanalyse émancipatrice qui aide le sujet à être créatif, à déployer un cheminement de genre subjectivant, et à se dégager des blocages et souffrances liées aux violences (discursives, relationnelles, sexuelles ou de genre) du système hétéro-patriarcal qui, dans sa toxicité, organise nos existences, nos paroles et nos vies psychiques.
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Les questions des maltraitances, des violences sexuelles et de genre, et de l’inceste, sont devenues centrales dans la pratique analytique, du fait de l’évolution sociale permettant leur prise en compte. En effet, ces maltraitances et ces violences sexuelles massives sont liées à la culture du viol et de l’inceste, et constituent un crime et un meurtre psychique de masse, ce qu’il nous faut reconnaitre et prendre en compte dans nos pratiques et nos théories.
Pour permettre un interminable travail de réparation subjective ou de resubjectivation, une telle psychanalyse renouvelée, dans sa pratique même, écoute la réalité factuelle des blocages, des souffrances et des violences liées au système hétéro-patriarcal. En effet, ceux-ci ne cessent de se dire ou de se manifester dans les séances. Plus encore, pour un tel travail de resubjectivation donc, cette psychanalyse élabore cette réalité factuelle et les troubles post-traumatiques (prenant toujours une forme singulière) qu’elle entraîne, dans une dynamique d’écoute et de parole.
Dans cette optique, même si le mouvement en ce sens a déjà été largement engagé, la psychanalyse doit encore travailler à appréhender la manière dont, dans l’histoire, comme d’autres dispositifs culturels, elle a participé du système hétéro-patriarcal.
En ce sens, quelle relecture pouvons-nous faire de la tradition psychanalytique, afin de pratiquer et de penser une psychanalyse du traumatisme qui, parce qu’elle déploie la créativité de la parole – du signifiant – permet une resubjectivation ? Car la psychanalyse doit à mon sens continuer d’éclairer la dimension problématique de son histoire, et les égarements d’un certain nombre de ses pratiques et théories, mis en lumière par les critiques féministes et par la psychanalyse féministe. Il reste que cette histoire, ces pratiques, ces théories doivent aussi être envisagées dans leurs ambivalence et leurs éléments de créativités. Un tel geste – psychanalytique par excellence – de désidéalisation créative permettra à la psychanalyse de continuer de se réinventer.
Ainsi quelle relecture pouvons-nous faire de Freud ? Mais aussi quelle relecture d’auteurices classiques permettant une telle psychanalyse du traumatisme ? En premier lieu de Ferenczi et Racamier (l’inventeur du concept de « climat incestuel »), qui sont largement mis au travail par la pensée féministe ? Mais aussi (par ordre chronologique) de Winnicott, Balint, Bion, McDougall et Aulagnier, Laplanche et Young-Bruhl (qui a fondé le champ intellectuel de l’enfantisme) ?
Quelle relecture encore, dans la même optique, pouvons-nous faire de Lacan (et de son élève Lucien Israël) ? Car, pour peu que Lacan soit lu de manière ouvrante, sa pratique et sa pensée donnent en effet à élaborer concernant les subjectivités contemporaines, comme le montre sa mise au travail par Judith Butler. En effet, le signifiant opère aussi dans les troubles post-traumatiques et dans la reconnaissance et la traversée du traumatisme ; mais comment opère-t-il exactement ?
Dans cette optique, nous travaillerons sur l’Affaire des viols de Mazan dès novembre 2026, en écoutant Karine Tinat et en faisant dialoguer anthropologie et psychanalyse.
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La deuxième question pour notre travail en commun cette année est la suivante : la subjectivation queer dans la cure et dans la vie, et ce qu’elle peut apporter à nos pratiques et à nos théories de la subjectivation ou de la resubjectivation. Nous traiterons de cette question en évoquant la clinique queer ; la psychanalyse queer que nous envisagerons entre autres avec Jean Laplanche ; et l’apport des pensées d’Eve Kosofsky Sedgwick et de Maggie Nelson. D’ailleurs, qu’implique tout ceci aussi pour la relecture de la tradition psychanalytique ?
Quant à notre troisième question, celle de masculinité, nous la traiterons en parlant du virilisme d’extrême-droite à l’époque de Freud tel que l’éclaire l’écrivain allemand Klaus Thewelheit, et du déploiement dans la cure d’une masculinité ouverte – qui ne peut être que singulière à chaque sujet.
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Parmi les psychanalystes contemporains les plus inventifs, nous mettrons entre autres au travail les apports de (par ordre alphabétique) : Isabelle Alfandary, qui interviendra à nouveau cette année en juin 2027 ; Michèle Benhaïm, qui interviendra elle début 2028 ; Laurie Laufer qui est intervenue l’année dernière ; Benjamin Lévy, qui interviendra aussi cette année en décembre 2026 ; Jorge Reitter, qui est lui intervenu au séminaire en 2024 ; et Pierre Sabourin, dont nous méditerons les travaux avec Martine Nisse.
Dans le sens d’une telle interrogation générale, quel dialogue et quel débat pouvons-nous mettre en place avec la psychotraumatologie, particulièrement sous sa forme féministe ? Et quels enrichissements pouvons-nous tirer des sciences humaines et sociales, dont les études féministes, enfantistes, LGBTQIA+ ou queer, l’anthropologie sociale, la « théorie française » (particulièrement Foucault et Derrida), et la philosophie du care ? Quels enrichissements pouvons-nous enfin tirer de la littérature et des autres productions culturelles prenant part à #Metoo et à #Metooinceste ?
Enfin, pour déployer une pratique pluraliste de la parole au sein de l’équipe du séminaire, nous travaillerons aussi sur d’autres questions : sur le diagnostic à l’adolescence, sur l’amour et l’érotisme créatif, le traumatisme de l’effondrement écologique……
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Bibliographie psychanalytique :
Isabelle Alfandary, Le scandale de la séduction : d’Oedipe à #MeToo, PUF, 2024.
Piera Aulagnier, « Se construire un passé », dans Adolescence 2015/4 T. 33 n°4, p. 713-740.
Michèle Benhaïm, Les passions vides, Chutes et dérives adolescentes contemporaines, érès, 2016.
Michael Balint, Le défaut fondamental, Payot, 1968.
Wilfred Bion, Transformations, passage de l’apprentissage à la croissance, PUF, 2010 (texte de 1965)
Fabrice Bourlez, Tacts. Remanier la psychanalyse, PUF, 2025.
Bruno Clavier, L’inceste ne fait pas de bruit, Payot, 2021.
Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière, Histoire et trauma, La folie des guerres, Stock, 2006.
Nicolas Evzonas, Devenir trans de l’analyste, PUF, 2024.
Sandor Ferenczi, La confusion des langues entre les adultes et l’enfant, Payot, 2015.
Sigmund Freud, La première théorie des névroses, PUF, 1995.
Simgund Freud, Lettres à Wilehlm Fliess, PUF, 2015.
Florent Gabarron-Garcia, Histoire populaire de la psychanalyse, La Fabrique, 2021.
Patricia Gherovici, Transgenre. Lacan et la différence des sexes, Stilus, 2021.
Lucien Israël, Boîter n’est pas pécher, Arcanes/érès, 2010.
Luis Izcovich, Urgence et satifsfaction, Stilus, 2022.
Anastasia Klug et Guillaume Dreidemie (dir.) Guérir, un essai, à paraître.
Sarah Kofman, L’énigme de la femme, la femme dans les textes de Freud, Galilée, 1980
Jacques Lacan, Le Séminaire : Livre VII. L’éthique de la psychanalyse, 1959-1960, Paris, Seuil, 1986.
Jean Laplanche, Sexual, La sexualité élargie au sens freudien, PUF, 2007.
Laurie Laufer, Vers une psychanalysée émancipée, La Découverte, 2022.
Darian Leader, La jouissance, vraiment ? , Stilus, 2020.
Benjamin Lévy, Violence et culture, Ithaque, 2026.
Dimitri Lorrain, « Cheminements de genre et de faire-famille (à propos de Les Argonautes de Maggie Nelson) », dans Thierry Goguel d’Allondans et Jonathan Nicolas (dir.), Refaire famille, pour en finir avec les stéréotypes de genre, Chronique sociale, 2025.
Yves Lugrin, Impardonnable Ferenczi, Campagne Première, 2014.
Joyce McDougall, Théâtre du Je, Gallimard, 1982.
Stéphane Muths, « Avatars du double à l’adolescence : phénomènes dissociatifs non psychotiques », dans Cliniques méditerranéennes 2024/1 n° 109.
Martine Nisse et Pierre Sabourin, Quand la famille marche sur la tête : inceste, pédophilie, maltraitance, Seuil, 2004
Jean-Michel Rabaté, Lacan l’irritant, Stilus, 2023.
Paul-Claude Racamier, L’inceste et l’incestuel, Dunod, 2010.
Jorge N. Reitter, Heteronormativity and psychoanalysis, Routledge, 2023.
François Roustang, Un destin si funeste, Minuit, 1977.
Pierre Sabourin, Si tu parles, je te tue : à la lumière des maltraitances sexuelles à enfants, Campagne première, 2025.
Virginie Valentin, « Défenses inconscientes, sentiment de culpabilité et trauma », dans Psychologie Clinique 2024/1 n° 57.
Donald W. Winnicott, Jeu et réalité, Gallimard, 1975.
Elisabeth Young-Bruhl, Childism : Confronting Prejudice Against Children, Yale University Press, 2012.
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Références non psychanalytiques :
Film : Kristen Stewart, The Chronology of water, 2025.
Livre collectif : Anthropologie d’un procès pour viols, Le Bruit du monde, 2025.
Iris Brey et Juliet Drouar (dir.), La culture de l’inceste, Seuil, 2022.
Claire Bourdille, Enfantisme : il est temps de respecter les enfants, Éditions la Mer salée, 2025.
Judith Butler, La Vie psychique du pouvoir. L’Assujettissement en théories, Amsterdam, 2002, texte de 1997.
Cécile Cée, Ce que Cécile sait : Journal de sortie d’inceste, Marabout, 2024.
Pauline Chanu, Sortir de la maison hantée, La Découverte, 2026.
Marie Chartron, Penser les violences sexuelles, La Découverte, 2025.
Caroline Darian, Pour que l’on se souvienne, Harper Collins, 2026 (texte de 2025).
Jacques Derrida, La carte postale, de Socrate, à Freud et au-delà, Flammarion, 1980.
Philippe Descola : Politique du faire monde, Seuil, 2025.
Dorothée Dussy, Le berceau des dominations : anthropologie de l’inceste, Pocket, 2021, texte de 2013.
Annie Ernaux, Mémoire de fille, Gallimard, 2016.
Michel Foucault, Les Aveux de la chair, Gallimard, 2021.
Camille Froidevaux-Metterie, Un corps à soi, Paris, Seuil, 2021
Camille Froidevaux-Metterie (dir.), Théories féministes, Seuil, 2025.
Manon Garcia, Vivre avec les hommes : Réflexions sur le procès Pelicot, Flammarion, 2025.
Olivier Hamant, De l’incohérence : Philosophie politique de la robustesse, Odile Jacob, 2024.
Françoise Héritier, Masculin/féminin 1, Odile Jacob, 1995
Eve Kosofsky Sedgwick, Epistémologie du placard, Amsterdam, 2025, texte de 1990.
Camille Kouchner, La Familia grande, Seui, 2021.
Romain Lemire, Clément, Le Cherche Midi, 2026.
Dimitri Lorrain, Roland Barthes, la mélancolie et la vie, Lemieux, 2015.
Claire Marin et Frédéric Worms, A quel soin se fier ? Conversations avec Winnicott, PUF, 2015.
Maggie Nelson, Les Argonautes, Éditions du sous-sol, 2018, texte de 2015.
Arnaud Orain, Le monde confisqué, essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle), Flammarion, 2025.
Gisèle Pelicot, Et la joie de vivre, Flammarion, 2026.
Claire Richard, Pardonner à nos mères, Les Renversantes, 2026.
Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Dunod, 2013.
Rita Segato, La guerra contra las mujeres: Nunca la duplicación de un mal fue la respuesta, Traficantes de Sueños, 2016.
Séverine, Décharge, Lanskine, 2025.
Neige Sinno, Triste Tigre, Gallimard, 2024.
Klaus Theweleit, Fantasmâlgories, trad. Christophe Lucchese, L’Arche, 2016, texte de 1977.
Eva Thomas, Le sang des mots : les victimes, l’inceste et la loi, Desclée de Brouwer, 2021.
Karine Tinat, Todo parecía normal. Reflexiones en torno al caso Pelicot, Penguin Random House, 2026.
Lidia Yuknavitch, The chronology of water, Hawthorne books, 2011.
